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Agriculture et alimentation : le Sénat lance l’alerte.
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✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN
Pierre Louault, sénateur Union centriste d’Indre-et-Loire : « On a trop pris en compte les environnementalistes jusqu’au-boutistes. »
Pierre Louault, sénateur Union centriste d’Indre'et'Loire, est l’un des rapporteurs du rapport sur la Compétitivité de la Ferme France. Le document indique que « cette unique stratégie du tout montée en gamme peut entraîner un affaissement du potentiel productif agricole français, au détriment de notre souveraineté alimentaire ». Surtout, à terme, « cette dynamique conduira à réserver l’alimentation française à ceux qui peuvent se le permettre, condamnant les plus modestes à se nourrir de produits importés des quatre coins du monde. Ce phénomène est déjà visible aujourd’hui. » Ce rapport est le fruit d’une enquête de plusieurs mois. Les sénateurs tirent la sonnette d’alarme et craignent que, sans changement de cap, la France agricole ne cesse de reculer, car ce qui est perdu aujourd’hui ne sera jamais récupéré.
L’Hebdo-Bourseplus : A-t-on commis une erreur en misant énormément sur le bio et le qualitatif, au détriment de notre souveraineté ?
Pierre Louault : On a fait une erreur, non pas en faisant du qualitatif, mais en répondant partiellement à la demande des Français. Le gouvernement a fait des choix il y a une vingtaine d’années et, malheureusement, le pli est pris. On a abandonné l’agriculture en matière de compétitivité. Beaucoup de médias ont fait de l’agribashing, cela a découragé les paysans, l’agriculture française a perdu énormément de marchés au cours de ces dernières années, et, face à la baisse des exportations, on a pu observer une augmentation des importations.
Dans quelques années, nous serons majoritairement un pays importateur. L’erreur n’est pas d’avoir soutenu la qualité des produits, mais de ne pas avoir soutenu notre compétitivité, en laissant des pans entiers de marché à l’importation, comme le poulet ou la tomate. Pour l’agriculture, on a augmenté les charges, on a fait de la surtransposition. C’est un enfer pour les agriculteurs et, aujourd’hui, ils n’ont plus trop envie de se battre pour réussir. On voit bien que les jeunes générations ne reprennent pas les exploitations. La véritable erreur, c’est d’avoir défavorisé les performances économiques de nos agriculteurs. En Espagne ou en Hollande, ils ont appliqué les règles européennes en se faisant tirer l’oreille, mais ils n’ont jamais fait de surtransposition. L’exemple de la pomme touche tous les agriculteurs, y compris les agriculteurs bio.
Après avoir mis des conditions sévères de production, on en a rajouté avec la protection des insectes pollinisateurs, si bien que les producteurs de pommes ont difficilement des produits performants. Et, quand ils les ont, on leur demande de travailler la nuit parce que le jour il y a du vent et des abeilles qui se promènent. L’un de mes neveux est arboriculteur bio et il estime que trop c’est trop. Il a une centaine de ruches en permanence dans son verger et il n’a jamais eu le moindre problème avec les abeilles.
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