Comprendre la mécanique du taux d’usure qui bloque le marché immobilier.

LA VIE DE L’IMMOBILIER

✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Olivier Lendrevie, président de CAFPI : « 42 % des dossiers que nous présentons à nos partenaires bancaires sont rejetés en raison de la problématique du taux d’usure. »

Leader du marché des courtiers en crédits, CAFPI est présent dans toute la France, via ses 240 agences en propre, pour accompagner ses clients dans toutes les étapes de leur projet immobilier. En 2021, CAFPI a finalisé 40 000 dossiers auprès de 150 banques et assureurs partenaires.

La Banque Centrale Européenne (BCE) a relevé ses taux directeurs de 75 points de base après une augmentation de 50 points de base intervenue en juillet, une première en dix ans. Ainsi, le taux applicable aux dépôts des banques à la BCE est passé en quelques semaines de - 0,5 % à 0,75 %. C’est un signal fort envoyé aux acteurs économiques : favoriser l’épargne et limiter le recours au crédit afin de juguler la spirale inflationniste. Dans sa dernière étude, CAFPI indique : « En anticipation de la poursuite de la remontée des taux directeurs, les taux longs sont également repartis à la hausse : l’État français a émis la semaine dernière une OAT au taux de 2,52 %, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis 2014. À l’époque, un crédit immobilier à 20 ans se négociait autour de 3,50 %.

Ainsi, il faut s’attendre à ce que les taux de crédit immobilier reprennent leur hausse dans les semaines à venir. Face à la hausse de leurs coûts de refinancement, on ne peut attendre des banques qu’elles prêtent à perte quand elles portent la responsabilité de la sécurité des dépôts de leurs clients. Pour les emprunteurs, alors que la fenêtre qui permettait de se financer sous les 2 % est en train de se refermer, les taux proposés restent bas à l’échelle de l’Histoire et constituent une opportunité rare dans un contexte inflationniste. Mais, pour ces candidats à l’emprunt, une véritable difficulté demeure : celle du retard d’ajustement du taux d’usure de 6 à 9 mois par rapport à la réalité des marchés financiers, qui contraint des dizaines de milliers de Français parfaitement solvables à reporter leurs projets de vie. Le 1er octobre, il est indispensable que le taux d’usure connaisse une hausse significative si nous voulons sortir de la situation que nous connaissons depuis le 1er juillet dernier. »


L’Hebdo-Bourseplus : Il y a deux ou trois ans, quiconque titulaire d'un CDI en France avait une chance de devenir propriétaire. Est-ce le jour et la nuit par rapport à ce que vous observez aujourd’hui ?

Olivier Lendrevie : Cela a beaucoup changé, mais je vais quand même affiner le tableau. La situation est devenue plus difficile au début de l’année, avec l’entrée en vigueur des normes du HSCF (Haut conseil de stabilité financière) qui a donné une valeur de loi à des normes qui, jusqu’à présent, ne relevaient que de bonnes pratiques. Maintenant, le taux d’endettement ne doit pas dépasser les 35 % et la durée de financement ne doit pas dépasser 25 ans, ou 27 ans si c’est du neuf avec une période de construction. Tout cela avait pas mal durci le marché avant que n’arrive cette problématique liée au taux d’usure.

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