Reynald Secher prépare un livre sur le massacre de La Chapelle-Basse-Mer.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

L’historien et écrivain Reynald Secher, spécialiste des guerres de Vendée, a travaillé avec l’équipe de « Vaincre ou mourir » et il intervient d’ailleurs au début de ce film. Entre 1793 et 1796, jusqu’à 200 000 Vendéens, Bretons, Angevins ont été massacrés par les troupes républicaines dans un contexte d’insurrection contre-révolutionnaire qui se propageait un peu partout en France. Depuis des décennies, les œuvres de Reynald Secher ont reçu de nombreux prix. À La Chapelle-Basse-Mer, à la tête de l’association Mémoire du Futur, il dirige un projet visant à la restauration de la chapelle Saint-Pierre-ès-Liens et à la reconstruction d’un cloître laissé à l’abandon. Nous avons rencontré Reynald Secher qui annonce la sortie d’un nouveau livre, d’ici quelques semaines, sur l’histoire du génocide de La Chapelle-Basse-Mer sous la Révolution française : « C’est mon village familial, mais c’est avant tout le carottage qui a permis à l’université française de comprendre ce qui s’était passé dans la Vendée militaire. C’est un carottage humain. Lorsque j’ai travaillé là-dessus, en 1985, la mémoire était intacte. Il y avait une convergence entre la tradition populaire et ce que j’allais découvrir par la suite à travers les manuscrits. C’est irréversible. Ce sera toujours le seul village référence de la Vendée militaire. C’est une histoire vendéenne, bretonne et ligérienne, c’est un carrefour entre trois mentalités et trois géographies. Grâce aux écrits d’un certain nombre d’habitants, j’ai pu reconstituer l’histoire au jour le jour de ces événements qui ont fracassé le village. Il a perdu 900 habitants, principalement des femmes et des enfants. La moitié des maisons ont été détruites. C’est absolument atroce, car cela correspond à une mécanique de l’extermination. Au niveau universitaire, l’histoire de ce village nous a donné la preuve que la tradition populaire correspondait à un certain nombre de récits et d’actes officiels. Il y a eu une violence incroyable qui nous a permis de comprendre une mécanique supérieure, une mécanique d’État, qui consistait à tuer l’autre, non pas pour ce qu’il avait fait, mais pour ce qu’il était. En 1790, on a décidé de construire le mémorial de l’extermination de la Vendée militaire. À partir d’une chapelle vieille de mille ans, 2 000 jeunes venus du monde entier sont venus restaurer la chapelle et construire un immense mémorial pour raconter l’aventure de la Vendée militaire. Nous avons la liste des 900 habitants qui ont été exterminés et je vais publier cette liste dans le livre que je vais publier. La définition du génocide, c’est que l’on tue l’autre non pas pour ce qu’il a fait, mais pour ce qu’il est. On tue le Vendéen parce qu’il est vendéen, on tue l’Arménien parce qu’il est arménien, on tue le juif parce qu’il est juif, on tue l’homosexuel parce qu’il est homosexuel, on tue le noble russe, parce qu’il est noble... C’est cela la mécanique du génocide. »

Ce qui est intéressant, c’est que cela nous renvoie à l’actualité : on s’attaque aux gens, on veut leur interdire de s'exprimer, uniquement pour ce qu’on les soupçonne d’être… Sur ce sujet, Reynald Secher nous livre un scoop : « J’ai tiré le signal d’alarme début juillet en écrivant au président de la République, au Premier ministre, aux présidents des deux chambres, au ministre de l’Éducation nationale et au ministre de la Justice, en disant tout simplement que bon nombre d’intellectuels, qui ne sont pas dans le délire officiel et idéologique, sont interdits de conférences à tous les niveaux. Par exemple, à Orléans, j’ai été attaqué par 70 black blocs. Lors d’une conférence dans une autre ville, il y a eu une campagne d’affichage incitant à m’assassiner ou à me décapiter. Je tire le signal d’alarme en disant que l’on a un problème de liberté d’expression dans notre pays. Cela devient totalitaire, tout cela sous l’impulsion de l’extrême gauche. Notre espace d’expression est de plus en plus limité. Par exemple, je ne peux plus accéder aux grands médias, alors que j’aurais beaucoup de choses à dire. »

