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Le travail est une valeur de droite et la paresse est un concept de gauche…
ANALYSE
✍️ Par Yannick URRIEN
Les débats autour de la gauche du travail (Fabien Roussel) et le droit à la paresse (Sandrine Rousseau) font écho à des tendances de fond comme la Grande démission ou le « Quiet quitting » (en faire le moins possible), qui illustrent toutes un certain détachement des salariés à l’égard de leur emploi. L’IFOP et les Makers viennent de publier une enquête visant à savoir comment les Français se positionnent sur ces sujets et comment leur implication dans leur activité professionnelle a évolué au cours des dernières décennies. Réalisée auprès de 2 000 personnes âgées de 18 ans et plus, cette enquête montre que si les Français condamnent massivement les comportements associés à l’« assistanat », ils n’adhérent pas pour autant à une vision aliénante du travail : ces résultats mettant bien en exergue qu’au-delà des débats politiques, les Français ont un rapport de plus en plus distancié au travail, principalement parce qu’ils ont l’impression d’y être perdants au regard de leur investissement.
Ainsi, le manque d’entrain au travail reste une attitude très minoritaire (20 %) mais elle s’avère nettement plus répandue dans les rangs des travailleurs de gauche (ex : 36 % des sympathisants EELV) que ceux de droite (ex : 11 % des sympathisants LR). Le « droit à la paresse » revendiqué par Sandrine Rousseau n’en reste pas moins largement soutenu par les Français (69 %) et tout particulièrement par ceux situés à gauche (85 % des personnes s’autopositionnant « très à gauche »).
Correspondant à un salarié qui se contente d’exécuter les tâches figurant dans sa fiche de poste, les « quiet quitters » (« démissionnaires silencieux ») représentent 37 % des Français en activité, mais près de la moitié (45 %) des sympathisants LFI. Cette tendance s’illustre par une hausse sensible du nombre de salariés admettant s’impliquer « juste ce qu’il faut » dans leur activité professionnelle : 43 % chez les salariés des entreprises de plus de 10 salariés (+ 6 points entre 2003 et 2022). Cette « grève du zèle » au travail tient sans doute au fait qu’ils sont de plus en plus nombreux à se sentir « perdant » au regard de leur investissement dans leur activité professionnelle : 48 %, soit deux fois plus qu’il y a une trentaine d’années (25 % en 1993).
Cependant, l’idée portée par Fabien Roussel selon laquelle la gauche doit être « la gauche du travail » et non celle des « allocations » est largement approuvée par les Français (75 %), y compris par les sympathisants insoumis (64 %) et écologistes (72 %). Il faut dire que dans le contexte actuel de faible chômage, les deux tiers des Français (66 %) estiment que « les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment », contre à peine la moitié (51 %) il y a cinq ans (2016). Si le plaidoyer de la députée Sandrine Rousseau en faveur d’un « droit à la paresse » a suscité de vives réactions, une nette majorité de Français (70 %) s’accordent pour classer cette valeur à gauche sur l’échiquier politique, y compris les sympathisants de la NUPES, comme ceux d’Europe Écologie les Verts (67 %) ou de la France insoumise (51 %).
Une autre étude IFOP pour LesMakers.fr sur le rapport des Français au travail met en exergue un net changement de l’approche qu’ont les Français de leur travail, évolution qui explique la montée en puissance du phénomène de « démission silencieuse » qui consiste à s’en tenir exclusivement aux termes de son contrat de travail. Ainsi, 37 % des Français concernés par la « démission silencieuse », 45 % font « juste ce qu’il faut » au travail, 54 % des Français considèrent que le travail est avant tout une contrainte plutôt qu’une source d’épanouissement, 74 % pensent que les jeunes générations travaillent moins qu’avant et 58 % des Français sont prêts à arrêter de travailler à revenu passif égal.
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