Transport aérien : Ryanair, JetBlue et easyJet contre les compagnies classiques

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 29 juillet 2023 (numéro 1.198) : “ Le cash de Bolloré : le fantasme du marché. ”. Bonne lecture !!!

Compagnies aériennes : la sortie du trou est-elle possible ? C’est la seule question valable. Ryanair vient de publier un record de 17,4 millions de passagers transportés au mois de juin 2023 soit une augmentation de 9 % en un an. Il y a quelques années, alors que Jean-Cyril Spinetta était patron d’Air France, dans une conversation informelle postérieurement à l’AG, je lui avais demandé son intérêt sur les toutes jeunes compagnies aériennes à bas coûts, easyJet et Ryanair, qui se lançaient dans la période. Il avait affirmé qu’il n’y croyait pas, que les passagers voudraient des services et que ce n’était pas un phénomène durable, les compagnies aériennes à bas coûts allaient s’effondrer comme naguère celle de Sir Freddy Laker (Laker Airways), au Royaume-Uni dans les années 1980. Pourtant, force est de constater que l’effondrement promis n’est pas intervenu ! Au contraire, malgré l’énorme trou d’air de 2021, le retour des passagers s’est fait essentiellement au profit des compagnies à faibles coûts et à faibles prix. Ryanair vise 168,5 millions de passagers transportés pour l’ensemble de l’année 2023 alors que le record d’avant-crise était d’environ 130 millions de passagers. Vueling, easyJet, et même Transavia.com, filiale d’Air France-KLM, connaissent une croissance presqu’infinie.

JetBlue, IndiGo, Air Asia...  le phénomène est mondial.

Outre-Atlantique, il en est de même pour JetBlue, et on peut parler également des compagnies indiennes comme IndiGo ou encore la compagnie malaisienne Air Asia, qui ont percé à l’échelle mondiale. Dans les compagnies plus classiques, qu’il s’agisse de Turkish Airways, de Qatar Airways, d’Emirates ou autre Etihad, la concurrence s’est développée. Les compagnies classiques, telles que Lufthansa, British Airways, Iberia, Air France-KLM pâtissent de cette concurrence exacerbée. Dans le transport aérien, tout le monde gagne de l’argent, sauf les compagnies, si l’on se base sur les résultats cumulés des dix dernières années, des vingt dernières années ou des trente dernières années, le constat est sans équivoque. Cela fait plusieurs décennies qu’Air France-KLM ne distribue plus de dividende. Il est donc raisonnable de se poser la question sur l’éventuelle rentabilité d’Air France-KLM, recapitalisée dans la peine l’an dernier, et qui vient de lever un demi-milliard d’euros via un titre hybride adossé sur sa perle, Air France Industries. De fait, le schéma de développement de la compagnie irlandaise Ryanair était particulièrement étrange. Pendant très longtemps, il s’est appuyé sur des vols à destination d’aéroports secondaires, un peu partout en Europe, avec des subventions de la part des chambres de Commerce et d’Industrie, qui étaient heureuses de voir des passagers arriver pour utiliser leurs infrastructures (les CCI sont souvent propriétaires des aéroports), et pour dépenser leurs livres sterling ou leurs euros dans la région. Ces subventions ont été jugées comme étant contraires au droit européen de la Concurrence, mais le flux a été lancé.


Avion unique, service en option.

Dans les faits, Ryanair s’est appuyé sur une flotte homogène, constituée exclusivement de Boeing 737, achetés en nombre et neufs avec rabais, configurés avec une cabine utilisant le moindre espace possible, et quand les avions étaient amortis, ils étaient revendus sur le marché de l’occasion, avec un profit significatif, puisque les grosses quantités achetées en avions neufs permettaient des rabais proches de 50 % par rapport au prix catalogue alors que les plus petites compagnies aériennes ne pouvaient se payer des avions neufs que moyennant un rabais de 15 à 20 %. Cet été, Ryanair aura 3.300 vols par jour au pic de la saison. C’est du jamais vu pour une compagnie aérienne même à l’échelle mondiale. Ryanair est la compagnie aérienne européenne qui transporte le plus de passagers et qui est également la plus rentable sur le continent européen. Lors de son dernier exercice financier, elle est retournée dans les bénéfices avec un bénéfice net de 1,43 milliard d’euros pour un CA de 10,7 milliards d’euros, qui a plus que doublé (+124 %) en un an. Pour l’année 2023-2024, l’anticipation se situe entre 185 et 190 millions de passagers. Là où ADP annonce des chiffres toujours en baisse pour Paris Aéroports (Paris CDG et Orly principalement), pour Beauvais, aéroport desservi exclusivement par Ryanair, la hausse est fantastique, le trafic est désormais très largement au-dessus de celui constaté en 2019.

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