Société. L’écrivain analyse la nouvelle loi de programmation militaire.
LA RENCONTRE DE LA SEMAINE
Stanislas Berton : « Si la France se retrouve engagée prochainement dans un combat, cela active la réquisition possible des biens et des personnes par le biais de l’OTAN. »
Une rumeur circule depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux, selon laquelle le gouvernement veut réinstaurer la possibilité de réquisitionner la population en cas de guerre, puisque cette disposition figure dans la nouvelle loi de programmation militaire. En réalité, elle est déjà inscrite dans le Code de la Défense. Elle n’a pas vraiment évolué depuis 1959, soit un an après la naissance de la Vᵉ République. La modification effectuée par le gouvernement n’a officiellement pour seul objectif que de l’adapter « aux dangers du monde moderne ». Cependant, il est aussi évoqué les engagements internationaux de la France, ce qui constitue une nouveauté et fait dire par certains observateurs que cela pourrait servir de base pour envoyer de jeunes Français combattre en Ukraine… Stanislas Berton est analyste économique. Il est l’auteur de « L’Homme dans la Cité » et de « La France retrouvée ». Il décrit habilement cette guerre invisible menée contre les peuples et les nations.
L’Hebdo-Bourseplus : Le thème du mondialisme et de la destruction des nations semblait auparavant marginalisé et parfois apparenté à des milieux complotistes. Or, aujourd’hui, on observe que de plus en plus d’intellectuels évoquent cette question, y compris des gens de gauche, mais aussi des penseurs chrétiens, musulmans, ou juifs, comme le Rav Dynovisz. Certains traduisent cela comme un combat entre le bien et le mal. Quel est votre avis ?
Stanislas Berton : Je ne peux que souscrire à votre analyse. L’effondrement que connaît notre pays n’est que le front d’un combat beaucoup plus vaste que mènent les nations et les peuples libres du monde contre un système, que l’on résume avec le terme de mondialisme, qui est en fait un projet de nouvel ordre mondial. Ce projet vise notamment à la destruction de la souveraineté des États, à l’imposition d’un modèle de société unique à l’ensemble de la planète, indifféremment des spécificités culturelles et des traditions religieuses. Il faut bien comprendre que c’est vraiment un projet totalitaire qui s’impose à bas bruit. Il ne sera jamais annoncé comme tel au journal de 20 heures. Il avance par la stratégie des petits pas, à savoir une stratégie d’infiltration des institutions, du pouvoir et de l’administration. C’est l’histoire de la grenouille dans la casserole : on monte petit à petit la température et la grenouille ne se rend pas compte qu’elle est en train de cuire. De plus en plus de gens sont en train de prendre conscience de ce qui se passe. C’est ce que je décris dans mon dernier livre. Donc, il y a une guerre invisible, qui devient de plus en plus visible, contre le projet mondialiste.
La dernière loi de programmation militaire anime de nombreux débats sur les réseaux sociaux, en raison des pouvoirs de réquisition, notamment sur les hommes et les entreprises. En réalité, la réquisition des personnes et des biens, sous peine d’emprisonnement, en cas de menace extérieure, existe depuis 1959. Pourquoi ce texte est-il différent ?
Déjà, il est important de rappeler l’étendue des pouvoirs de l’État, notamment le droit que l’État peut s’arroger en matière de réquisition des biens et des personnes. Ce qui change, c’est cette allusion à la menace de nature à justifier la mise en œuvre des engagements internationaux de l’État en matière de défense. Quand on lit entre les lignes, cela veut dire que si la France se retrouve engagée prochainement dans un combat, par exemple, dans une guerre contre la Russie, cela active la réquisition possible des biens et des personnes par le biais de l’OTAN. Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que tout cela se fait par décret. Depuis l’opération en Ukraine, la France est quasiment cobelligérante, puisqu’elle envoie du matériel et un soutien financier. Les contre-pouvoirs ne sont jamais consultés et il n’y a jamais eu le moindre débat au Parlement. C’est le chef de l’État qui décide seul et, si l'on devait arriver à une situation de guerre de haute intensité, comme disent les militaires, la décision serait prise par décret. Avec tout ce que l’on vit, entre la question sécuritaire et la gestion de la crise sanitaire, on peut se demander si l’exécutif a la légitimité pour prendre des décisions aussi graves. Évidemment, il a cette légitimité sur le papier, mais on observe que les contre-pouvoirs sont totalement silencieux et absents.
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