Rebond : les éclopés de 2022 vont-ils s'en sortir tous ? (2-2)

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 3 février 2023 (numéro 1.173) : “ Russie-Ukraine : un an de guerre et de mensonges économiques ”. Bonne lecture !!!

Depuis le début de l’année 2023, en trois semaines seulement, les marchés se sont repris de façon assez vigoureuse, et, parmi les plus grosses performances, on constate qu’il y a beaucoup d’entreprises qui ont été fichues au tapis voire au sixième sous-sol en 2022. Nous terminons notre revue de détail.


Teleperformance : plus gros recul 2022 du CAC 40.


On ne peut pas vraiment dire que la société Téléperformance fait partie des éclopés de 2022. En revanche, ce qui est certain, c’est que cette affaire a été particulièrement fortement agitée par un microscandale, et qu’elle a terminé l’année non pas en tête du classement des plus fortes hausses, mais tout simplement à la lanterne rouge du CAC 40. Téléperformance avait démarré l’année 2022 aux alentours de 400 euros, dans des records historiques, elle l’a terminée à -43 %, et s’est reprise depuis, pour coter actuellement aux alentours de 248 euros. Il y a eu un énorme plongeon, le 10 novembre dernier, qui avait fait perdre un peu plus du tiers de la valeur de l’entreprise après l’annonce de l’ouverture d’une enquête sur l’environnement de travail dans sa filiale colombienne qui compte plusieurs dizaines de milliers de salariés. Le gouvernement colombien avait décidé de lancer cette enquête après qu’un magazine américain ait fait état de témoignages des équipes chargées de modérer les contenus sur la plate-forme de partage de vidéos TikTok des contenus qui pouvaient être explicites, ultra-violents, parfois ultra-pornographiques, ce qui justifiait justement le boulot de modération afin de les mettre à l’écart des visionnages par les personnes non averties. En quelques décennies seulement, Téléperformance est devenu le numéro 1 mondial des prestations de services externalisés et de conseil aux entreprises dédiées à la gestion de la relation client.

C’est un groupe qui n’a connu que la croissance, dans mon expérience professionnelle je l’ai vu démarrer avec entre 2 et 3 millions d’euros de CA (du temps du franc français) c’est aujourd’hui une affaire qui a une activité qui se compte en milliards d’euros. Les fondateurs sont aujourd’hui réduits à la portion congrue du capital, Jacques Berrebi est sorti progressivement, Daniel Julien a été dilué à environ 2 % de l’affaire, les actionnaires historiques comme la famille Dassault sont presque non visibles désormais dans la structure capitalistique de cette entreprise, ce qui explique la forte volatilité soudaine le 10 novembre dernier. La remontée du titre s’est faite par étapes, et il semble que l’entreprise n’ait pas du tout été véritablement gênée dans son activité par l’épiphénomène qu’aura été l’incident, aux conséquences in fine modestes sur la réputation comme sur la clientèle.

Il est quand même bizarre que le groupe Téléperformance, l’un des principaux employeurs mondiaux, une entreprise très influente sur les deux continents américains, ait fait l’objet d’une telle virulence de l’attaque boursière quelques jours seulement après la publication d’un nouvel excellent CA pour le T3 (+7 % à données comparables), ce qui porte le CA cumulé des neuf premiers mois de l’année à plus de 6 milliards d’euros. Le groupe d’origine française en avait profité pour annoncer le relèvement de ses objectifs annuels de 2022. Il n’y a pas de raison que l’année 2022 soit à modifier en ce qui concerne les perspectives de résultat avec un taux de marge opérationnelle courante sur CA (EBITA) de l’ordre de 15,5 % contre 15,1 % en 2021. Il me semble évident que la société de services Téléperformance devrait connaître une nouvelle période de croissance de son activité en 2023 dans une fourchette comprise entre 5 et 7 %. Cela devrait contribuer à faire remonter tout doucement le cours de Bourse à son altitude d’avant le choc du 10 novembre soit environ 280 euros au minimum, 300 euros plus vraisemblablement.

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