La gauche ou le monopole de la violence.
LITTÉRATURE
Avocat et essayiste, Thierry Bouclier a écrit plusieurs romans et biographies. Il préside le Prix des lecteurs de la presse française libre. Son dernier livre permet de comprendre comment se met en place l’impunité de la frange la plus radicale du progressisme. En effet, beaucoup de gens pensent que c’est l’extrême droite qui est violente, alors que l'analyse historique démontre que la violence est toujours venue de la gauche : « Il faut rappeler que cette notion de droite et de gauche est apparue en 1789, lorsque les parlementaires ont décidé de se placer à droite ou à gauche du président de l’Assemblée. Ceux qui étaient favorables à un droit de veto pour le roi se sont mis à droite, et ceux qui étaient hostiles se sont placés à gauche. C’est de cette manière que le concept de droite et de gauche est né en France avant de se répandre dans le monde. Depuis, on s’est toujours aperçu que la gauche avait très fréquemment recours à la violence. La gauche peut se permettre d’avoir recours à la violence parce que, depuis la Révolution française, elle est assimilée au bien et au progrès, tandis que la droite est assimilée au mal et au passé. Or, quand on se bat pour le bien et le progrès, tous les moyens sont permis, y compris les plus violents, alors que lorsque l’on se bat pour le mal et le passé, aucun écart n’est toléré. On constate ce phénomène tout au long du XIXe et du XXe siècle. » Par ailleurs, Thierry Bouclier démontre aussi qu’il y a une sévérité de la justice souvent plus importante vis-à-vis d’une violence qui émane de la droite, que lorsqu’elle provient de la gauche : « Même lorsque la justice est objective, en traitant les deux violences de la même manière, on se rend compte que le traitement médiatique est tout à fait déséquilibré. Le pouvoir médiatique accable la violence quand elle vient de gens dits de droite ou d’extrême droite, alors qu’il excuse ou explique la violence quand celle-ci vient de gens de gauche ou d’extrême gauche. »
En résumé, comme la gauche est toujours présente dans le camp du bien, elle est censée avoir toujours raison : « Je vais prendre des exemples très proches. Au début des années 2000, il y a eu un groupe réputé de droite dans le Berry qui a été accusé de préparer des actions violentes. Cette affaire avait été fortement médiatisée, avec des reportages à la télévision. On expliquait qu’un terrible complot avait été déjoué dans le Berry et que le présumé chef de ce groupe avait été incarcéré. Cela a donné lieu à une instruction qui a duré 20 ans et elle s’est terminée par un non-lieu pour l’ensemble des personnes mises en accusation. Bien évidemment, il n’y a eu aucun écho dans la presse écrite ou audiovisuelle à l’issue de ce non-lieu. Il faut mettre en parallèle cette affaire avec le fameux groupe d’extrême gauche de Tarnac qui avait été accusé de préparer des sabotages sur les lignes de TGV. Il y a eu tout un battage médiatique, mais, très rapidement, la presse a apporté son soutien aux accusés en expliquant qu’ils étaient poursuivis de manière injuste. L’extrême gauche et les écologistes sont montés au créneau pour apporter leur soutien à ces personnes d’extrême gauche. Lorsque ces personnes n’ont pas été condamnées, cette absence de condamnation a largement été détaillée dans la presse. Dans le premier camp, nous avons des gens de droite qui ont été injustement accusés et qui n’ont jamais reçu le moindre soutien politique ou médiatique. À l’inverse, leurs homologues de gauche, qui étaient accusés également faussement, ont reçu un fort soutien politique et médiatique. »
Il ne faut pas oublier non plus que la gauche française est à l’origine de la Terreur et c’est ce qui illustre pourquoi elle a toujours la volonté d’interdire ce qui ne lui plaît pas. Thierry Bouclier rappelle : « La Terreur vient de Robespierre, c’était un système de gouvernement en 1793. Cette Terreur a donné lieu au terrorisme qui, dans son sens contemporain, vient de cette notion de Terreur développée à l’époque de la Révolution française. Lorsque les partisans de Donald Trump sont allés au Capitole pour faire du chahut au moment de l’investiture du président Biden, l’ensemble de la classe politique mondiale a crié au coup d’État en s’offusquant de cette situation. Ce chahut est probablement condamnable, mais il doit être mis en parallèle avec d’autres événements que nous avons connus en France, par exemple en 1848 ou en 1870, avec la prise d’assaut du Parlement par la gauche mécontente et ce sont