Forvia : dans le collimateur des fonds spéculatifs
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 7 juillet 2023 (numéro 1.195) : “ Atos : la (trop) lente sortie du trou. ”. Bonne lecture !!!
Allô maman bobo ? J’suis mal dans ma peau tu sais, depuis que j’suis plus à la maison ! Ce serait peut-être, si l’on appliquait la vie des entreprises aux chansons populaires, le cri du cœur de l’ancienne Faurecia, devenue le groupe Forvia. Il y a quelques années de cela, il y avait une entreprise qui s’appelait Aciers et Outillage Peugeot. Elle fusionna avec Epéda-Bertrand Faure, pour devenir Faurecia. Exit très rapidement les matelas en mousse de la marque Epéda, recentrage alors sur les pots d’échappement, les sièges auto, et les cockpits, sans oublier bien sûr les pare-chocs et beaucoup de pièces plastiques pour l’automobile.
Le virage de la qualité !
Au moment de la crise de 2008-2009, le groupe a reçu un gros pied dans son derrière sous l’impulsion de son PDG M. Delabrière, qui recentra l’affaire, la fît monter définitivement au rayon de la qualité directe, avec une diminution très rapide et drastique du nombre de pièces avec défauts par millions. Là où Faurecia avait à supporter des coûts significatifs au titre des défauts après montage, du fait de la garantie, progressivement, non seulement ces coûts ont disparu, mais il y a eu aussi la mise en place d’une politique vertueuse qui a fait que là où un contrat démarrait en portant une marge opérationnelle comprise entre 4 et 5 %, deux ou trois ans après, la marge opérationnelle du même contrat se situait entre 6 et 7 % du CA. Faurecia a profité de la crise de 2008-2009 pour se recapitaliser, un peu forcé par les banques, et a ensuite fait des acquisitions, des fusions, pour rééquilibrer ses débouchés, notamment avec la fusion avec Emcon Automotive, un équipementier essentiellement basé en Amérique du Nord qui a permis à Faurecia, peu présent et déficitaire sur ce continent, d’y trouver une bonne rentabilité, notamment en étant un des gros fournisseurs de Ford pour le pick-up F-150. L’inventeur du pot catalyseur était et reste le numéro 1 mondial des systèmes d’échappement. C’est bien, mais lorsque l’on basculera aux voitures électriques, les pots, ce sera terminé ! Toutes les inventions liées à la dépollution postérieure à la combustion n’auront servi à rien, les règlements européens vont interdire les moteurs thermiques à partir de 2035 et, sur d’autres continents, la tendance est de même.
Passer du pot d’échappement à l’éclairage.
Il fallait donc que Faurecia se réoriente davantage sur d’autres débouchés, en renforçant notamment toutes ses fonctions liées à l’éclairage, ce qui a été fait en rachetant un peu plus de 80 % du capital de la société allemande Hella en 2022. Il y avait eu déjà un gros travail d’effectué concernant les équipements audiovisuels et multimédias, les systèmes de navigation, de guidage automatique, de localisation, d’aide à la sécurité avec caméras et capteurs… Plusieurs acquisitions ont été effectuées. Patatras, les analystes financiers se sont aperçus que Faurecia, devenu ultérieurement Forvia, avait à porter sur les épaules une dette conséquente de 8,4 milliards d’euros. Ils se sont effrayés. Même si l’entreprise a fait 25,5 milliards d’euros de CA en 2022, son résultat opérationnel, de 447 millions d’euros l’an dernier, se compare avec le coût de l’endettement financier net, qui était de 333,7 millions. C’est tendu ! Si l’on tient compte des amortissements divers et variés et les inévitables restructurations permanentes qu’il y a dans cette industrie, on est arrivé à un résultat net part du groupe en perte de 381,8 millions. Au fur et à mesure des acquisitions et des dilutions, le groupe PSA, qui avait un peu plus de 70 % du capital à la fin des années 2000, était revenu largement en dessous de 50 %, mais restait quand même l’actionnaire prépondérant. Dans le cadre de la fusion entre Fiat Chrysler Automotive et PSA (Peugeot, Citroën, Opel, Vauxhall et DS), il fut décidé de ne pas rester dans le métier des équipementiers de l’industrie automobile. Les actions Faurecia ont donc été distribuées aux actionnaires de Stellantis et Faurecia s’est retrouvé avec une dispersion inédite de son capital.
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