Économie. Les géants du web déploient une toile d’influence largement sous-estimée en France...

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Olivier Petitjean, cofondateur de l’Observatoire des Multinationales : « Ce sont plus que des monopoles, puisque cela concerne toute notre vie, des loisirs à notre activité économique. »

L’Observatoire des multinationales publie un rapport qui met en lumière la redoutable machinerie de lobbying et d’influence déployée en France par les géants du web, notamment Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft : dépenses de lobbying en augmentation rapide, débauchage de hauts fonctionnaires, contacts à l’Élysée, partenariats financiers avec des médias, des think tanks et des institutions de recherche… Cette stratégie a permis aux géants américains du web de s’enraciner dans le pays et jusqu’au plus profond de l’État, en dépit des scandales et des discours officiels sur la prétendue « souveraineté numérique ».

Le rapport révèle que les dépenses déclarées de lobbying des GAFAM en France ont été multipliées par trois entre 2017 et 2021, pour atteindre environ 4 millions d’euros par an. Les GAFAM s’assurent en même temps les services de nombreux cabinets de lobbying : au moins 8 à Paris et 10 à Bruxelles pour Google par exemple selon les données des registres de transparence. Les lobbys sectoriels du secteur numérique, qui représentent environ 1,5 million d’euros de dépenses supplémentaires de lobbying, comptent tous des GAFAM parmi leurs membres, ce qui empêche de distinguer entre les intérêts spécifiques du GAFAM et ceux du reste du secteur numérique.

Malgré les révélations des « Uber Files », la plus grande opacité continue de régner sur les rendez-vous entre dirigeants politiques français et représentants des GAFAM. Les GAFAM, à commencer par Google, ont débauché des dizaines d’anciens hauts fonctionnaires ou responsables d’autorités de régulation pour les aider dans leur travail d’influence. Les géants du web ont conclu des partenariats avec des think tanks, des médias, des grandes écoles et institutions de recherche représentant des millions d’euros en France. Enfin, le manque d’expertise et de moyens au sein de l’administration et des services publics permet aux GAFAM de se positionner en partenaires incontournables des pouvoirs publics pour aider à régler les problèmes qu’ils ont eux-mêmes contribué à créer.


L’Hebdo-Bourseplus : Le lobbying a toujours existé, cela se comprend. Or, votre étude démontre que l’on dépasse la simple défense des intérêts d’une entreprise ou d’une profession et que, comme dans une guerre, il y a des infiltrations dans des gouvernements, notamment des cabinets ministériels, avec des rapports qui sont proches de ce que peuvent avoir les États entre eux…

Olivier Petitjean : Effectivement, si le lobbying c’est défendre ses intérêts sur la place publique, on pourrait dire que tout le monde fait du lobbying et qu’il n’y a pas de problème. Mais toutes les entreprises ne se battent pas à armes égales et l'on constate que cela se fait hors de la sphère publique, c’est-à-dire de façon cachée, à travers des relations privilégiées, notamment grâce au débauchage les fonctionnaires.

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