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Le contrôle de la régulation du système financier ne peut plus échapper aux parlementaires.
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✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN
Philippe Brun, député PS (NUPES) de l’Eure : « Nous sommes arrivés à un tel niveau de collusion, que l’on peut légitimement s’interroger sur l’indépendance de cette autorité de régulation. »
Philippe Brun est l’un des rares parlementaires à avoir une excellente culture économique. Le député de l’Eure n’hésite pas à dire qu’il est « pro business » et qu’il entend défendre toutes les entreprises, « sans tout céder au groupe du CAC 40 ». Il explique : « La gauche a vocation à défendre les petites et moyennes entreprises qui sont pressurisées par leurs donneurs d’ordres, elles sont trop fiscalisées, c’est pour cette raison que nous portons l’idée d’une taxation progressive de l’IS pour sortir de cette idée ridicule avec le boulanger qui paierait 25 % d’IS et Alstom 7 %… » Philippe Brun s’est fait remarquer par son intervention lors de l’audition de Madame Barbat-Layani, nouvelle présidente de l’AMF, en rappelant qu’elle a été lobbyiste, puis maintenant régulatrice : donc « ce mélange des genres est une nouvelle manifestation du capitalisme de connivence ! »
L’Hebdo-Bourseplus : Qu’est-ce qui vous a incité à dénoncer le « capitalisme de connivence » lors de l’audition de Madame Barbat-Layani ?
Philippe Brun : D’abord, ce n’est pas une question personnelle. J’évoque simplement son parcours qui est le signe de ce qui ne va pas aujourd’hui dans la haute administration française. Elle est sortie de l’ENA au milieu des années 90, elle a fait l’essentiel de sa carrière au ministère des Finances, à la Direction générale du Trésor, puis dans des cabinets ministériels. Elle est ensuite partie dans le privé, ce qui est tout à fait son droit. Elle a été au Crédit Agricole, elle est revenue dans un cabinet ministériel, avant de repartir à la Fédération bancaire française, qui est un lobby : donc, elle a été directrice générale du lobby des banques en France.
Il n’y a rien de mal à cela, il n’y a rien de mal à ce qu’il y ait des lobbys en France, mais il y a une inadéquation entre défendre un lobby qui lutte contre la régulation et être soi-même régulateur. À la suite de son travail dans ce lobby, elle est revenue à Bercy comme secrétaire générale, je n’y vois aucun conflit d’intérêts puisqu’elle s’est occupée des RH, de l’informatique et du budget. À l’époque, il s’était posé la question de sa nomination à la Direction générale du Trésor et cette nomination n’a pas été faite, en raison de ses conflits d’intérêts avec le monde bancaire.
Maintenant, nous apprenons que le président de la République a décidé de nommer Madame Barbat-Layani, présidente de l’Autorité des marchés financiers, nonobstant le conflit d’intérêts manifeste avec le monde bancaire. Cette audition était intéressante, puisqu’elle nous a permis de constater que Madame Barbat-Layani était tout à fait consciente de ce conflit d’intérêts et elle s’est engagée à se déporter de toutes les affaires dans lesquelles elle aurait un conflit d’intérêts. Ayant été la directrice générale de la Fédération bancaire française, donc du lobby de toutes les banques, elle est donc en conflit d’intérêts avec l’ensemble des banques de détail françaises. C’est un problème puisque ces banques ont des activités de guichet, ce qui est bien normal, et elles sont très régulièrement soumises à des contrôles de l’AMF qui est un régulateur.
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