Les départs à la retraite offrent des milliers d’opportunités de reprise d’entreprises.

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Germain Michou-Tonning, cofondateur d’Alvo : « Les vraies opportunités sont justement dans les petites entreprises de province. »

Fondée en 2022 et implantée à Paris, Alvo est une plateforme digitale dédiée à la cession et à la reprise d’entreprises (TPE/PME, start-up). Un an après son lancement, Alvo a déjà vendu plus de 50 entreprises et comptabilise plus de 6 000 inscrits sur son site. Le marché de la fusion-acquisition est en pleine ascension ces dernières années, tant du côté des vendeurs que de celui des repreneurs.


L’Hebdo-Bourseplus : La période de crise constitue-t-elle une opportunité pour les fusions et les acquisitions d’entreprises ?

Germain Michou-Tonning : Il y a plusieurs facteurs qui expliquent ce dynamisme. Ce n’est pas la crise pour tout le monde, l’environnement économique est dynamique, mais il est effectivement moins facile de lever des fonds. Donc, les entrepreneurs vont plutôt se réorienter vers la reprise que vers la création d’entreprise. La levée de la dette auprès des banques fonctionne toujours bien, même si les taux ont augmenté et l' on observe que beaucoup d’entrepreneurs préfèrent aller vers la reprise, plutôt que de créer une entreprise. Ensuite, il y a un vieillissement des dirigeants, puisque 25% d’entre eux ont plus de 60 ans, et, dans les 10 ans à venir, la moitié des entreprises vont changer de direction. Parmi ces entreprises, il y en a évidemment où il y a un schéma de transmission familiale. Pour le reste, la transmission sera plus classique avec un repreneur. Il y a un effet démographique qui va s’amplifier et l'on va arriver à un boom des sessions. 70 000 entreprises sont mises en vente chaque année, 30 000 sont rachetées, mais seulement 2 500 sont valorisées à plus de 15 millions en étant intermédiées par des acteurs classiques. Pour les autres entreprises, il n’y a pas beaucoup d’intermédiation. Il y a un manque d’outils pour se rencontrer et négocier, c’est aussi ce qui explique le fait que le processus soit très long et complexe.


On imagine souvent l’entreprise artisanale, un peu poussiéreuse, qui est à vendre : est-ce la réalité ou un cliché ?

Cela reprend la structure de l’écosystème des PME françaises. Il y a beaucoup de petites entreprises, mais elles sont créatrices d’emplois, donc il est important de les reprendre et de les faire grossir. C’est un marché qui est encore très manuel : tout se fait à la main, on signe encore des contrats de confidentialité sur papier, alors que l’on pourrait très bien le faire via la signature électronique. Les process sont encore assez archaïques. Il y a beaucoup de dirigeants qui partent à la retraite, mais il y a aussi des entreprises récentes qui sont à vendre. Il y a de plus en plus d’entrepreneurs qui, après s’être lancés dans la création de leur entreprise, veulent ensuite la vendre. Nous sommes une entreprise Internet, donc on attire ceux qui nous ressemblent, et l'on observe qu’il y a beaucoup de start-up qui sont à vendre. Parfois, ce sont de très belles marques qui atteignent un palier et les fondateurs veulent vendre pour passer à autre chose, ou se développer en se regroupant avec un gros acteur. Donc, il n’y a pas que de vieilles entreprises de province qui sont à vendre. Cependant, je tiens à dire que les vraies opportunités sont justement dans les petites entreprises de province. On peut acheter une boîte rentable sans toucher à rien et, en la numérisant ou en améliorant les process, on peut avoir un effet de levier énorme. C’est justement en rachetant une entreprise qui pourrait paraître un peu poussiéreuse, que l’on peut se lancer dans une très belle aventure entrepreneuriale.

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