⟵ Retour
La Corse accueille sa première unité de dessalement.
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN
Patrice Quilici, maire de Rogliano (Haute-Corse) : « Le village a retrouvé le sourire et la vie, car l’eau c’est la vie. »
Après un été historiquement sec, le village de Rogliano a mis en service une unité de dessalement : une première dans l’île et la seule solution pour remédier aux risques récurrents de pénurie d’eau douce, indique le maire, Patrice Quilici. Toujours en alerte sécheresse renforcée après un été chaud et sec, Rogliano n'a reçu « que 2 millimètres de pluie en septembre » explique le maire de cette commune, qui « passe de 650 habitants l’hiver, à 6 000 l’été ». Mise en place par la société marseillaise Nomado, cette unité de dessalement représente un coût total de 1,2 million d’euros, qui est en partie pris en charge par l’État et la Collectivité de Corse. Il faut savoir que pour chaque litre généré d’eau douce, un litre et demi de boue saline ou saumure est rejeté, généralement dans l’océan, ce qui affecte les écosystèmes. Mais c'est un moindre mal, selon le maire, compte tenu de l'enjeu vital pour la population.
L’Hebdo-Bourseplus : À quand remonte l’idée d’installer une unité de dessalement dans votre village ?
Patrice Quilici : À l’origine, en 2002, une unité de dessalement a été mise en place pendant la période estivale sur la commune. Je n’étais pas encore maire. Cela avait alors permis à la commune de sauver la saison touristique. Déjà, ce problème se posait à l’époque. En janvier dernier, j’ai commencé à alerter l’État et l’office hydraulique, en faisant part de mon inquiétude en raison du peu de pluie. Je me suis dit que nous allions à la catastrophe. Aujourd’hui, le village a retrouvé le sourire et la vie, car l’eau c’est la vie. Je suis passé un peu en force, mais finalement tout le monde reconnaît que c’était la seule solution et, aujourd’hui, tout le monde a de l’eau. On a pu organiser une manifestation nautique très importante le week-end du 15 octobre, avec plus de 300 personnes. Si l'on n’avait pas eu cette unité de dessalement, on aurait dû annuler cette manifestation. Tous les détracteurs doivent se dire que j’ai bien fait de ne pas les écouter...
Cela semble assez simple. Toutefois, sur le plan juridique, vous dénoncez des procédures encore trop complexes…
Il fallait faire cela très rapidement. Le financement est de plus d’un million d’euros et tout a été très compliqué. Nous avons acheté cette unité. Il faut savoir qu’il y en a ailleurs, dans de nombreux pays, comme en Israël, mais c’est vraiment compliqué en France. Nous avons en face l’île de Capraia, qui est en Italie mais ils se sentent très corses. J’ai de très bonnes relations avec la mairesse et cela fait 15 ans qu’ils ont une unité de dessalement. Ils sont totalement autonomes, alors qu’avant ils devaient être ravitaillés par tankers. Ils n’ont plus aucun problème, alors que c’est la même eau que chez nous. Pourtant, on m’a parlé du rejet de la saumure. Or, ce n’est rien du tout, toutes les réglementations sont incroyables, on croit rêver. On est venu m’expliquer que le rejet de la saumure avait un impact sur l’herbier de posidonie. L’eau salée est à 38 grammes et l’eau rejetée est à 40 grammes : l’impact est-il aussi important ? Il a vraiment fallu que je me batte, car je n’avais pas d’autre solution. Je comprends bien la question de l’environnement, mais la vie des gens est pour moi beaucoup plus importante.