Pétrole : un marché qui retourne vers 100 dollars le baril ?

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 29 septembre 2023 (numéro 1.205) : “ Chine : crise économique qui dérive vers l’escalade militaire ? ”. Bonne lecture !!!

Le gouvernement est en mode panique. Un peu partout dans l’hexagone, le prix des différents carburants utilisés par les Français (gazole pour 60 %, essence pour plus de 30 % et carburants divers pour le solde) augmente, il se rapproche insensiblement des 2 euros au litre, et parfois même les dépasse, surtout dans les établissements délivrant du carburant à l’intérieur des très grandes villes où le foncier est très élevé et où les livraisons ne se font que par petits camions. Du coup, plutôt que de réduire les taxes car la hausse du prix hors taxe augmente de façon rapide les recettes de TVA, le gouvernement a cru décrocher la recette miracle en autorisant la vente à perte de carburants, durant quelques mois, pour inciter la grande distribution à vendre à perte, en se rattrapant sur le chariot de la ménagère, puisque bien évidemment, il n’y aura pas de miracle possible ! La légalisation temporaire de la vente à perte des carburants devrait être incluse dans le projet de loi avançant les négociations commerciales entre les supermarchés et leurs fournisseurs de l’agro-industrie, lequel projet devrait être présenté début octobre par le gouvernement.


Le prix du brut n’est qu’une des composantes.

Le prix du pétrole brut, on l’oublie un peu, n’est qu’une composante partielle du prix des carburants qui sont commercialisés. Il peut y avoir des tensions sur les produits raffinés, et pour le prix hors taxe à la pompe, des distributeurs de produits pétroliers utilisent comme référence le prix du gazole, du kérosène, de l’essence SP95 ou SP 98 qui sont affichés sur les marchés internationaux de ces carburants, à la Bourse d’Amsterdam. Dans la période récente, il y a eu léger ralentissement de la production de pétrole exportable par l’Arabie Saoudite et la Russie, les deux principaux exportateurs mondiaux. Il faut savoir que le premier producteur mondial est depuis plusieurs années déjà les Etats-Unis d’Amérique, mais l’essentiel de la production nord-américaine, qu’il s’agisse de pétrole conventionnel (golfe du Mexique, Alaska…) ou du pétrole non conventionnel (de schiste), est consommé localement. En Amérique du Nord, la production mexicaine est en retrait depuis plusieurs années, tout simplement parce que le haut degré de corruption locale a amené une baisse des investissements de la part des géants du style PEMEX, compagnie nationalisée. Certains pays sud-américains ont décidé de ne pas exploiter des gisements pétroliers pour des raisons écologiques, et pour ce qui concerne le Venezuela, qui dispose des réserves prouvées parmi les plus importantes au monde, la production est au point bas car la nationalisation du secteur pétrolier et la très forte corruption du régime dictatorial de Nicola Maduro ont amené une forte dégradation des conditions d’exploitation comme bien évidemment de raffinage.


Le Venezuela sous-exploite ses richesses.

La Chine a avancé de l’argent au Venezuela et récupère des cargaisons de pétrole ce qui fait que le Venezuela, objet de sanctions nord-américaines par ailleurs, n’est pas vraiment présent pour compenser par une hausse de sa production une éventuelle augmentation de la demande mondiale. A travers les gisements présalifères, le Brésil a une production en forte hausse et cela réduit les importations, mais cela ne donne pas des grosses quantités qui arrivent sur le marché mondial à l’exportation. Il en est de même, de l’autre côté de l’Atlantique, pour le Nigeria, dont la production a naturellement baissé du fait de l’attrition des gisements, et qui se trouve toujours dans une situation délicate avec beaucoup de piratages des pipelines. En Amérique du Sud, des gisements importants ont été découverts au large des côtes du Suriname, il est probable qu’il puisse y en avoir également au large des côtes de la Guyane française, mais des lois imbéciles votées récemment ont interdit l’exploration au large des côtes de la Guyane… ce qui nous conduit à chercher du pétrole partout ailleurs qu’en France ! N’oublions pas non plus que, pour les rares gisements de petites quantités qui sont encore exploités en France, l’exploitation sera interdite à partir de 2040, toujours en vertu de cette même loi votée au début du premier mandat d’Emmanuel Macron.

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