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Le coup de gueule d’un maire contre les citadins qui ne respectent pas la vie à la campagne.
LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES
✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN
Luc Normand, maire de Cheix-en-Retz (Loire-Atlantique) : « Il y a une forme de manque de respect à l’égard des citoyens qui vivent à la campagne. »
À Cheix-en-Retz, un village de 1100 habitants situé en Loire-Atlantique, le maire a décidé d’installer plusieurs panneaux « Attention village français ». Une démonstration éloquente pour défendre la ruralité face à certains comportements qu’il ne supporte plus. Ces écriteaux précisent : « Nous avons un clocher qui sonne, des coqs qui chantent, des animaux qui vivent à proximité, des chasseurs et leurs chiens… » Luc Normand a ainsi fait mettre en place dix panneaux dans la ville afin d'avertir les nouveaux habitants ou les gens de passage car, explique-t-il : « Certains se plaignent même des cloches qui sonnent à 7 heures le matin ! Un habitant est venu me voir parce que ça le gênait. Quand ils étaient à Nantes, ils n’étaient pas gênés par le bruit des voitures ou des klaxons ! » Luc Normand répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : Recevez-vous de plus en plus de plaintes émanant de gens qui protestent contre le son des cloches ou les bruits de la nature ?
Luc Normand : Récemment, on a eu une personne qui n’était pas contente, parce qu’elle avait acheté une maison à côté de l’église et, à 7 heures du matin, les cloches sonnent... Cette personne est venue se plaindre. Je ne vais pas vous dire ce que je lui ai répondu, mais elle n’est plus revenue ! On a commencé à observer ce phénomène il y a une dizaine d’années. Or, malheureusement, cela empire. J’observe que les gens arrivent à la campagne sans avoir la volonté de la respecter. Quand vous êtes en ville, il y a des passages piétons, alors vous respectez les passages piétons. Tandis qu’à la campagne, les gens arrivent en se croyant en terrain conquis. C’est ce que je ne supporte pas. Si un agriculteur a épandu du fumier, c’est son travail : évidemment, il y a des odeurs, mais ce n’est pas permanent. Derrière tout cela, il y a une forme de manque de respect à l’égard des citoyens qui vivent à la campagne, mais aussi un non-respect vis-à-vis de l’environnement naturel. Ce sont les citadins qui se plaignent, mais pas tous, car j’ai deux Parisiens qui habitent dans la commune et qui ont applaudi le panneau. Souvent, ce sont des gens qui arrivent de la métropole nantaise, qui protestent un peu au départ, mais au bout de deux ou trois ans, ils sont contents de vivre à la campagne et ils deviennent comme les ruraux. Les mentalités changent au fil du temps.
Pourtant, pendant très longtemps, même dans les films ou à la télévision, on a entendu les gens dire qu'ils voulaient vivre à la campagne pour pouvoir entendre sonner les cloches des églises ou le coq chanter le matin…
Je pense que nous avons des médias écolos qui ne disent pas toujours la vérité aux gens... À Cheix, nous avons souvent une odeur de marais au printemps. Lorsque l’eau baisse, la vase sèche et l’herbe pourrit, donc il y a une odeur désagréable dans la commune. Mais c’est la nature. Je n’ai pas encore entendu de réflexions à ce sujet, mais je m’y attends un jour ou l’autre. En plus, les gens ne sont jamais très courageux, car il viennent toujours me voir pour se plaindre du coq de leur voisin. Je leur demande d’aller voir directement leur voisin, en leur expliquant que, comme s’ils sont arrivés après le coq, ils ne pourront pas se plaindre… Nous sommes une commune de 1200 personnes et je connais 95 % des habitants !