Greta a ressuscité Einstein : La science entre les mains d’apprentis dictateurs.
LITTÉRATURE
À l’occasion de la sortie du deuxième tome de la trilogie des « Greta », Jean-Paul Oury dénonce une idéologie qui a dénigré la science prométhéenne (OGM, nucléaire, antennes relais/5G, glyphosate…), pour imposer des pseudo solutions labellisées « made in nature » (Bio, énergies renouvelables, véhicules électriques, homéopathie…) qui sont en fait le cheval de Troie de la décroissance. Ainsi, dans un revirement inattendu, Greta Thunberg, qui s’était fait connaître en appelant à la grève des cours (une attaque contre la transmission du savoir), s’est soudain mise à commander aux politiques « d’écouter la science ». Pourquoi, après avoir tué Einstein, Greta a-t-elle décidé de le ressusciter ? L’auteur montre comment les décideurs s’appuient cyniquement sur une vision dévoyée de la science qu’ils instrumentalisent pour établir de nouvelles lois et restreindre nos libertés. Docteur en histoire des sciences et technologies, Jean-Paul Oury est consultant et éditeur du site Europeanscientist.com. Il est auteur de La querelle des OGM (PUF, 2006), Manifester des Alter-Libéraux (Michalon, 2007), et OGM Moi non plus, (Business Éditions, 2009).
Les écolos, ceux que l’on a connus après Mai 68, ont toujours rejeté la science, alors qu’aujourd’hui ils ont compris qu’il était plus efficace de l’instrumentaliser. Jean-Paul Oury explique sa démarche : « J’ai soutenu la thèse que Greta Thunberg avait fait tomber la science prométhéenne de son piédestal, car l’idée est d’imposer l’idéologie écolo à la place de la science prométhéenne : c’est-à-dire la science qui nous permet de manipuler le vivant, de fissionner l’atome, de diffuser des ondes, ou de synthétiser des molécules. L’écologie ne veut plus de cela. C’est ce que j’explique dans le premier ouvrage, mais certains m’ont dit que, bien au contraire, Greta soutenait la science. Effectivement, elle est allée à l’ONU et à Davos dire qu’il fallait écouter la science. Je me suis demandé quelle science elle évoquait, puisqu’elle ne veut plus de la science qui nous aide à nous libérer des déterminismes de la nature, mais elle veut une autre forme de science qui génère des interdits. C’est là que j’ai eu l’idée d’écrire la suite de mon livre en expliquant que Greta veut s’appuyer, comme de nombreux politiques, sur la science, ou une forme de science, non plus pour libérer l’humanité, mais pour créer de nouvelles normes et de nouvelles contraintes qui vont limiter nos libertés. Prenez la citation de Richard Lindzen, qui est un physicien américain, ancien rédacteur du GIEC, qui dit : « Contrôler le carbone est un rêve de bureaucrate, car si vous contrôlez le carbone, vous contrôlez la vie ». Je fais l’étude de cinq formes de récupération de la science par la politique… » Et tout arrive au même moment et l’auteur évoque un changement de paradigme avec la climatocratie, la covidocratie, la biodiversitocratie, la collapsocratie et l’algorithmocratie…
Il rappelle que l’on nous a imposé des politiques publiques exceptionnelles, avec le confinement et la vaccination, qu’il place dans le même camp que la climatocratie. Pourtant, on a pu observer que les écolos historiques ont refusé la vaccination, donc la science, alors qu’ils sont aujourd’hui dans le camp de la climatocratie : « Ce qui m’intéressait, c’est vraiment la récupération de la science par la politique. C'est-à-dire comment la politique, par le truchement de certains sophismes, explique que la science a parlé et que la science a dit. Mais ce n’est pas du tout un travail de scientifique, c’est un travail de politique. Les politiques sont rusés et ils ont bien compris que pour faire taire un adversaire sur un plateau de télévision, il n’y avait pas mieux que de dire : « La science a parlé ». Donc, tout débat devient impossible. Ce qui m’a surtout intéressé, c’est de voir comment les politiques publiques ont assimilé la science et la médecine, donc réduit la science à la médecine, alors qu’il y a un distinguo entre la science et la médecine, non pas que la médecine soit une pseudo science, mais depuis toujours la médecine est un art de soigner qui s’appuie sur la science. Donc, ce n’est pas toute la science. Quand on est face à une nouvelle maladie, comme la Covid, on a encore en face de soi une pathologie subjective, comme