Faut-il jeter les équipementiers automobile avec l’eau des puces ?

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 16 septembre 2022 (numéro 1.153) : “ Energies : un défi relevable  ”. Bonne lecture !!!

Depuis le début de l’année, les entreprises du secteur des équipementiers de l’industrie automobile sont fusillées par les marchés financiers, et lorsqu’une analyse positive sort, presque toujours, il y a révision à la baisse des objectifs de cours. L’action Faurecia est tombée sous le prix de son augmentation de capital, on a connu un plus bas sur cinq ans à 13,11 cette semaine, l’action Valeo, moins baissière, reste néanmoins très largement sous-cotée, malgré la forte volatilité actuelle, et la confirmation, à la fin du mois de juillet, des objectifs financiers pour 2029, le cours de l’inventeur du stop & start devenu spécialiste de l’électrification est inférieur de 31 % à celui constaté au 1er janvier. Même la société familiale Plastic Omnium, au flottant pourtant plus faible, est en berne avec un recul de presque 22 % du cours depuis le 1er janvier.


Plastic Omnium profite du choc pour faire des emplettes.


Plastic Omnium est une entreprise qui génère des tréflux positifs, mais qui est perçue comme étant installée sur un marché récessif à terme relativement rapide, celui des réservoirs de carburant pour les voitures. Effectivement, être le numéro 1 mondial dans ce genre d’activité est moins porteur avec comme horizon, en 2035 ou après, la fin de la fabrication de véhicules thermiques dans deux marchés majeurs, en Amérique du Nord comme en Europe. Plastic Omnium a les moyens de se renforcer, dans un marché où la restructuration se généralise, pour diversifier ses différentes activités. Récemment, l’entreprise a fait l’acquisition, pour 52,5 millions d’euros, de la division Power d’Actia Group. Actia Group s’est désendetté à l’occasion, il en a été de même lorsque Plastic Omnium a acheté les parts qu’elle ne détenait pas encore dans la coentreprise constituée avec l’allemand Hella, racheté par le groupe Faurecia. En montant à 100 % dans le capital de HBPO, Plastic Omnium se renforce dans les modules complexes, intégrant notamment l’éclairage, et a déboursé 290 millions d’euros comme s’il s’agissait d’acheter une baguette de pain ! La Commission européenne a approuvé au début du mois d’août l’acquisition de la division Lighting Systems de Varroc, basée en Allemagne, qui développe, fabrique et vend des lampes extérieures pour les véhicules légers.


Une entreprise devenue de taille mondiale.

Il y a déjà très longtemps de cela, Plastic Omnium était une toute petite entreprise située dans la dépendance d’un gros client : PSA, désormais, c’est une entreprise de taille mondiale qui s’est spécialisée progressivement dans les systèmes de carrosseries intelligentes, à partir de la fabrication de pare-chocs, de modules avant, de modules arrière. Outre les systèmes de stockage et d’alimentation en carburant, il y a eu montée en puissance progressive dans les pièces de carrosserie, notamment avec l’acquisition, il y a quelques années de cela, de la division pare-chocs du groupe Faurecia. Avec les modules bloc avant, qui représentent environ un tiers du CA, il y a aussi les poutres d’absorption de chocs, l’intégration de plus en plus des systèmes d’éclairage et de refroidissement de moteur. La transformation vers les véhicules électriques permet d’intégrer de plus en plus de radars, de lidars, de capteurs d’aide à la conduite, sans oublier la suppression progressive des calandres ouvertes, puisque les moteurs électriques n’ont pas besoin d’un refroidissement par air. Au fur et à mesure des années, Plastic Omnium a diversifié ses zones géographiques avec un cinquième de l’activité en Asie, un quart en Amérique du Nord, le reste étant essentiellement en Europe dont la France, pour un peu plus de la moitié du CA au cumul de la France et du reste de l’Europe. Comme tous les équipementiers de l’industrie automobile, Plastic Omnium doit supporter une augmentation significative de ses prix de revient en matières premières et la faible disponibilité des puces électroniques. Progressivement, les contrats ont été réactualisés avec les constructeurs, qui sont des concepteurs et des assembliers et qui dépendent des équipementiers de rang 1 tels que Plastic Omnium, Faurecia et Valeo. La baisse de la production automobile a entraîné un résultat net modeste de 126,37 millions d’euros en 2021 pour la part du groupe, sur un CA réduit à 7,23 milliards contre 8,5 milliards en 2019. Cela n’a pas empêché que le tréflux a été positif et que Plastic Omnium a une bonne structure financière.

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