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Économie. Michel Santi estime que la France n’est pas à l’abri d’une révolte de la faim...
LA RENCONTRE DE LA SEMAINE
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Michel Santi : « Le budget de l’État doit être contracyclique. »
La guerre des farines fut en 1775 à l’origine de quelque 300 émeutes à travers la France, provoquées par la suppression de la part de l’État du contrôle du prix du pain, sous l’impulsion de Turgot. Dans une récente étude, l’économiste Michel Santi souligne que « nos portemonnaies sont aujourd’hui et en principe moins sensibles aux fluctuations des tarifs alimentaires, et la plupart d’entre nous sacrifions d’abord en temps de vaches maigres d’autres postes de nos dépenses. Pour autant, il est difficile de ne pas faire de parallèle avec les émeutes récentes en France où les prix relatifs à l’alimentation ont subi une flambée dramatique de 22 % depuis 2021, selon un article tout récemment publié par Philip Pilkington qui se réfère à des données de l’INSEE. Après la Covid, que d’articles et de photos de ces files d’attente d’étudiants devant les banques alimentaires nous ont attristés. Comment ne pas être marqué par des scènes de pillage de supermarchés par des ménagères en ce début juillet 2023, ou par cet adolescent tout fier d’avoir subtilisé des bouteilles d’huile d’olive ? »
Selon Michel Santi, « la flambée soudaine du coût de la vie – celle des denrées de première nécessité – est donc dangereuse pour l’ordre public. Il n’est guère compliqué de se mettre à la place de celles et ceux qui ne parviennent carrément plus à manger à leur faim dans cette France du XXIe siècle dont les résidents consomment près de 60 % en moins de viande du fait de sa cherté. Il est impensable à notre époque dite civilisée, dans ce pays qu’est la France qui ne rate jamais une occasion de vanter son modèle social, que l’augmentation des prix de l’alimentation et la chute de la consommation des denrées basiques soient encore et toujours des signes avant-coureurs d’émeutes. » Michel Santi est économiste, spécialiste des banques centrales et ancien professeur d’économie à l’Université de Genève.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous avez publié une étude sur la guerre du blé au XVIIIe siècle, en faisant une analogie avec la France d’aujourd’hui. Pendant très longtemps, on a dit que la faim était la principale cause des révolutions. Est-ce toujours le cas, alors que nos pays occidentaux ont mis en place des systèmes d’aides sociales qui permettent d’avoir un minimum pour se nourrir ?
Michel Santi : Heureusement, nous ne sommes plus à la période où les mauvaises récoltes provoquaient la famine. Mais en Europe, aujourd’hui, ainsi qu’aux États-Unis, nous sommes dans une période où des familles se privent de repas parce qu’elles n’ont pas les moyens d’assumer la subsistance de leurs membres. En Grande-Bretagne, aujourd’hui, pays ultralibéral, il n’est pas étonnant de constater cela, mais c’est étonnant dans un pays comme la France qui ne cesse de mettre en avant son modèle social exemplaire. Malheureusement, on ne s’occupe pas des moins bien lotis.
Vous évoquez le déclassement de la classe moyenne et des classes populaires qui se retrouvent dans des situations difficiles. Auparavant, cela concernait une minorité, or ce n’est plus le cas…
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