La Chapelle-Basse-Mer est en Loire-Atlantique, donc en bretagne historique, et cette rencontre avec Reynald Secher est aussi l’occasion de revenir sur le film « Vaincre ou mourir » et les fréquentes allusions à la Bretagne. En effet, on constate qu’il y eu aussi une lutte bretonne en parallèle à celle des Vendéens : « Les gens se révoltent pour cette notion de liberté, ce n’est pas seulement une notion du Poitou, c’est aussi une notion bretonne, parce qu’il faut comprendre que jusqu’au 4 août 1789, la Bretagne est un pays associé. Par le traité de 1532, les Bretons s’associent à la couronne de France, c’est-à-dire qu’ils conservent leurs droits et leurs coutumes, et ils ont une représentation à travers le Parlement. Charette est un Breton qui s’est battu sur les mers internationales, notamment pour l’indépendance des États-Unis d’Amérique, au nom des libertés bretonnes. Lorsqu’il est démobilisé, il revient sur ses terres bretonnes en tant que Breton. Lorsqu’on l’appelle pour devenir un chef, sa réaction est très intéressante. Il est contre l’insurrection d’un chef contre l’autorité, mais il accepte l’insurrection pour rétablir l’autorité légitime. Tout est dit en quelques mots au début du film. »

Il évoque cette collaboration entre la Bretagne et le royaume de France. Certains historiens expliquent que cela s’est fait par la force à travers le siège du Parlement de Vannes : « Le roi de France veut, coûte que coûte, annexer la Bretagne. C’est une puissance militaire, c’est une puissance maritime, c’est une puissance économique, et c’est aussi une population. Le rajout de cette péninsule lui permet de maîtriser la Manche, donc la confrontation avec les Anglais, et l’océan Atlantique. Les plus grands ports de la façade atlantique sont Saint-Malo, Lorient, Nantes et Redon. Grâce à cette union, qui n’est pas une annexion, il va maîtriser les mers. C’était une collaboration forcée, mais les Bretons ont fondamentalement gagné car, en 1789, la Bretagne paye deux fois moins d’impôts par rapport à la moyenne nationale. La Bretagne a conservé sa langue, ses coutumes et ses usages. C’est-à-dire que le roi de France n’a pas pu imposer ses normes nationales en Bretagne. »

Revenons à l’origine du combat de Charrette, qui passionne de plus en plus de Français. Reynald Secher explique : « Le film « Vaincre ou mourir » est très bien fait, car il résume très bien cette problématique. Charette est un noble breton, qui sert la couronne royale française, de manière claire dans son esprit. Lorsqu’il revient en Bretagne, il est imbibé des idées de La Rouërie. C’est un marquis qui est au nord de l’Ille-et-Vilaine, c’est un homme remarquablement intelligent, qui a servi pour l’indépendance des États-Unis et qui revient en Bretagne avec des idées monarchistes, parce qu’il sait que la monarchie est garante de la liberté. Mais, en même temps, il veut profiter de l’affaiblissement du roi pour rétablir une certaine autonomie de la Bretagne. Il dit cela dans la première partie du film. Charette s’engage à rétablir une certaine autonomie de la Bretagne mais, petit à petit, il va être dépossédé de ce combat, pour adhérer au combat de la Vendée qui est d’une nature tout à fait différente. Les Vendéens n’ont pas un combat géographique, mais un combat politique. Ils se battent pour la liberté de pensée, mais pas du tout pour une question de territoire. »

On observe que la Vendée a retrouvé son histoire et une fierté. Cependant, le combat a été difficile et Reynald Secher évoque un point majeur : « Quand on dit que l’on est vendéen, on est immédiatement taxé de « Ventrachoux ». C’est très intéressant, car ce mot veut dire quelque chose de très précis. Cela veut dire le ventre qui a un chou, c’est l’enfant qui est tué par le bleu, et il y a ensuite un chou sur le nombril pour la cicatrisation. C’est l’expression même du génocide de l’enfant. C’est la cruauté la plus extrême. Il y a ensuite eu des événements majeurs. D’abord, la création du Puy-du-Fou par Philippe de Villiers, qui permet de faire adhérer un public très important à l’histoire de la Vendée. J’ai également œuvré au niveau intellectuel sur ce que l’on appelait les guerres de Vendée. Les Vendéens, qui ont toujours été considérés comme des bourreaux, parce qu’ils ont lutté, vont devenir des victimes. Et cela change tout. » L’historien a joué un rôle majeur : « J’ai permis aux Vendéens de comprendre cela. Ils n’ont pas été des bourreaux, mais des victimes, ce qui leur a permis de récupérer une certaine fierté globale. Quant à la Bretagne, elle n’a pas encore fait cette démarche. D’abord, les Bretons ne connaissent pas leur histoire, alors qu’ils ont une histoire particulière. Ce n’est pas du folklore. Ensuite, les Bretons ont été culpabilisés à l’extrême par ce qui s’est passé au moment de la Révolution française. Ils ont toujours l’idée qu’ils ont été des mauvais Français parce qu’ils n’ont pas été les artisans de la République. Enfin, ils ont été en marge de la Nation, tout au long du XIXe siècle, jusqu’à la Première Guerre mondiale. »

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.