Économie. La réinitialisation de l’économie est dictée par le changement de comportement des consommateurs.

LA RENCONTRE DE LA SEMAINE

✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Charles Sannat : « Il faut reprocher aux États de ne pas jouer leur rôle de contre-pouvoir afin d’éviter les situations de monopole. »

L’analyste économique Charles Sannat a été directeur des études de la société AuCoffre.com et il est le fondateur du site Insolentiae. Il enseigne l’économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et il publie régulièrement des articles sur l’actualité économique.


L’Hebdo-Bourseplus : Klaus Schwab, le patron du forum de Davos, avait indiqué que la crise sanitaire constituait une opportunité pour remettre l’économie mondiale à zéro, en annonçant notamment la disparition des commerces indépendants. On observe maintenant que de nombreuses enseignes et réseaux sont en grandes difficultés. Qu’en pensez-vous ?

Charles Sannat : Il est difficile de faire la part des choses entre ce qui relèverait d’une stratégie consciente et d’une volonté prédéterminée d’un certain nombre de puissants, et les conséquences logiques d’une destruction créatrice classique. Schumpeter évoquait la destruction créatrice, ce qui signifie que certains secteurs sont amenés à mourir parce qu’ils n’ont pas su s’adapter pour telle ou telle raison et, à partir de là, on voit arriver de nouveaux secteurs économiques. C’est très agréable quand on est dans le camp des créateurs, mais c’est moins agréable quand on est dans celui de ceux qui sont détruits. Si l'on analyse ce qui s’est passé, effectivement, les petits commerçants souffrent terriblement, mais les grands groupes souffrent également. Je pense à toutes les enseignes dont le dépôt de bilan défraie la chronique aujourd’hui, ce sont parfois de grandes entreprises. Il y a le virage numérique qui n’a pas été bien pris par ces sociétés qui étaient prisonnières de leur modèle traditionnel de vente dans des commerces physiques. Elles n’ont pas su prendre le virage des ventes en ligne et elles ont dû subir de plein fouet la concurrence du commerce en ligne.

Il y a les coûts structurels des loyers, des salariés et aussi des normes dans les établissements qui reçoivent du public. Quand vous mettez tout cela bout à bout, vous avez une augmentation des coûts structurels qui ne peut plus être absorbée par le chiffre d’affaires. Au moment de la crise sanitaire, ces commerces n’étaient pas essentiels. Ils ont dû accumuler un certain nombre de dettes, puisqu’il a fallu continuer de payer les charges et les loyers, il y a eu les PGE, donc de l’endettement. Pour les magasins de vêtements, il y a eu des saisons entières qui ont été ratées, faute de quantité de produits à vendre. Au moment de la sortie de la crise sanitaire, il y a eu un phénomène inflationniste extrêmement fort qui est venu réduire les marges de tous les commerçants, avec une hausse énorme des coûts de l’énergie et, évidemment, le remboursement des prêts garantis par l’État. Tout cela dans un contexte d’augmentation des taux d’intérêt et de resserrement des conditions de financement par les banques centrales.


Pourtant, Klaus Schwab a clairement écrit qu’il y avait trop de restaurants indépendants à New York et qu’il fallait que l’offre de restauration soit contrôlée par trois ou quatre grands groupes… C’est à partir de là que beaucoup d’observateurs ont déduit qu’il y avait une volonté de s’attaquer aux indépendants…

Pour lire ce numéro (Accès numérique)

Validez le formulaire ci-dessous

Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.

Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.