L’art de l’excellence : En finir avec la dictature des humanistes.
LITTÉRATURE
Docteur en psychologie et chercheur en neurosciences, Fanny Nusbaum s'est fait connaître du grand public avec son best-seller « Les Philocognitifs » et son ouvrage sur « Le Secret des performants ». Dans son dernier livre, elle s'insurge contre cette quête de sécurité, de paix et de bonheur - que nous avons collectivement érigés en idéaux absolus - qui prive l’humain du plus beau joyau de son intelligence : la performance. Elle dénonce ce qu’elle appelle « la loi de la médiocrité » car, souligne-t-elle, à coups de bienveillance et de communication non violente, « nous avons forgé un monde qui interdit tout comportement conquérant, toute quête d’excellence. » Elle va même jusqu’à estimer que la dictature des humanistes peut conduire à la fin de l’humanité. Par exemple, elle nous explique que « quand on s’abonne à un réseau social en s’intéressant à la psychologie, on tombe toujours sur les mêmes phrases avec le mot « gratitude », ou « je t’aime tel que tu es ». Cela résume bien ce que j’appelle une dictature de la bienveillance et de la guimauve entre les êtres. En plus, c’est totalement faux. On est dans l’injonction et dans le pointage du doigt dès que l’on sort de cette guimauve et de ce côté gnangnan. Cette bien-pensance est fondée sur une ultravalorisation de la vulnérabilité. La vulnérabilité est devenue un produit marketing, un produit d’échange. On est quelqu’un de bien seulement et uniquement quand on va se montrer victime et vulnérable. Tous nos codes sont féminins. Nous sommes conditionnés par des codes ultra-féminins, c’est-à-dire la sensibilité, la vulnérabilité, la douceur ou la tendresse. Ceux qui ne sont pas dans ces codes, et qui sont plutôt dans des codes de valorisation, de l’instinct, de courage, de la force et de la puissance, sont considérés comme les méchants de notre société. Pourtant, ce sont eux qui portent la société. »
Fanny Nusbaum explique que « nous sommes depuis bien des siècles la plus grande puissance philosophique du monde. Le nord du bassin méditerranéen a une grande puissance philosophique. Même si l'on dit que le wokisme vient des États-Unis, je crois que c’est une appropriation de notre philosophie centrée sur l’essentialisme, la vulnérabilité et la valorisation de la victime qui a été reprise aux États-Unis. Cela nous revient en boomerang aujourd’hui. Nous ne sommes pas conscients de notre impact philosophique sur le monde. Cependant, c’est vrai, il y a de nombreux pays dans le monde qui ne sont pas complètement contaminés par cette philosophie délétère, mais je crois que nous pourrions utiliser notre pouvoir autrement. »
Nous sommes dans un monde imaginaire et le bien d’hier peut être le mal d’aujourd’hui, ou vice versa. Dans son livre, elle prend l’exemple de la limitation de vitesse qui peut changer. Autre exemple : un journaliste qui aurait incité à l’avortement en 1970 serait allé en prison, mais aujourd’hui, c’est l’inverse et si un journaliste incitait des femmes à ne pas avorter, il irait en prison… Il y a aussi ces différences dans l’espace, car ce qui est considéré comme le bien dans un continent, peut être le mal sur un autre continent et c’est ce qui entraîne des guerres, chacun estimant se situer dans le camp du bien : « C’est ce qui fait la particularité des interactions entre humains. Il y a des codes imaginaires que nous mettons en place. Je parle souvent des conventions humaines en fonction du bien que l’on a déterminé ou du mal que l’on a déterminé. Je donne l’exemple du code de la route. Hier, si quelqu’un roulait à 60 km/h en ville, c’était quelqu’un de bien, mais aujourd’hui ce n’est plus quelqu’un de bien. Cela montre comment le bien et le mal se disposent différemment en fonction du temps et de l’espace. L’exemple sur l’avortement est excellent, mais on vous répondra que la société a progressé, donc on appelle cela le progrès. Cela signifie qu’il y a 40 ans, nous n’étions pas des gens bien, alors qu’aujourd’hui nous sommes des gens bien. Il y a aussi la question du suicide, qui est une grande question philosophique. Certains diront qu’il faut du courage pour se suicider, tandis que d’autres diront que c’est une lâcheté. En Occident, quelqu’un qui serait pro suicide serait à enfermer. À l’inverse, au Japon, pendant des centaines d’années, c’était un honneur que de mourir en se suicidant lorsque l'on avait manqué d’honneur vis-à-vis de soi-même ou de la société. Aujourd’hui, on prend très au sérieux cette idée de la vulnérabilité, comme étant le grand bien aujourd’hui. J’espère que l’on va comprendre la nécessité de se comporter avec bienveillance quand on est avec quelqu’un, puisque nous créons une équipe, mais, si demain nous devions être ennemis, il serait normal d’agir avec ardeur, voire avec violence, l’un vis-à-vis de l’autre. Dans notre société, on doit toujours se comporter avec calme et bienveillance, alors que ce n’est pas ce que nous avons au fond du cœur les uns et les autres. »
En France, on n’aime pas les riches et elle fait allusion à l’influence de la religion catholique. Traversons la Méditerranée : lorsque l'on discute avec des pauvres marocains au fond d’un bled, le discours est totalement inverse, car ils considèrent le riche comme une personne récompensée par Dieu… Les petits Marocains des rues ne rayent pas les belles voitures… Fanny Nusbaum poursuit cette réflexion : « On pourrait aussi parler des symboles de pouvoir. Aujourd’hui, être un homme blanc de plus de 50 ans, ce n’est pas tendance et avoir une Porsche, ce n’est pas tendance non plus… D’ailleurs, vous entendrez toujours les hommes politiques évoquer leurs origines quand ils peuvent justifier une origine humble. Autrefois, il fallait plutôt descendre d’une grande famille. C’est une nouvelle forme de snobisme que de montrer que l’on est quelqu’un qui n’a pas le pouvoir. On va condamner la prostitution, parce que l’on suppose qu’il y a la domination d’un homme sur une femme. Mais quand il s’agit d’être actrice de films pornographiques, c’est assez tendance, parce que l’on dira que c’est une femme qui s’assume. Dès lors que l’on imagine qu’il y a une relation de supériorité, on va taper sur celui qui est détenteur du pouvoir. »
Dans son livre, il y a une phrase importante : « La majorité choisira toujours la paix au détriment du sentiment de liberté, d’intensité, de grandeur et de sens ». Le confinement en constitue le meilleur exemple et l'on a préféré avoir la paix plutôt que la liberté : « Le président de la République nous a dit que chaque vie comptait. Comme chaque vie comptait à égalité - la vie d’une personne âgée, par rapport à la vie d’une jeune femme de 20 ans - alors on a choisi collectivement de se mettre sous cloche pour ne prendre aucun risque. Donc, le risque c’est mal. C’est pour cette raison que l’on ne peut plus être en état d’intelligence. Je travaille pour l’intelligence et la performance, et je pense que dans notre société nos ailes sont coupées. On ne peut pas être en état d’intelligence, c’est-à-dire tirer le meilleur de la vie, de soi-même, pour montrer le meilleur de ses capacités. Aujourd’hui, on est complètement bridé avant de faire quoi que ce soit, parce que c’est la sécurité avant tout, la vulnérabilité avant tout. Donc, aujourd’hui, on ne peut pas être quelqu’un de bien si l'on veut être quelqu’un de grand. »
« L’art de l’excellence : En finir avec la dictature des humanistes » de Fanny Nusbaum est publié aux Éditions Alisio.
Validez le formulaire ci-dessous
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.