Un député engagé pour la défense de la francophonie.

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✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Bruno Fuchs, député MoDem du Haut-Rhin : « Je n’arrive pas à comprendre comment on a pu laisser dériver la pratique du français dans les institutions européennes. »

Bruno Fuchs est député MoDem du Haut-Rhin et secrétaire général de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie. Lors d'une récente séance de questions au gouvernement, il a rappelé : « La francophonie est plus que jamais en danger. Elle est menacée dans ses fondements mêmes par un capitalisme débridé et par la montée des néo-impérialismes, qu’ils soient russes ou chinois. Renforcer la francophonie, c’est défendre jusque sur notre propre sol l’État de droit, les libertés publiques et la vision multilatérale du monde, valeurs pour lesquelles nous nous battons tous les jours. Elle est aussi menacée dans les pratiques quotidiennes : je rappelle que 36 % des textes étaient rédigés en français à la Commission européenne en 1998 et qu’il n’y en a plus que 2 % aujourd’hui ! Dans la littérature scientifique médicale, seules 0,3 % des publications sont rédigées en langue française ! Quel signal envoie-t-on à un étudiant en médecine camerounais, cambodgien ou roumain ? Quel message veut-on faire passer lorsque l’on utilise officiellement des appellations comme Business France, Choose France, Digital Africa ? » Le parlementaire évoque ce sujet sensible dans l’entretien qu’il nous a accordé.


L’Hebdo-Bourseplus : Quel bilan dressez-vous de la loi Toubon ? Est-elle bien appliquée ? Ou est-elle déjà aux oubliettes ?

Bruno Fuchs : C’est un peu les deux. Il y a quand même une tendance très forte à vouloir jouer l’anglicisation de la France, mais c’est aussi le cas au Canada, avec cette volonté de rentrer dans la mondialisation à travers l’expression anglophone. Les élites françaises ont vraiment tendance à passer outre la loi Toubon et beaucoup pensent qu’il est bien plus important de se faire comprendre de tous par l’anglais, quitte à perdre un peu de son identité, plutôt que de défendre le français en étant un peu moins attractif.


Pourquoi nos élites économiques et politiques ne semblent-elles pas comprendre l’intérêt géostratégique de la défense de notre langue ?

Il y a un paradoxe. Dans le discours sur la francophonie, la langue et l’identité, on est toujours très ambitieux, le langage est toujours très fort et construit, mais, dans la pratique, il y a un très grand décalage avec les ambitions affichées dans les discours et les moyens. Dans tous les grands programmes d’attractivité vers l’Afrique, on observe que tout est en anglais. Donc, il y a un décalage entre l’ambition et la réalité.

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