Le marché immobilier reste dynamique, toutefois les entraves sont nombreuses.

LA VIE DE L’IMMOBILIER

✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Yann Jéhanno, président de Laforêt Immobilier : « Il faut trouver un autre modèle si l'on ne veut pas avoir une crise sociale qui est en train de grossir. »

La dernière étude du réseau Laforêt Immobilier indique que le troisième trimestre 2022 vient confirmer les chiffres observés depuis le début de l’année au sein de ce réseau, aÌ€ savoir un marché de l’immobilier dynamique. Si le volume de transactions ne devrait pas dépasser celui de 2021, il est important de rappeler que ce marché avait profité l’an dernier d’un effet de rattrapage conséquent, en raison du report des projets de 2020 à cause des confinements. Toutefois, tandis que la remontée des taux d’intérêt incite les acquéreurs aÌ€ accélérer leurs projets d’achat, elle écarte dans le même temps une partie d’entre eux, aÌ€ savoir les moins de 35 ans et les ménages les plus modestes. Du côté des prix, un rééquilibrage s’opère entre de grandes métropoles qui voient le coût du mètre carré se stabiliser, voire régresser, comme aÌ€ Paris, et les zones périurbaines et rurales ouÌ€ les prix progressent encore.


L’Hebdo-Bourseplus : Le premier constat qui ressort de votre étude est que l’immobilier reste considéré comme une valeur refuge par les Français, alors que de nombreux freins se multiplient. Cette situation va-t-elle pouvoir durer longtemps ?

Yann Jéhanno : C’est une grande question. Si l'on regarde dans le rétroviseur, le marché immobilier était censé s’effondrer en 2020 avec les différentes vagues de confinement. Chaque fois, on nous explique que les prix vont baisser jusqu’à 20 % et que les transactions vont s’arrêter. Malgré tout, le marché se poursuit de la même manière. Le marché résiste, parce que le logement n’est pas un produit d’investissement comme une action boursière. Ce n’est pas un loisir, c’est un toit pour la famille, c’est un patrimoine, c’est une adresse pour travailler... Donc, c’est une préoccupation importante des Français. Les Français constatent qu’il y a un problème de logement, parce que cela fait des années que la construction est en berne, en raison d’un certain nombre de décisions politiques qui s’opposent au logement. Par exemple, le logement a un ministre délégué, et pas un ministre de plein exercice. Cela veut déjà dire beaucoup de choses...

Maintenant, il y a de nouvelles attentes autour du logement, comme avoir une maison individuelle avec un jardin en périphérie d’une grande métropole, ou l’envie de s’installer en province proche de la nature. On recherche aussi de la luminosité. Donc, pour toutes ces raisons, le marché du logement est très dynamique et très fluide. Mais cette dynamique est confrontée à l’entrave du financement, avec les taux d’intérêt qui ont quasiment doublé en neuf mois, même si ce ne sont toujours pas des taux très élevés par rapport à il y a quelques années. Les recommandations du Haut Conseil de Stabilité Financière ont un impact concret, puisque les ménages les plus aisés qui veulent s’endetter pour faire de l’investissement locatif ne peuvent plus le faire. Aujourd’hui, beaucoup découvrent le taux d’usure, car son mode de calcul n’est plus compatible face à une hausse des taux extrêmement rapide. Cette question du taux d’usure met de côté les populations les plus âgées, puisque le taux d’usure prend en compte l’assurance. Quand on a eu des accidents de la vie, ou quand on est fumeur, le coût des assurances vient nous mettre hors-jeu. Enfin, il y a la transition énergétique. Cette mesure est pour l’instant concentrée sur le parc locatif, mais l’addition est laissée totalement aux Français et c’est pour cette raison que cela commence à bloquer.


Vous soulignez qu’il y a moins de biens à la vente et que les prix augmentent légèrement à la campagne. Cependant, dans beaucoup de départements, on observe une paupérisation en matière de logement, avec des jeunes qui restent plus longtemps chez leurs parents. Peut-on craindre une crise sociale autour du logement dans les années qui viennent ?

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