Homo Lapidibus - La passion des pierres.
LITTÉRATURE
Cette semaine nous abordons un sujet plus léger, mais toujours sérieux, une passion pour beaucoup, à savoir les pierres précieuses. Anne de Jouvenel-Tugny est spécialisée dans l’étude des pierres précieuses. Elle a été chargée d’enseignement à l’Institut national de Gemmologie, conférencière au Muséum d’histoire naturelle ainsi qu’à Drouot Formation, et elle a publié plus d’une dizaine d’ouvrages dans ce domaine.
L’homme a toujours été attiré par les pierres : « La pierre est utile. Ne serait-ce que pour faire du feu, on a utilisé des silex. La pierre sert à construire aussi. Il y a également les pierres dont on aime se parer et les pierres qui portent des messages de l’au-delà. Enfin, il y a les pierres précieuses qui représentent une valeur monétaire et qui sont recherchées par les gens de pouvoir, notamment parce qu’elles sont rares. Jusqu’au XVe siècle, c’était le privilège des hommes d’avoir des diamants ou des pierres précieuses et les pierres étaient souvent mises en gage par les rois pour financer des campagnes militaires. Henri IV avait refusé d’acheter un magnifique diamant, le Beau Sancy, qui est exposé au Louvre, car il ne voulait pas dépenser son argent parce que c’était une frivolité. Il a finalement acheté cette pierre pour Marie de Médicis. » Imaginons que l’homme n’ait jamais trouvé un autre moyen de faire du feu que le silex : cela signifie que cette pierre aurait une énorme valeur aujourd’hui : « C’est exact. Les silex ont toujours une valeur de construction. Le silex est une pierre assez spéciale. C’est de la silice pure. Cela peut prendre un très beau poli et les calcédoines sont simplement de beaux silex qui ont été taillés, ce qui fait ressortir leurs couleurs variées et des dessins ondulés qui prennent la forme des cavernes dans lesquelles on les a trouvées. » Les pierres précieuses ont aussi toujours été des monnaies d’échange : « Oui. On les donne en gage, elles ont un sens précieux, c’est quelque chose de tangible. L’autre sens, c’est celui des sentiments, comme les pierres de fiançailles, les pierres héritées, ou les pierres qui ont une histoire importante. Les pierres ont de la mémoire, dommage que l’on ne puisse pas les interroger. C’est comme des livres fermés que l’on n’arrive pas à ouvrir. »
Autre sujet passionnant que nous abordons avec la spécialiste des pierres : les croyances. Que faut-il penser de ces croyances qui circulent sur les pierres qui auraient un pouvoir de guérison ? Anne de Jouvenel-Tugny explique que « les croyances ont toujours existé. Les pierres étaient des messages du ciel et l'on avait le sentiment que ces pierres transmettaient un présage. Il y a une symbolique assez forte et elle est parfois pertinente, c’est un peu la méthode Coué. Mais tant mieux. En revanche, le côté curatif n’a jamais été démontré. Actuellement, la lapidothérapie est très à la mode et on nous explique qu’il faut l’œil du tigre pour cela, du quartz rose pour autre chose... Les gens sont très crédules. Mais si cela fonctionne, tant mieux. C'est encore la méthode Coué. Actuellement, les pierres qui soignent les maux représentent un commerce très important. Mais il y a quelque chose d’inné en nous que d’avoir une foi en des choses qui ne sont pas explicables. Les hommes ont toujours pensé qu’il y aurait un signal dans le ciel, avec une pierre qui tombe du ciel. On vient même d’en trouver en Normandie récemment, ce sont des éclats de météorites, et des chercheurs des États-Unis sont venus exprès pour analyser ces éclats. Il ne faut pas oublier que nous sommes debout sur des pierres. On martyrise la Terre pour aller chercher des diamants à 200 kilomètres de profondeur, mais ces diamants ont une valeur financière. Ils sont remontés à la surface par les volcans ou par forage et cela devient des pierres de coffre. Actuellement, il y a le problème des diamants synthétiques qui rejoint tout le côté écolo : on a la tête farcie de recommandations sur l’écologie et, finalement, on fait des pierres dans des laboratoires qui ne sont pas très écolos et qui coûtent très cher ! Mais on est rassuré à l’idée d’avoir des pierres qui ne sont pas extraites par des enfants dans des pays africains... Ceci dit, on a privé les pays africains de leurs ressources naturelles en installant de grosses usines pour forer des diamants. »
Il y a les pierres qui guérissent, mais il y a aussi les pierres maléfiques, comment expliquer cela ? Est-ce le fait d'une sorte de méthode Coué inversée ? Elle revient sur l’histoire du diamant bleu : « Louis XIV avait un diamant bleu qui était sa fierté. Il lui a été volé en 1792, au moment du vol des joyaux et il n’a pas été retrouvé. Vingt ans plus tard, on a entendu parler d’un diamant bleu en Angleterre qui ressemblait beaucoup au diamant de Louis XIV, sauf qu’il n’avait pas le même poids. En fait, c’était bien le diamant de Louis XIV qui renaissait, parce qu’il avait été retaillé. Mais à cette époque, on n’avait pas pu en faire la preuve. Ce diamant a été racheté par un banquier, Monsieur Hope, et ses héritiers se sont battus. C’était une histoire de succession abominable. Le diamant a été vendu, il a soi-disant porté malheur aux familles successives qui l’ont acheté et, finalement, ce diamant a été qualifié de diamant maudit. Il a été racheté par Cartier, puis revendu à une riche Américaine, et enfin revendu à un joaillier américain qui n’a jamais pu le revendre. Ce diamant avait cette réputation de diamant maudit, on a raconté des histoires absolument horribles, et cela a fonctionné. La seule manière de s’en débarrasser pour le propriétaire a été de l’envoyer par un paquet postal à un musée à Washington. Au Muséum d’histoire naturelle, on a découvert, en rangeant les tiroirs, un plomb qui était exactement la reproduction du diamant de Louis XIV, mais il était assorti d’une petite étiquette : « Appartient à Monsieur Hope ». C’est de cette manière que nous avons pu remonter l’histoire. Le fameux diamant maudit est effectivement le diamant de Louis XIV. »
Les quartz, les diamants et les rubis ont traversé le temps, on parle des diamants de Cléopâtre, en passant par les rois de France... Or aujourd’hui, à l’époque du bitcoin, ces pierres précieuses ont finalement toujours autant de valeur : « D’abord, c’est une valeur financière et sentimentale, c’est aussi une valeur historique. Regardez, quand on vend un tableau d’un certain auteur, c’est la marque qui compte, c’est-à-dire son auteur. Tout cela prend de la valeur, parce que l’on ne peut pas le refaire. Chaque pierre précieuse est unique : on ne peut pas comparer deux émeraudes, sauf les reproductions synthétiques. » En Bretagne, les pierres ont une valeur mystique. Dans le monde celtique, on pensait qu’elles avaient une âme : « Je ne veux pas dire que les pierres aient une âme, mais je peux dire qu’elles représentent des choses que nous ne pouvons pas voir, qu’elles ont vu et qu’elles ne peuvent pas nous raconter. On passe à côté des menhirs et des dolmens, et l'on ne fait pas attention à l’obélisque chaque fois que l’on traverse la place de la Concorde. L’obélisque a dû voir des tas de choses qu’il ne peut pas raconter, y compris ses deux ans de voyage... »
« Homo Lapidibus - La passion des pierres » d’Anne de Jouvenel-Tugny est paru aux Éditions Edisens.
Validez le formulaire ci-dessous
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.