La fracture de la société n’épargne pas les jeunes.

LA RENCONTRE DE LA SEMAINE

✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Olivier Vial, directeur du CERU : « On retrouve ce que l’on a connu dans les années 70, avec un clivage très fort entre les jeunes. »

Olivier Vial, ancien membre du Comité consultatif auprès du Haut Conseil de l’Éducation, est le directeur du CERU (Centre d'études et de recherches universitaire), un laboratoire d'idées indépendant. Cette structure s’appuie sur l’expertise d’universitaires pour éclairer l’actualité et proposer des solutions concrètes aux défis politiques, géopolitiques, sociétaux, scientifiques et technologiques.


L’Hebdo-Bourseplus : Quelle que soit l'époque, on a entendu les mêmes propos sur la jeunesse de la part des adultes, notamment sur la radicalisation. Finalement, il y a toujours eu trois blocs : un bloc de droite très militant, un bloc très à gauche - celui qui a fait Mai 68, par exemple - et un bloc que l’on pourrait situer entre les deux, souvent proche du pouvoir en place. C'étaient ceux qui soutenaient le général de Gaulle en 68 et sans doute les jeunes macronistes ou les jeunes LR aujourd’hui. Sommes-nous dans le même paysage, ou pensez-vous qu’il y ait eu une évolution ?

Olivier Vial : Ce que vous décrivez était vrai dans les années 70 et dans les années 80, mais il y a eu une évolution dans les années 90 et 2000 avec une homogénéisation. Les jeunes étaient différents, mais ils étaient de plus en plus proches politiquement de leurs parents. J’avais fait en 2007 une étude qui démontrait de vraies évolutions sur la capacité des jeunes à plébisciter l’autorité ou à croire en l’armée comme une institution forte. Depuis, on observe un nouveau mouvement qui bouleverse tout cela. Aujourd’hui, on retrouve effectivement ce que l’on a connu dans les années 70, avec un clivage très fort entre les jeunes. Il y a des choses qui ont évolué cependant, notamment sur la question de l’immigration et de la sécurité, et les jeunes sont moins à gauche que leurs parents à leur âge.

Cependant, il ne faut pas conclure qu’il s’agisse d’une droitisation de la jeunesse car, malgré ces sujets qui sont plus consensuels, on observe des clivages très importants sur d’autres critères, notamment sur l’islam et la laïcité. Sur ces sujets, il y a un clivage énorme entre les plus de 50 ans et les moins de 25 ans. Sur la question du voile à l’université, 80 % des plus de 50 ans sont contre, mais 56 % des moins de 25 ans acceptent son port. C’est un clivage très fort que l’on retrouve sur d’autres sujets, comme l’écologie et les questions climatiques. Il y a donc un divorce qui se produit entre les générations. Ce n’est pas nouveau dans l’histoire, cela a déjà existé, mais c’est une rupture par rapport aux tendances des années 2000.


À l’époque de SOS Racisme, puis dans les années 90, tous les jeunes étaient sur cette même ligne. Or, ils se sont droitisés au fil du temps et beaucoup d’entre eux, qui sont quadragénaires aujourd’hui, votent pour le Rassemblement national. Peut-on penser que ce sera la même chose ?

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