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Saint-Gobain, un pluricentenaire toujours très alerte et de plus en plus "vert"
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 22 septembre 2023 (numéro 1.204) : “ Pétrole ; vers un retour à 100 $ le baril ?. ”. Bonne lecture !!!
La Compagnie de Saint-Gobain est innovatrice depuis plus de trois siècles et demi, sur ordre du roi ! Beaucoup de gens se souviennent que c’est Saint-Gobain qui, fondée sur décision de Colbert, l’un des principaux ministres de Louis XIV, a fabriqué les fameuses glaces de la galerie des Glaces. Et l’innovation, comme l’isolation face aux intempéries, chez Saint-Gobain, c’est dans les gènes. Bien sûr, aujourd’hui, l’entreprise qui est dans son quatrième siècle d’existence est un géant de taille mondiale avec 168.000 employés, 51,2 milliards d’euros de CA, 5,34 milliards d’euros de résultat d’exploitation, 7,12 milliards d’euros d’EBITDA… et, l’an dernier, près de 3,8 milliards de tréflux (free cash-flow), tout cela ayant permis, en modérant l’endettement, de réaliser pour près de 2 milliards d’euros d’investissement industriel.
Mondiale avec de solides racines françaises.
L’entreprise est mondialisée, mais il y a encore un salarié sur quatre qui travaille en France. Il s’agit donc d’une entreprise enracinée, qui a développé de plus en plus, ces dernières années, son actionnariat salarié. Tous les jours, vous côtoyez les produits Saint-Gobain. Cela peut être le pare-brise de votre automobile, c’est souvent un vitrage. La construction neuve représente 37 % des marchés de 2022, l’industrie 13 % (dont presque la moitié dans la mobilité), mais il est quand même intéressant de voir que la rénovation, c’est la moitié des débouchés de Saint-Gobain, une entreprise qui n’a pas besoin de se verdir (green washing), pour être dans la réalité de la construction durable, de la performance énergétique. L’entreprise Saint-Gobain a décidé, il y a quelques années de cela déjà, de passer progressivement de la distribution de matériaux spécialisés vers la fabrication, et cela s’est fait dans d’excellentes conditions. Au S1 de 2023, le groupe a publié des chiffres particulièrement forts, avec une marge opérationnelle record à 11,3 % du CA malgré l’environnement difficile créé par le surcroît inflationniste. En pleine crise Covid-19, le groupe a réalisé un coup magnifique en soldant le contentieux lié à sa participation dans Sika ce qui lui a permis de dégager une plus-value conséquente, de récupérer des liquidités significatives et d’avoir une marge de manœuvre particulièrement agréable dans un contexte délicat.
Les erreurs des analystes.
Les analystes financiers n’ont pas totalement observé la transformation énorme qui fut celle du groupe. Les plus anciens ont encore en mémoire les déboires de sa filiale américaine du fait des contentieux concernant l’amiante, ce qui a coûté cher dans le passé, certains autres ont l’amertume des pertes liées à l’entreprise Lapeyre, longuement et lourdement déficitaire, vendue avec difficulté… d’autres considèrent Saint-Gobain comme étant toujours un géant de la distribution de produits pour le bâtiment, une sorte de Rexel sur une autre spécialité. Pourtant, le Saint-Gobain de 2023 n’a pas grand-chose à voir avec le Saint-Gobain d’il y a une quinzaine d’années. Plus de 60 % des résultats sont générés en Amérique du Nord, en Asie et dans les pays émergents où l’entreprise a une très grande souplesse d’action, s’étant organisée par pays. Cela permet au groupe de surperformer, via une adaptation proactive de ses opérations sur le terrain mais aussi grâce à des investissements de croissance ciblée qui peuvent inclure de nouvelles capacités de production et des acquisitions, comme récemment Building Products of Canada. Cela fait donc plusieurs années que le groupe s’est positionné au cœur des enjeux énergétiques et de décarbonation.