Le clone de l’Apocalypse.
LITTÉRATURE
Pierre Labrousse est professeur agrégé de philosophie et il publie un roman d’anticipation « Le clone de l’Apocalypse » où l’on retrouve les thèmes conflictuels qui agitent nos sociétés (libertéÌ et matérialisme, progrès technologique, robotique, écologie, vaccins, surpopulation, disparition de Dieu…) en aboutissant aÌ€ une dystopie effrayante ouÌ€ les gouvernements ont sombreÌ. Le thème : « Face au totalitarisme écologiste qui s’est emparé du monde occidental à la fin du XXIe siècle, Daniel, ingénieur, et Lucie, un étonnant et troublant robot-clone, rejoignent l’armée qui se prépare dans l’ombre, depuis des décennies, à combattre l’arbitraire sécuritaire, consumériste et progressiste qui s’est imposé aux peuples. » On comprend vite que ce roman est un prétexte pour nous mettre en garde face aux dérives du totalitarisme.
L’auteur confirme que « c’est un prétexte, dans la mesure où j’ai fait en sorte que mes opinions n’apparaissent pas de manière trop dogmatique, puisque les thèses sont toujours données par des personnages : un peu comme Platon, qui cachait ses propres opinions derrière la diversité de ses personnages. C’est un subterfuge qui me permet de dire que ce ne sont pas mes propos et cela permet aussi aux lecteurs d’avoir une certaine liberté ». Si l'on demandait à Klaus Schwab d’écrire un roman de science-fiction sur le monde dans 50 ans, il décrirait des personnages très heureux qui ne posséderaient plus rien et qui vivraient de subventions données par l’État. Les meilleurs citoyens recevraient des quotas de CO2 leur permettant de partir en vacances… Ce serait le monde idéal de Klaus Schwab : « Il y a énormément de dystopies qui ont le mérite de laisser imaginer ce que pourrait être l’avenir et c’est beaucoup plus effrayant que lorsqu’on laisse le philosophe faire cela ! Il y a une clairvoyance du roman qui manque énormément aux philosophes, qui pensent trop souvent de façon abstraite. Klaus Schwab raisonne peut-être un peu trop en philosophe, il conçoit un monde possible et, quand on en reste là, cela semble merveilleux… » Comme d’ailleurs le faisaient Hitler ou Staline pour vendre leur programme à la population : « Les romanciers imaginent les choses différemment, en allant plus loin, pour expliquer comment cela pourrait être vécu. Dans 80 % des cas, les dystopies sont assez effrayantes. Quand on parle d’un avenir possible, en décrivant comment ce serait vécu, on s’aperçoit que ce serait une destruction de l’humain. Et c’est l’une des hypothèses que je prends dans ce livre ».
On disait au siècle dernier que le XXIe siècle serait religieux. Certains pensaient qu’il y aurait une guerre de religion contre l’islam, d’autres affirmaient que le pouvoir religieux aurait davantage d’influence. Or, en réalité, à travers les sujets de société qui se posent depuis 2020 - puisque le XXIe siècle pourrait commencer en 2020, avec la crise sanitaire - on constate que le centre du débat nous ramène à l’Apocalypse de Saint-Jean sur la liberté de l’homme. Pierre Labrousse explique que « quand on disait que le XXIe siècle serait spirituel, ce sont souvent des productions de gens qui se disaient que le monde tel qu’il est ne peut plus continuer, donc il faut aller vers autre chose. J’essaie de prendre les caractéristiques de notre époque, avec le débat sur l’urgence climatique, la nécessité d’avoir un raisonnement inclusif, mais aussi la toute-puissance de la technique et de la médecine pour régler tous les problèmes. Je prends la totalité de ces choses pour essayer de voir jusqu’où cela pourrait aller si l'on les laisse aller au bout de leur logique. Cela aboutit à une société inhumaine dans laquelle l’homme perd sa liberté. Il me semble que ce XXIe siècle, qui commence comme vous le dites en 2020, se caractérise par le fait que la politique est maintenant justifiée par la parole de ceux que l’on appelle les experts. Ils parlent au nom de la science, alors que la science est faite d’interrogations, de critiques et de questions. Mais ils suppriment tout esprit critique et toute question, parce qu’ils veulent transformer les théories de la science en justifications de l’action politique. Aujourd’hui, être en désaccord avec Emmanuel Macron, ce n’est pas être dans un désaccord politique, c’est être en opposition avec la science et la raison. Du coup, les opposants politiques d’aujourd’hui sont quasiment classés comme des imbéciles, des demeurés, des attardés, des complotistes ou des fous. C’est à ce moment-là que la liberté du citoyen est détruite. On le voit déjà maintenant : imaginez une Macronie qui traînerait encore pendant 50 ans ! »
