La fin des haricots - Chronique d’un fiasco national
LITTÉRATURE
Christian de Maussion a fait paraître ses chroniques dans Le Monde, Le Figaro, La Croix, Libération, et il a même travaillé avec Jean-Edern Hallier dans L’Idiot International. Il est aussi l’auteur de romans sur Charles de Gaulle, Nicolas de Staël et Michel Serres. Avec « La fin des haricots », chronique urticante du dernier quinquennat, il signe un dixième ouvrage sans langue de bois, dans lequel il compare le Général de Gaulle à Emmanuel Macron… Son livre ne figurera probablement pas à la une des médias institutionnels, mais il ne manque pas d’humour. En voici un extrait : « Fin du monde, fin du mois. Nous sommes coincés entre deux apocalypses. Entre un quotidien récurrent et le grand lendemain qui déchante. Le pays des ploucs ne figure plus sur aucune carte. Aucun GPS ne conduit aux ornières de la détresse. Le pays est une poudrière jaune fluo, un quartier difficile élargi, une sorte de banlieue parisienne inflammable aÌ€ la première étincelle. Gustave Flaubert écrivait : « De toute la politique, il n’y a qu’une chose que je comprenne, c’est l’émeute ».
Alors, nous avons rencontré Christian de Maussion pour évoquer la situation de notre pays. D’abord, le titre « La fin des haricots » est empreint d’ironie : « On dit souvent que c’est la fin des haricots quand on du mal à finir le mois, quand c’est la fin du monde, le président de la République dit que c’est la fin de l’abondance, bref c’est la fin de tout. Cela signifie qu’il n’y a pas tellement d’avenir en vue. À l’origine, cela voulait dire qu’il n’y a plus rien à manger, car, quand on a mangé les haricots, il n’y a plus rien après… J’ai voulu écrire un livre sur la nostalgie, car j’ai une admiration sans bornes pour le Général de Gaulle. En 1970, j’avais 17 ans, j’étais au lycée Carnot, et je voyais dans le métro les gens fondre en larmes en apprenant la mort du Général de Gaulle. C’est une stature que l’on ne retrouvera pas. J’ai l’impression qu’aujourd’hui seul un de Gaulle peut nous sauver, il faut revenir aux sources gaulliennes ».
Christian de Maussion souligne : « La souveraineté et l’indépendance nationale ne sont pas des concepts dépassés, cela nous vient du général, on a bien vécu cela avec cette tragicomédie des masques au moment de la crise sanitaire, et cela se poursuit maintenant avec la crise énergétique. Pourquoi de Gaulle s’est-il décarcassé pour avoir une politique énergétique indépendante, avec des centrales nucléaires ? On s’aperçoit maintenant que l’on a bradé cet héritage. Chez les militaires, ce serait passible du conseil de guerre que d’avoir bradé un patrimoine énergétique comme celui des centrales nucléaires que l’on n’a pas entretenues, en plus les métiers se sont perdus. C’est vraiment une faute très grave ».
Pourtant, beaucoup de jeunes n’ont actuellement aucune conscience de ce que signifie l’indépendance nationale, parce qu’ils n’ont jamais vécu dans cet univers : « Je n’arrive pas à m’y faire. La dimension politique intéresse peu les jeunes aujourd’hui, mais je pense que pour n’importe quelle génération, on a tout besoin d’avoir des héros, c’est-à-dire des figures qui nous dépassent. Dans mon livre, j’évoque des personnes qui m’ont vraiment bluffé, particulièrement le colonel Beltrame, ce militaire qui a donné sa vie sans réfléchir. On a besoin d’avoir des gens de cette trempe ». On est tenté de titiller Christian de Maussion en évoquant le sondage réalisé auprès des étudiants de Sciences-po sur les personnalités politiques les plus admirées, où l'on retrouve les noms d'Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Christiane Taubira, Obama ou Zelinsky… Christian de Maussion est surpris : « Cela m’effraie, cela me fait peur. La figure obamesque m’a toujours fait sourire. C’est quelqu’un d’intelligent, il a de la posture, mais j’ai l’impression qu’il appartient à une génération qui fait du théâtre, pas de la politique. On peut toujours me rétorquer que le général de Gaulle était un grand homme de théâtre aussi : il faut regarder ses conférences de presse, c’est une merveille, mais c’était vraiment soigné pour transmettre une vision de la France et c’était quelqu’un qui se projetait vers l’avenir. C’est quelqu’un qui avait vu juste. C’était le premier chef d’État à reconnaître la Chine communiste en 1964, bien avant les Américains. C’est quelque chose d’inouï. Qu’a-t-on fait de tout cela ? Nous avions une facilité d’entrée avec la Chine, parce que les Chinois nous ont énormément respectés, mais on a perdu tout cela en se diluant dans une Europe où la France a perdu une part de son héritage et cela me désole. Dans les noms que vous citez, Zelinsky est très courageux, mais on sent aussi beaucoup d’art théâtral. Peut-être est-ce la seule manière pour communiquer aujourd’hui ? »
L'annonce de « la fin des haricots » n'est-elle finalement pas si négative, puisque l’on va être obligé de se reconstruire et de se débrouiller ? L’auteur estime que « c’est au plus près de l’abîme que l’espérance est la plus vive. Effectivement, on a peut-être de la chance de vivre ce moment historique. On peut dire banco… On est au fond de la piscine et on donne un coup de pied pour remonter à la surface et rejaillir. Ce n’est pas à l’ENA que l’on forme des chefs d’État, c’est dans les périls et les conditions exceptionnelles qu’émergent les chefs d’État. En 1940, le Général de Gaulle est inconnu, il est assez anecdotique, ce sont les circonstances qui ont décidé. Finalement, les circonstances sont tellement périlleuses aujourd’hui, qu’il y aura forcément des figures qui sortiront. Il peut y avoir des Beltrame qui vont émerger en politique. On ne peut pas gommer les choses indéfiniment, il y a un moment où la réalité va faire éclater la vérité. On ne peut pas mentir éternellement aux gens, on n’est pas vraiment à la hauteur des enjeux d’un pays qui s’appelle la France. Regardez ce qui se passe en ce moment avec les boulangers... On crée des usines à gaz, c’est insensé. Les ministres nous parlent du terrain en permanence, mais on voit vraiment qu’ils sont dans des bureaux quand ils prennent des décisions. Le président de la République dit qu’il faut aller au plus près du terrain, on va jusqu’à la fission de l’atome pour être au plus près de la matière, mais à un moment donné cela éclate à la figure. C’est la même chose, cela peut éclater la figure en étant au plus près du terrain. Donc, d’un jaillissement ou d’un éclat, il peut y avoir une espérance. »
L’autre vision consisterait à se dire que nous arrivons au terme d’une civilisation, parce qu’il y aurait une fin à tout : « C’est peut-être vrai, mais à l’échelle de ma petite vie, je ne veux pas renoncer, je ne veux pas me résoudre à un déclin inéluctable. Il faut que quelqu’un se dresse en disant que l’on peut y arriver parce que l’on a des atouts. On a toute une civilisation derrière nous, donc je ne peux pas me résoudre à cela. Avant de mourir, je veux voir une volonté se dresser et, comme disait de Gaulle, je veux revoir une jeunesse, une génération qui se dresse, pour refaire une France qui soit libre de ses choix. On a l’impression que notre liberté est en voie de disparition et l'on ne peut pas se résoudre à cela. »
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