Le cri d’alarme du président de la FNAIM sur les problèmes du logement en France.

LA VIE DE L’IMMOBILIER

✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Loïc Cantin, président de la FNAIM : « La situation est aujourd’hui trop grave. »

La Fédération Nationale de l’Immobilier (FNAIM) est la première organisation syndicale des professionnels de l’immobilier. Ses adhérents exercent tous les métiers de la transaction, de la gestion, de la location, de l’expertise, du diagnostic, etc. Créée en 1946, cette structure est présente sur l’ensemble du territoire par son maillage de Chambres départementales et régionales.


L’Hebdo-Bourseplus : Comment faciliter le développement d’un pays de propriétaires et faire en sorte que les jeunes puissent accéder plus facilement à la propriété ?

Loïc Cantin : La France, contrairement à ce que l’on pense, affiche désormais un nombre de propriétaires de résidences principales en recul. C’est la première fois depuis de nombreuses années. Ce chiffre est en recul parce qu’il démontre aussi la difficulté, pour de nombreux Français, d’accéder à la propriété. Ceux qui sont nés dans les Trente Glorieuses ont pu bénéficier de prix intéressants, d'une période de croissance, et devenir propriétaires. Ceux qui doivent aujourd’hui recourir à l’emprunt sont confrontés à de grandes difficultés d’octroi, particulièrement dans une période où les taux sont repartis à la hausse. On a vécu cela par le passé, mais c’est une nouvelle période qui s’ouvre pour les accédants à la propriété, puisque l’on n’avait pas connu de hausse réelle des taux d’intérêt depuis le développement de l’immobilier dans les années 95, où les prix ont été sans cesse portés à la hausse. On a observé un épiphénomène en 2008, après la crise des subprimes, avec une remontée des taux, puis une redescente.

Aujourd’hui, le paysage économique s’inscrit bel et bien dans un environnement où les taux bancaires sont repartis à la hausse. On note ainsi une progression des taux qui pourrait flirter avec les 4 % d’ici à la fin de l’année 2023. C’est presque quatre fois plus qu’il y a deux ans et demi. Une progression qui met à mal la capacité d’emprunt des ménages français, notamment des primo-accédants, qui vont être les plus fragilisés parce que c’est leur première acquisition. Ils ne sont déjà pas propriétaires, ils disposent d’un apport personnel beaucoup plus faible et ils ont beaucoup de mal à obtenir un prêt. Si le marché ne bouge pas, on évolue vers un marché d’exception, donc un marché d’exclusion de ceux qui sont les plus faibles. Quand un marché voit ses volumes s’effondrer ou chuter, il y a une correction des volumes, mais la correction des volumes ne corrige pas pour autant les prix. Les vendeurs, confrontés à des acheteurs de moins en moins solvables, vont devoir baisser leurs prétentions. C’est mécanique.

La vraie question, c'est comment redonner du pouvoir d’achat aux Français face à la pierre ? J’ai porté une proposition. Je me réfère à des périodes antérieures, avec la crise énergétique, l’augmentation des taux et l’inflation en 1973. Les Français ont pu profiter de dispositifs qui existaient dans les contrats de prêt, permettant le transfert du prêt à l’acheteur. C’est une possibilité que l'on pourrait aujourd’hui réintroduire dans les contrats de prêt. La deuxième possibilité est de permettre la portabilité du prêt en cours par un acquéreur. Vous avez acheté un bien à un taux de 20 % et, trois ans après, vous êtes obligé de quitter la ville et vous voulez acheter ailleurs. Vous conservez l’option de la portabilité du prêt que vous avez contracté à 1 % et que vous reportez sur un autre bien immobilier que vous allez acheter ailleurs. C’est une disposition simple.

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