Les professionnels dénoncent les propositions du gouvernement en matière de logement.

LA VIE DE L’IMMOBILIER

✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Éric Allouche, directeur exécutif du réseau ERA Immobilier : « Il ne va plus y avoir de biens à louer. »

Alors que les primo-accédants doivent affronter de nombreuses difficultés pour obtenir un prêt, le gouvernement vient de rajouter des obstacles supplémentaires au prêt à taux zéro en excluant la construction d’une maison. Les professionnels sont unanimes : aucun signal positif n’a été entendu, malgré les cris d’alerte lancés depuis plusieurs mois. Il faut donc s’attendre à une crise en matière de logement comme notre pays n’en a sans doute jamais connue depuis des décennies, avec notamment la disparition de l’offre locative privée. Nous évoquons ce sujet avec Éric Allouche, directeur exécutif du réseau ERA Immobilier.


L’Hebdo-Bourseplus : Quelle est votre réaction après les déclarations de Madame Borne sur le logement et les propositions du CNR Logement ?

Éric Allouche : Nous ne sommes pas déçus, parce que l’on n’attendait pas grand-chose, mais il y a beaucoup de bruit pour rien. Quelles sont les mesures qui favorisent les primo-accédants ? Il n’y en a pas. Le PTZ est reconduit jusqu’en 2027, c’est plutôt positif, mais c’est le prêt à taux zéro qui est maintenant limité à l’ancien, quand on fait des travaux de rénovation énergétique, ou aux logements neufs dans les zones tendues. Les maisons sont exclues ! Or, plus de la moitié des prêts à taux zéro portent sur des maisons. On ignore pourquoi les maisons sont exclues. Apparemment, il n’y a plus de sous. Il ne faut pas oublier que l’immobilier génère derrière de l’emploi et des recettes fiscales, donc ce n’est pas neutre. Il y a énormément de recettes fiscales pour l’État et, derrière, vous avez les promoteurs, c’est aussi un facteur de cohésion sociale. L’autre déception forte, c’est l’absence de mesures d’incitation pour l’investissement locatif, alors que, depuis des dizaines d’années, on a toujours eu des mesures d’incitation fiscale pour l’investissement dans le domaine du logement, tout simplement parce que nous avons besoin de logements. On a besoin que les propriétaires qui se lancent dans de telles opérations gagnent un peu d’argent. On nous explique que cela coûte de l’argent, mais on oublie les recettes fiscales qui rapportent aussi. Tout cela relève d’un signal extrêmement négatif pour les propriétaires. Pour les locataires, il ne va plus y avoir de biens à louer. On nous explique que les institutionnels vont investir, mais c’est une autre histoire. C’est finalement assez triste. Il faut quand même des investisseurs privés pour que l’on puisse louer des biens. Le problème, c’est l’inertie car prendre une mesure, cela demande beaucoup de temps.


N’y a-t-il pas une volonté de nous imposer un régime plus étatique et de supprimer progressivement les maisons individuelles ?

Il ne faut pas tomber dans les extrêmes, on ne peut pas passer de rien à tout. On nous a dit pendant des années qu’il fallait faire du diesel et, tout à coup, on nous explique qu’il ne faut plus de diesel. Les gens qui ont acheté des véhicules diesel n’ont pas forcément les moyens de changer de voiture pour acheter de l’électrique. C’est la même chose, on nous explique qu’il faut lutter contre le réchauffement climatique, il y a le DPE, l’interdiction de louer, les pénalisations diverses… Pour répondre à votre question, je ne sais pas, je ne connais pas les motivations profondes. En tout cas, c'est un signal extrêmement négatif. En plus, on a le sentiment qu’il y a un mépris pour les professionnels de l’immobilier, qui sont consultés par politesse. On a le sentiment d’être la dernière roue du carrosse. Je ne vous cache pas que le milieu est en train de se mobiliser et que nous sommes en train de voir tous ensemble ce que l’on peut faire. Le problème, c’est celui du logement, c’est celui de l’avenir, avec un parc privé qui est en train de se réduire. Demain, il n’y aura plus que des HLM et des investisseurs institutionnels. C’est un problème et c’est ce qui explique pourquoi nous sommes tous très remontés.

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.