Société Générale versus BNP Paribas : le match des banques cotées
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 3 mars 2023 (numéro 1.177) : “ L’inflation et les distributeurs spécialisés ”. Bonne lecture !!!
Frédéric Oudéa est arrivé à la tête de la Société Générale dans les fourgons de l’affaire Kerviel-Bouton. A l’époque, celui qui était alors directeur financier de la Société Générale s’était vanté d’avoir réussi une énorme augmentation de capital pour renflouer la banque en pleine crise, et, en même temps, d’avoir fait l’acquisition de Rosbank en Russie, ce qui montrait que la Société Générale inspirait la confiance… Au moment de son départ, s’il y a des fleurs, ce seront des couronnes mortuaires. En effet, pour ce qui concerne Rosbank, elle a été revendue pour quelques roubles symboliques à l’oligarque qui s’était rempli les poches en cédant cet établissement à la Société Générale, et, de surcroît, cela a plombé les comptes de la Société Générale au titre de l’ensemble de l’année 2022, ce qui fait que l’entreprise financière a aujourd’hui un cours qui ne reflète pas les promesses de 2008, à loin près ! Pour se renflouer, d’année en année, le grand groupe bancaire international que fut naguère la Société Générale a vendu au fur et à mesure des exercices ses perles, ses joyaux.
Chaque année ou presque, un joyau vendu !
Cela fut notamment la très rentable filiale égyptienne, il y a eu aussi des fermetures ou des cessions en Europe centrale. On se rappelle que l’entreprise avait profité de la chute du Mur pour s’y établir de façon forte, notamment en République Tchèque, utilisant les anciens réseaux de la Sogenal (Société Générale d’Alsace Lorraine, séparée lors de l’annexion de l’Alsace et de la Moselle en 1871 et qui s’était développée vers les empires allemands et autrichiens). Au moment de sa privatisation, la Société Générale avait racheté la Sogenal et avait bénéficié, à la fin des années 80, de tout son réseau de partenariats en Europe centrale et orientale. Pour conclure la sortie de Russie, la Société Générale a demandé à ALD, sa filiale de gestion de flottes automobiles, de céder ses actifs là-bas, une négociation est en cours avec l’homme d’affaires russe Igor Kim, qui est propriétaire d’Expobank, 41e banque de Russie. Comme cet individu est épargné par les sanctions, il est acceptable d’un point de vue européen, mais il faudra qu’il y ait un coup de tampon du Kremlin, dans le cadre du décret du 5 août dernier qui interdit aux investisseurs de pays dits « inamicaux » de céder leurs titres dans 45 banques en Russie. Les activités russes d’ALD ne sont pas très impressionnantes, elles avaient été mises en place au fur et à mesure des années, en complément du réseau de Rosbank. Si Frédéric Oudéa va quitter ses fonctions de directeur général de la Société Générale le 23 mai prochain, il deviendra président non-exécutif du groupe pharmaceutique Sanofi, il a été nommé récemment, en complément de salaire ou de préretraite, administrateur d’ALD, filiale de la banque française, ce qui montre bien que les mœurs du passé continuent à prévaloir.
Le choc de la sortie de Russie.
La Société Générale a publié en 2022 un résultat net en fort recul du fait de l’impact de la cession à vil prix de Rosbank et de ses filiales d’assurances en Russie. Il n’a été que de 2 milliards d’euros pour les chiffres publiés mais le groupe a surtout mis en avant le résultat net part du groupe sous-jacent, en dehors des effets de cette cession malheureuse, qui a été en hausse de 6,7 % à 5,62 milliards. Le produit net bancaire (CA dans les établissements financiers) a été d’un peu moins de 28,1 milliards d’euros soit +9,3 % par rapport à l’année précédente, et le résultat brut d’exploitation sous-jacent a été de 10,1 milliards d’euros. Cela vient essentiellement des magnifiques résultats d’ALD, détenue à environ 80 % du capital pendant toute l’année 2022, une part qui sera réduite à un peu plus de 50 % suite à la fusion avec LeasePlan. On a l’impression, lorsque l’on lit les communications de la Société Générale, d’année en année, depuis une quinzaine d’années déjà, d’entendre la chanson de Ray Ventura : « tout va très bien, Madame la marquise… ». A chaque fois, on nous dit que c’est génial, que l’on est dans des records, et qu’il ne faut surtout pas tenir compte des amendes américaines, des déconfitures en Europe centrale et orientale, ou encore d’autres aléas, comme bien évidemment le coût faramineux de la sortie de Russie (près de 4 milliards d’euros tout de même). Le groupe Société Générale est sorti de presque tout ce qu’il était possible de vendre.
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