Société. Réflexion autour du concept de « décivilisation »

LA RENCONTRE DE LA SEMAINE

✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Jean-Philippe Delsol : « Nous perdons nos libertés parce que l’État veut se substituer à nous. »

Emmanuel Macron a évoqué la « décivilisation » de notre société. L’utilisation de ce mot, qui est aussi le titre d’un récent livre de l’écrivain Renaud Camus, a suscité de nombreux débats. Chacun peut avoir sa propre interprétation de ce terme. Nous avons demandé à Jean-Philippe Delsol, auteur de « Civilisation et libre arbitre » de nous faire part de son analyse. Jean-Philippe Delsol, docteur en droit, est avocat et il est le fondateur du cabinet Delsol Avocats. Il est le président de l’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) et il a écrit de nombreux ouvrages sur la question des libertés. Or, c’est justement le recul des libertés, avec un État de plus en plus prégnant sur nos vies, qui constitue à ses yeux la principale cause de la « décivilisation ».


L’Hebdo-Bourseplus : Votre dernier ouvrage traite de la civilisation et du libre arbitre. Dans ce contexte, que pensez-vous des propos d'Emmanuel Macron sur la « décivilisation » de notre société ?

Jean-Philippe Delsol : On pourrait considérer que la civilisation, c’est l’évolution de l’homme dans son autonomie, c’est-à-dire dans sa liberté. S’il y a aujourd’hui un problème de « décivilisation », c’est que là où, pendant des siècles - notamment depuis l’avènement de la Grèce, de Rome, et du judéo-christianisme - l’homme a gagné en autonomie et en liberté, depuis quelques décennies il y a de plus en plus cette tendance qui veut que l’homme devienne le protégé de l’État. L’État doit tout faire pour l’homme. Au lieu de donner aux hommes les moyens d’acquérir leur liberté, on leur apprend à tendre la main pour vivre d’oboles, et cela crée inévitablement une sorte de « décivilisation ». On redevient des barbares.


Votre analyse va à l’encontre des idées reçues, car lorsque l'on évoque la « décivilisation », on pense à la sauvagerie. Or, c’est finalement tout sauf l’État et l’organisation en société…

L’État devient une espèce d’organisme dispensateur des désirs des individus qui tendent la main pour recevoir et qui n’admettent pas que l’État ne leur donne pas. L’État a abandonné ses fonctions principales qui sont de garantir l’ordre, la sécurité et la propriété de chacun, pour que chacun puisse vivre de son autonomie. C’est-à-dire exercer ses libertés. Au lieu de cela, l’État promet tout à tous et voudrait que tous puissent librement exprimer leurs désirs sans étudier les conflits que peuvent entraîner ces différents désirs. Thomas Obs expliquait déjà cela. L’État n’arrive plus à régir cet excès de liberté, qui est en fait un laxisme payé par l’État lui-même, et qui devient de la barbarie.

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.