l’explique le médecin et philosophe Georges Canguilhem, qui est une référence dans ce domaine. Une pathologie subjective, c’est une pathologie que l’on ne maîtrise pas encore complètement, et, si l'on comprend cela, on comprend pourquoi les gens sont toujours en train de se contredire sur les plateaux autour de cette histoire de Covid, que ce soit autour de la chloroquine ou des vaccins. J’ai observé que les covidocrates aimeraient pouvoir avoir le patient en direct en écartant le médecin. Ils expliquent qu’ils disposent de la science et qu’ils peuvent l’administrer en direct, sans passer par le médecin, notamment à travers les comités scientifiques, les confinements ou les passes sanitaires. Ce sont des mesures de politique discrétionnaire, dont on sait aujourd’hui qu’elles sont inefficaces. On a réussi à flinguer notre économie avec tout cela et il serait aujourd’hui important de le reconnaître. Pourtant, l’Organisation mondiale de la santé évoque la création d’un passe sanitaire au niveau mondial. »
Faisons la transition vers le permis carbone, qui sera une sorte de nouveau passe sanitaire : « Effectivement, cela peut être vu comme la suite du passe sanitaire. Cela s’inscrit dans ce que j’appelle l’algorithmocratie. Le politique peut s’appuyer sur une science pour la récupérer, mais il peut aussi utiliser des algorithmes pour implémenter une idéologie. Par exemple, si l'on a une idéologie comme celle de la climatocratie, on va faire un algorithme qui sera celui du permis carbone pour implémenter une idéologie que l’on souhaite planifier, en limitant les individus dans leurs dépenses quotidiennes. Il n’y a pas besoin d’être complotiste pour dire que cela va arriver, puisque c’est déjà en place. Je vous invite à aller sur le site de l’entreprise suédoise Doconomy… » Il a raison mais, pour le moment, c’est un exercice qui est facultatif : « Oui, il y a un simulateur, avec 12 questions : à partir de votre pays de résidence, on vous demande quel type d’énergie vous utilisez, si vous avez un véhicule électrique, quel type de chauffage vous utilisez, le nombre de vols que vous effectuez chaque année, et la dernière question porte sur votre consommation de viande. Si vous êtes vegan, vous n’émettez aucune émission de gaz à effet de serre… »
Finalement, est-ce une forme de dénonciation de la dictature de la donnée ? Jean-Paul Oury prend un exemple : « On utilise des modèles. Je me base sur un scientifique qui explique très bien ce que sont les modèles du climat : Steve E. Koonin. Son livre traduit vient de paraître en France. C’est un ancien conseiller de Barack Obama. Il dit qu’il y a toujours un modélisateur derrière les modèles et il explique bien que dans les rapports du GIEC destinés aux politiques, on prend quasiment toujours les scénarios les plus catastrophiques. Il y a des options moins catastrophiques, mais qui ne sont pas évoquées. En partant de là, si vous n’êtes pas un climato-catastrophiste, vous êtes tout de suite diabolisé et considéré comme un climato-sceptique, comme un négationniste du climat, alors qu’il y a de nombreux scientifiques qui se revendiquent comme des écologistes scientifiques, qui ne sont pas du tout climato-sceptiques, mais qui disent que les choses ne sont pas aussi catastrophiques que ce que l’on veut bien nous raconter. Il faut arrêter de culpabiliser l’humanité. Il existe des solutions qui passent par l’adaptation, donc il faut continuer à croître, à décarboner évidemment, et c’est en s’appuyant sur la croissance que l’on sera mieux à même de se protéger contre ces changements climatiques qui auront des conséquences certaines. Contrairement aux médias, il ne s’agit pas de prôner la décroissance en se flagellant, comme le fait Greta, en expliquant que c’est la civilisation qui est coupable et qu’il faut décroître dans la sobriété. La logique est très simple à comprendre : si vous êtes plus riches, vous êtes plus aptes à vous protéger contre les variations du climat, c’est une évidence. Une intempérie aura moins de conséquences quand vous serez capables de faire des bâtisses en béton, au lieu d’avoir des maisons en tôle, comme c’est le cas dans les climats tropicaux. »
« Greta a ressuscité Einstein : La science entre les mains d’apprentis dictateurs » de Jean-Paul Oury est publié chez VA Press.
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