Ce qui caractérise la science, c’est le fait de s’interroger. Or, depuis deux ans, il est interdit de le faire, parce que c’est la science : « C’est le même discours, prétendument scientifique, qui vous dit que vous devez vous assurer de la traçabilité de ce qui est contenu dans la boîte de conserve que vous mangez et qui vous demande de faire confiance en la médecine. Karl Popper disait justement que ce qui caractérise la science, c’est de penser contre soi-même. Le scientifique doit toujours imaginer toutes les démonstrations possibles qui pourraient prouver que sa théorie est fausse. Le même Karl Popper parlait de cette perversion de la science qu’est le « vérificationnisme » qui consiste à ne démontrer qu’une seule chose : la véracité de sa théorie. Le discours sur la Covid est tombé complètement dans le « vérificationnisme ». Il ne faut imaginer qu’une seule possibilité, c’est-à-dire que les faits confirmeraient le discours officiel sur le confinement, le masque ou le vaccin. Pourtant, dans le monde scientifique, il y a des gens qui disent qu’il y a des raisons de douter... » Pourtant, aujourd’hui, il est inconcevable de s’interroger quand l’information va politiquement dans un mauvais sens, mais on peut exagérer une information qui profiterait au bon camp : « Le paradoxe de notre époque, c’est que l’humanité n’a jamais été aussi technologiquement puissante qu’aujourd’hui dans sa globalité, mais que les individus n’ont jamais été aussi techniquement nuls que nous le sommes aujourd’hui. Nos arrière-grands-parents se déplaçaient à cheval, donc il fallait apprendre à dompter un animal, apprendre à le ferrer... Maintenant, on nous annonce des voitures qui se conduiront toutes seules et l’individu sera totalement dépossédé de sa capacité d’organiser son déplacement, puisque tout dépendra des logiciels et des algorithmes. On sera donc dépossédé progressivement d’un certain nombre de connaissances. Notre société est très puissante et très intelligente dans sa globalité, tandis que les individus, pris individuellement, sont de moins en moins capables de raisonner et de faire des choses ».
Il évoque aussi l’évolution de la société vers une restriction des libertés individuelles et de la propriété privée, vers une culture woke généralisée : n’a-t-on pas tendance à ne pas voir les choses qui sont évidentes, de la même manière qu’il nous est arrivé de rechercher un objet qui était posé très visiblement sur une table ? Réponse de Pierre Labrousse : « La réponse à votre question commence avec Galilée. La science dans laquelle nous sommes immergés a pris un tournant décisif à partir de Galilée. Galilée et Copernic sont des gens qui ont dit que le monde n’était pas ce que l’on croyait, puisqu’en réalité c’est la Terre qui tourne autour du Soleil. À partir de ce moment-là, la science est devenue un dispositif rationnel qui s’est opposé au bon sens et à l’opinion commune. Il y a eu ce divorce entre ce que l’on croit voir par soi-même, ce qui est une évidence, et puis le discours de la science. Pendant longtemps, ce divorce a concerné la cosmologie, la physique ou l’astrophysique. Depuis une cinquantaine d’années, ce divorce entre le bon sens et la science s’applique aux sciences humaines : par exemple, sur la sexualité. On nous explique qu’un homme n’est pas un homme et qu’il peut être une femme... Toutes ces évidences pour lesquelles nos aïeux n’auraient pas douté une seule seconde sont progressivement déconstruites au nom de ce divorce très moderne entre la construction de la science et ce que l’on appelle péjorativement l’opinion vulgaire, ce que nos ancêtres appelaient le bon sens paysan. Depuis 2020, les gens qui parlent au nom de la science ont le pouvoir de vous dire que ce que vous avez sous vos yeux n’est pas la réalité et que la réalité, c’est ce qu’ils disent mais pas ce que vous voyez. Il y a une sorte de dissimulation de l’évidence la plus élémentaire. Dans mon roman, on apprend que l’aboutissement de cette logique woke serait de dire que les hétérosexuels ont bénéficié d’un jugement normatif pendant des millénaires, que, par conséquent, ils sont coupables et qu'en réparation de cette discrimination, ils doivent payer un impôt. J’espère ne pas donner de mauvaises idées à ceux qui nous gouvernent... Mais, dans notre logique, c’est tout à fait possible. Dans mon roman, j’imagine une centaine de genres, dont le genre trans ou homo asymptomatique, donc non exprimé, et les hétéros prennent le genre homosexuel non exprimé pour échapper à l’impôt... »
Le titre de son livre sur le monde à la fin du siècle fait penser évidemment à l’Apocalypse de Saint-Jean, avec toutes ces références sur le contrôle de la société ou la disparition de la monnaie. Cela semble incroyable de constater que ce texte a été écrit il y a 2 000 ans : « J’ai relu plusieurs fois l’Apocalypse de Saint-Jean. J’ai trouvé, dans ce texte incroyable et magnifique, des passages qui éclairaient très bien l’histoire que j’étais en train d’imaginer. C’est un texte très poétique. Il ressemble beaucoup aux visions de Daniel, qui a eu des prophéties dans l’Ancien Testament qui ressemblent étrangement à l’Apocalypse de Saint-Jean. Et l’histoire de mes héros correspond à ce qu’annonce l’Apocalypse de Saint-Jean » conclut Pierre Labrousse.
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