La Nouvelle Rome : un conte du monde d’après.
LITTÉRATURE
Paul Farnet, créateur des parfums et produits Terre de France, une enseigne 100 % française, signe son premier roman de fiction : dans une France qui décline rapidement, un petit village du Lot devient le lieu de rassemblement et d’habitation de milliers de Français qui veulent renouer avec leur héritage. Paul et sa famille rejoignent cet endroit, baptisé La Nouvelle Rome, pour partager une destinée incertaine, entre les défis d’une civilisation à reconstruire et les menaces que fait planer la République sur ce village hors du commun. Avant d’évoquer cet ouvrage, nous avons demandé à Paul Farnet de nous présenter Terre de France : « Notre objectif est de proposer de l’artisanat français et des produits fabriqués en France à des prix acceptables, parce que souvent le « fait en France » est associé à du hors de prix. Nous avons aussi des initiatives solidaires puisque nous reversons tous nos bénéfices à des agriculteurs, des familles de militaires, et des écoles rurales. C’est un modèle entre l’entreprise à but lucratif et l’association, puisque notre objectif est de dégager un bénéfice, mais aussi de le reverser à des personnes qui ont besoin d’être aidées. Nous avons des partenaires, mais nous vendons nos produits à 80 %. Par exemple, nous avons un atelier textile dans le sud de la France, donc tout le textile est fabriqué dans notre atelier, et c’est pour cette raison que nous pouvons proposer une collection entièrement faite en France assez abordable, puisque ce sont des prix sortis d’usine. Pour le reste, nous travaillons avec une trentaine d’artisans. La maroquinerie est faite dans le Tarn, la savonnerie en Provence et le bois est travaillé en Ardèche. Le tissu de nos vêtements est fabriqué à Roanne et la confection est faite en Provence. C’est vrai, il faut faire attention à ce que l’on achète aujourd’hui, puisque certaines marques sont entre deux eaux, en disant que c’est imaginé en France, mais la fabrication n’est pas faite en France ».
Avec le poids des charges, on pourrait penser que cela coûte cher : « Un t-shirt fabriqué au Bangladesh sera vendu 2 euros hors taxes, alors qu’un t-shirt fabriqué en France revient plutôt dans les 14 euros hors-taxes. Maintenant, dès qu’il y a une marque dessus, un t-shirt coûte au minimum 30 à 40 euros. Dans ce contexte, il faut plutôt mettre la valeur sur la qualité du produit, mais pas sur le marketing associé. Nous avons réussi à avoir 20 000 clients qui sont assez fidèles. Parallèlement, nous ne mettons pas trop de budget sur le marketing, contrairement à de grandes marques, alors nous arrivons à sortir des t-shirts autour de 25 à 30 euros, ce qui est acceptable pour de la fabrication française ».
Dans son livre, Paul Farnet raconte l’histoire d’un groupe de gens qui se réunissent dans un village du Lot pour fonder une nouvelle société : « Nous avons tous en tête le modèle de la ZAD, avec quelques personnes un peu perchées qui se regroupent pour créer une société altermondialiste, ou alors des gens complètement dans le système qui sont déshumanisés. J’ai essayé de réfléchir, à travers cette fiction, à une personne qui essaye de remettre un peu de bon sens dans la société d’aujourd’hui. Ces gens se regroupent dans un village du Lot pour essayer de recréer une industrie, des laboratoires pharmaceutiques responsables et de rénover des maisons qui tombent en ruine. L’idée est de créer un écosystème économique, mais aussi un écosystème culturel, avec des écoles qui font le travail que les écoles publiques ne font plus aujourd’hui. Mais aussi un écosystème spirituel, avec une église un peu plus présente et qui assume son rôle. Ce n’est donc pas un groupe de survivalistes qui se retranchent quelque part, mais plutôt des Français de bon sens, qui ont tous une fibre un peu patriote et qui essayent de créer quelque chose de positif ». S'agirait-il alors d'une sorte de kibboutz de droite ? « On m’a déjà dit cela. Un kibboutz est associé à une image guerrière, c’est la prise de contrôle d’un territoire, alors que j’envisage plutôt le fait de recréer quelque chose sur un territoire abandonné. Aujourd’hui, les villes moyennes sont d’une tristesse terrible. Ces villes sont abandonnées et, si l'on s’y regroupait avec des gens de bonne volonté, je pense que l’on pourrait vraiment repartir là où on a arrêté notre histoire » explique Paul Farnet.
Pourtant, nous sommes tous très différents et les gens qui sont d’accord sur un combat spécifique sont souvent en désaccord lorsqu’il s’agit d’un autre combat : « Tous les grands débats ont divisé les familles mais, dans les années 50 ou 60, c’est vrai, la société était quand même plus homogène. Certains pensent que tout le monde était sur la ligne du général de Gaulle dans les années 60, c’est faux. Malgré tout, la société était quand même plus homogène. Dans mon livre, nous revenons aux libertés fondamentales. Ceux qui dirigent la ville font tout pour cela : donc, on se retrouve à l’arrivée avec des gens plus heureux et plus enthousiastes. Si vous prenez l’exemple de personnes qui se disputent autour d’une table, elles ne peuvent rien faire pour changer le monde, donc il vaut mieux se concentrer sur les sujets sur lesquels on peut avoir un impact et c’est ce que font les personnes dans La Nouvelle Rome. D’ailleurs, on commence à voir des initiatives de gens qui veulent se regrouper physiquement pour essayer de monter des choses. Vous avez des entreprises où l’on essaye aussi de montrer qu’il est possible de réindustrialiser certaines choses en France. Mon livre est un conte de fées, parce que tout se goupille bien, mais il y aurait plus de difficultés si c’était réel ! En tout cas, c’est quand même plus réaliste que d’autres formes de repli ». Le schéma est certes séduisant sur le papier, or au sein des familles, il y aura forcément des enfants contestataires, des amis qui vont se fâcher et le monde idéal semble difficile à créer : « Il faut avoir un socle commun qui permette de discuter et d’avancer et, si la société est d’accord à 98 %, cela fonctionnerait sans doute beaucoup mieux. Prenons l’exemple de l’école. Beaucoup de personnes se tournent vers les écoles catholiques ou le hors contrat et cela crée naturellement des communautés avec les parents d’élèves. Il y a beaucoup d’écoles qui sont hors du système et, évidemment, il y a des élèves qui ne sont pas du tout dans l’esprit. Mais, globalement, c’est quand même révélateur de voir autant de personnes qui vont vers toutes les écoles hors système. »
En cas de guerre civile, certains redoutent un effondrement généralisé du système. Alors, que faire pour que cette idée soit viable ? Paul Farnet explique qu’il y a de plus en plus d’éléments pour que les gens se rassemblent, « mais il faut aussi un système financier qui permette de faire cela, donc quelqu’un doit favoriser cette étincelle. Pour que cela se réalise, il faudrait un Elon Musk motivé par le projet, avec une cinquantaine de personnes de bon sens, qui ne seraient pas des zadistes de droite qui viendraient simplement pour un barbecue géant entre copains, mais pour une aventure sérieuse. Je ne voulais pas décrire une fête médiévale entre copains, il s’agit vraiment de travailler. Mais, pour cela, il faut des personnes motivées, intelligentes et résilientes. »
« La Nouvelle Rome : un conte du monde d’après. » de Paul Farnet est publié aux Éditions Terre de France.
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