La mise en place des zones ZFE traduit le clivage entre les élites et le monde rural.

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✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Pierre Meurin, député RN du Gard : « Nous sommes dans un mouvement de collectivisation et d’uniformisation des modes de vie. »

Pierre Meurin, député RN du Gard, a été le rapporteur de la proposition de loi visant à supprimer les Zones à faible émission mobilité (ZFE), qui a finalement été rejetée par la majorité. Ce texte avait pour objectif de revenir sur la création des Zones à faible émission mobilité, créées par la loi d’orientation des mobilités de 2019, qui sont interdites aux véhicules les plus polluants. La mise en place de ces zones a commencé le 1er janvier dernier et, dès 2025, 17,5 millions de véhicules pourront être verbalisés par la vidéosurveillance s’ils entrent dans une ville concernée par le dispositif.


L’Hebdo-Bourseplus : On évoque depuis des mois les conséquences des zones ZFE, or on a le sentiment que le fait que tout le monde se fout complétement que de pauvres gens ne puissent plus aller en centre-ville avec leur automobile, comme s’il y avait une sorte de mépris de classe sur cette question…

Pierre Meurin : La question est crue et la réponse sera crue de la même manière : c’est exactement cela. Aujourd’hui, nous avons un problème d’intelligibilité de la loi. La spécialité de la Macronie, c’est de faire de la politique avec des tableaux Excel et des affichages sur PowerPoint. Entre 2019 et 2021, avec la loi d’orientation des mobilités, puis la loi Climat, ils ont inventé dans un langage très technocratique ce qu’ils appellent les Zones à faibles émissions de mobilité, dont les conséquences sont inintelligibles pour de très nombreux Français. J’ai coutume de dire que le langage technocratique est quasiment une langue non courante pour les Français, qui cache très souvent une dissimulation d’objectifs de la part des technocrates. La loi n’étant pas évidente à comprendre pour tout un chacun, le problème c’est que son contenu est très lourd de conséquences. Ce faisant, aucun effort de pédagogie n’a été fait par le gouvernement pour expliquer à plusieurs millions de Français que, depuis le 1er janvier 2023, puis le 1er janvier 2025, les voitures classées Crit’Air 5, 4 et puis 3 seront exclues des grandes villes. C’est extraordinaire. On est en train de recréer un féodalisme des mobilités, un séparatisme territorial qui touche les Français les plus modestes qui ont été poussés vers les zones périurbaines et rurales, en raison des prix de l’immobilier dans les centres-villes. Le mouvement inverse, c’est la dévitalisation des zones rurales, avec la perte des services publics, des commerces de proximité, ou des professionnels de santé. Ce double mouvement d’exclusion financière des classes populaires et de dévitalisation de nos territoires ruraux, par absorption de tous les services par les grandes métropoles, a eu pour conséquence majeure l’allongement du temps de trajet en voiture. Les Français qui habitent en zone rurale sont obligés d’avoir une voiture, parfois même deux. Et, comme il n’y a plus de professionnels de santé dans les zones rurales, les gens vont dans les grandes villes pour aller aux urgences ou aller voir des professionnels de santé. En même temps, depuis quarante ans, on observe un mouvement de fermeture des petites lignes de train, à hauteur de 40 000 kilomètres. Tout cela, mis bout à bout, fait que l’on a encouragé la voiture particulière, c’est factuel et, aujourd’hui, parce qu’il y a 40 000 morts de la pollution atmosphérique, on décide que les Français des zones rurales ne pourront plus utiliser leur voiture. Évidemment, pour les Français les plus modestes qui doivent convertir leur 306 ou leur Clio en véhicule électrique ou en véhicule hybride, les aides sont largement insuffisantes puisque le reste à charge est au minimum de 20 000 €. C’est quand même une mission de la majorité qui a écrit cela. En plus, les classes les plus modestes prennent ce calendrier d’application en pleine figure, puisque déjà des métropoles ont commencé à verbaliser à hauteur de 68 € les Français dont le véhicule est classé Crit’Air 5. L’esprit de votre question me va très bien. On est dans une démarche de séparatisme territorial : après avoir fait des Français les plus modestes les oubliés de la mondialisation, on en fait des bannis de la métropolisation.


Cela intervient au moment où le coût de l’automobile n’a jamais été aussi élevé. Il y a seulement dix ans, on pouvait avoir une voiture neuve pour 15 000 €, alors qu’aujourd’hui il n’y a rien à moins de 30 000 €…

Absolument. Le prix des voitures neuves a explosé et c’est pour cette raison que le marché de l’occasion a aussi explosé au cours de ces cinq dernières années. Si l'on voulait améliorer la qualité de l’air et accélérer le mouvement de renouvellement naturel du parc automobile - ce que nous préconisons pour améliorer la qualité de l’air - il conviendrait de proposer des aides favorisant le marché de l’occasion pour encourager les Français à acheter des véhicules de Crit’Air 2, qui sont généralement des véhicules essence des années 2006 ou des diesels des années 2010. Si l'on supprimait les aides sur les voitures électriques et les véhicules hybrides, pour les concentrer sur les Crit’Air 2, cela permettrait d’accélérer le renouvellement du parc automobile dans le but d’améliorer la qualité de l’air. On irait vers un renouvellement naturel du parc automobile, sans la violence sociale et le séparatisme territorial qui est en œuvre avec les ZFE. Il y a aussi une raison pour laquelle ces voitures Crit’Air 1 coûtent assez cher : c’est parce que ce sont des voitures dont on a peu de contrôle sur le plan de la souveraineté. Les véhicules électriques sont fabriqués avec des batteries dont la fabrication est essentiellement contrôlée par la Chine, produites avec du cobalt, qui vient à 80 % de la République démocratique du Congo, et ce cobalt est contrôlé par la Chine. Ce cobalt est extrait par 40 000 enfants de moins de 15 ans qui sont tous les jours en train de creuser dans des mines, avec tous les jours des accidents et des morts. Autrement dit, la transition écologique, c’est très bobo chez nous, mais ailleurs on s’en lave les mains…

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