Rebond : les éclopés de 2022 vont-ils s'en sortir tous ? (1-2)

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 27 janvier 2023 (numéro 1.172) : “ Rebond : les éclopés de 2022 vont-ils s’en sortir tous ? (deuxième partie) ”. Bonne lecture !!!

Depuis le début de l’année 2023, en une quinzaine de jours seulement, les marchés se sont repris de façon assez vigoureuse, et, parmi les plus grosses performances, on constate qu’il y a beaucoup d’entreprises qui ont été fichues au tapis voire au sixième sous-sol en 2022. Il y a un rebond partiel pour Elior, Derichebourg, Air France-KLM… mais cela concerne aussi le dossier Casino, cher à notre cœur, et plein d’autres entreprises qui ont été des martyrs en 2022, à l’instar des équipementiers de l’industrie automobile que sont Plastic Omnium, Valeo et surtout Faurecia. Le rebond le plus spectaculaire a été constaté chez Air France-KLM qui valait il y a quelques séances seulement 1,21 euro, et qui vaut 40 centimes de plus au plus haut de ce mercredi, à 1,6135 euro. Que s’est-il passé pour qu’Air France-KLM reprenne aussi rapidement de la hauteur ? Tout simplement, la Chine a abandonné sa politique anti-Covid et autorise de nouveau, depuis le 8 janvier, ses ressortissants à voyager à l’étranger sans avoir à effectuer de très longues quarantaines à leur retour. Le déverrouillage du trafic asiatique est une bonne nouvelle prospective pour toutes les compagnies aériennes du monde entier, et Air France-KLM ne sera pas la seule entreprise concernée.




Vers une recomposition du capital.

Ce qui est beaucoup plus important, pour cette entreprise, c’est la bonne tenue générale des vols à l’intérieur de l’Europe, qui profite à Transavia, sa filiale low cost qui est en forte croissance désormais, se rapprochant d’une centaine d’avions en opération ce qui va lui permettre d’avoir la dimension nécessaire pour avoir une rentabilité correcte. Il convient de rappeler qu’Air France-KLM avait complètement loupé le basculement vers les compagnies low cost, laissant à Vueling (groupe British Airways), à Eurowing (groupe Lufthansa) ou aux indépendantes Ryanair et easyJet le soin de s’arroger la part prépondérante du transport de personnes y compris sur des vols intérieurs telle que la ligne Paris-Nice. Il y a largement plus d’une décennie de cela, je me souviens parfaitement du mépris ironique affiché par Jean-Cyril Spinetta, alors à la tête d’Air France-KLM, lorsqu’il parlait des compagnies à bas prix, qui n’avaient pas d’avenir, selon lui. Bien vu l’aveugle ! Le gros point d’interrogation sur le dossier Air France-KLM ce n’est pas la reprise du trafic aérien, tout le monde est d’accord pour estimer qu’en 2024 les chiffres de 2019 seront rattrapés et qu’ils seront dépassés en 2025 à l’échelle mondiale, mais la question se posera toujours sur la capacité d’Air France-KLM à générer suffisamment d’argent pour rembourser les aides publiques obtenues au moment de la catastrophe de la pandémie. Faute de remboursement rapide, Air France-KLM sera pénalisé dans ses perspectives de développement, et cela concerne aussi bien le fret aérien que le transport de passagers. La deuxième question qui se pose, pour Air France-KLM, c’est la reconfiguration de son actionnariat.

Aujourd’hui, outre l’Etat français, qui détient un peu moins de 30 % du capital, il y a CMA-CGM qui est monté à un peu moins de 10 %, China Eastern est à un peu moins de 10 % également, un peu plus bas il y a Delta Airlines, les deux compagnies aériennes sont partenaires d’Air France-KLM dans une alliance mais bien évidemment, ce qui est intéressant c’est de voir la descente de l’Etat français, qui pourrait progressivement s’aligner sur la participation de l’Etat néerlandais, à moins de 15 % du capital. Ces 15 % qui sont objectivement à vendre ne sont pas à vendre à n’importe quel prix et Bercy cherche à obtenir un prix au moins équivalent au prix de revient des titres qu’il détient. Pour ce qui concerne l’acheteur potentiel, CMA-CGM, l’objectif est d’acheter le moins cher possible, c’est donc contradictoire avec les intérêts de l’Etat. Rodolphe Saadé serait peut-être d’accord pour payer un gros bloc lui donnant le rôle de premier actionnaire d’Air France-KLM, à un prix supérieur au cours actuel, mais à condition de rester en dessous des 30 % du capital l’obligeant à lancer une OPA et à condition d’avoir un poids plus important au conseil d’administration de manière à pouvoir influer sur la gestion d’Air France-KLM, et à mettre en place des synergies pour la logistique en ce qui concerne le fret aérien et les différentes autres filiales du groupe, dans le fret terrestre ou dans le fret maritime. Selon mes informations, Bercy chercherait à obtenir un cours de cession compris entre 2,25 et 2,65 euros par action Air France-KLM. Une reconfiguration du capital pourrait être liée avec une émission de titres de quasi-fonds propres puisque l’augmentation de capital de l’été 2022 a été tirée trop court pour permettre à Air France-KLM de rembourser les aides publiques.


Orpea : à terre et même en dessous.

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