des événements qui sont considérés avec fierté comme des faits d’armes par la gauche. Donc, lorsque la gauche prend d’assaut des institutions, elle revendique cela comme faits d’armes, elle en est fière. Mais lorsque la droite se permet de faire la même chose, dans des proportions nettement moins importantes, on s’offusque dans le monde entier. Un personnage comme Jean-Luc Mélenchon, quelques semaines avant l’assaut du Parlement américain par les partisans de Donald Trump, rappelait en permanence le fameux droit à l’insurrection qui avait été instauré par la Première République en 1793. Mais le même Jean-Luc Mélenchon était outré lorsque ce droit à l’insurrection a été mis en œuvre de manière bien modérée au Capitole. Ce droit à l'insurrection est évidemment tout à fait interdit à la droite. Par ailleurs, en 1934, il y a eu cette manifestation d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale, qui étaient choqués par les scandales politiques de la IIIe République. Il y a eu des décès sur place et la droite traîne cette manifestation comme un boulet depuis presque 100 ans, alors qu’il n’y a pas eu de tentative de coup d’État. »
Dans son livre, Thierry Bouclier explique que la raison de vivre de la gauche est de traquer le mauvais mot de la droite. Une grande partie de la droite a très longtemps baissé les yeux, mais il y a maintenant de plus en plus de gens qui ne veulent plus se laisser faire : « Il y a effectivement un certain nombre d’individualités qui refusent de continuer de se plier à ce magistère moral de la gauche. D’ailleurs, les valeurs de la gauche évoluent avec le temps, de même que les valeurs de la République n’existent pas, puisque les valeurs de la IIIe République ne sont pas celles de la IVe et ne sont pas celles de la Ve République. Il y a un certain nombre d’écrivains qui veulent remettre en cause ce magistère moral de la gauche, mais, dans l’ensemble, la droite reste toujours prisonnière de ce complexe qui est le sien depuis la Révolution française. La droite continue d’être toujours à la remorque de la gauche et, lorsqu’elle est au pouvoir, elle poursuit les réformes de la gauche… » On constate aussi que la droite s’est laissé faire parce que, dès 1789, la gauche a réussi à imposer le postulat qu’elle était dans le camp du bien et du progrès, en étant sensible à la misère et à la famine, alors que pour la droite c’était tout le contraire : « De manière inconsciente, la droite a accepté cette position et, à partir du moment où l’on se persuade que l’on est le mal, on aspire à devenir le bien. Quand on aspire à devenir le bien et que ce bien est symbolisé par la gauche, on est toujours à la remorque de la gauche. Malheureusement, la gauche va toujours trouver que la droite n’en fait jamais suffisamment. »
Il est intéressant d’avoir l’opinion de Thierry Bouclier sur les notions de droite et de gauche aujourd’hui. Par exemple, des gens sont convaincus qu’Emmanuel Macron et Édouard Philippe sont de droite et des personnes d’extrême gauche classeront Manuel Valls à droite… L’auteur observe que « cette notion de droite ne cesse de s’étendre, dans la mesure où la gauche la plus extrême ne cesse d’imposer son discours par la terreur. On voit bien que quelqu’un qui était considéré comme de gauche il y a quelques années va se retrouver relégué à droite, alors que celui qui était tout simplement de droite va se retrouver à l’extrême droite. Prenons la question du mariage : depuis qu’il y a eu le vote sur le mariage homosexuel, on peut dire que toute personne qui manifeste une réserve sur cette question se retrouve nécessairement dans le camp du mal, donc dans le camp de l’extrême droite. Toute personne qui est favorable à cette nouvelle forme de mariage se retrouve dans le camp du bien. C’est une frontière que l’on a reculée. C’est la même chose pour la problématique de la colonisation. Toute personne qui ne dit pas que la colonisation était un crime contre l’humanité, comme l’a dit le président Macron, se retrouve dans le camp du mal. Vous évoquez Édouard Philippe, c’est l’argument inverse, un certain nombre de personnes se revendiquent comme étant de droite sans se rendre compte que leur discours s’est aligné sur celui de la gauche. Aujourd’hui, tout le monde se revendique gaulliste, mais qui est réellement fidèle à la pensée du général de Gaulle ? »
« La gauche ou le monopole de la violence – De 1789 à nos jours. » de Thierry Bouclier est publié aux Éditions de La Nouvelle Librairie.
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