Le Sénat se saisit de la question du pouvoir d’achat et des causes de l’inflation des prix des produits de grande consommation.

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✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Anne-Catherine Loisier, sénatrice Union Centriste de la Côte-d’Or : « La loi Egalim n’a pas été pensée dans un contexte d’inflation tel qu’on le connaît aujourd’hui. »

Après les interpellations de Michel-Édouard Leclerc sur l’augmentation des prix lors des négociations commerciales, la commission des affaires économiques du Sénat va accélérer les travaux de son groupe de suivi de la loi Egalim et établir un premier bilan des causes de cette inflation le 20 juillet prochain. Le groupe de suivi de la loi Egalim, constitué depuis 2018, analyse de près l’impact de cette loi, puis de la loi Egalim 2, sur la formation des prix des produits de consommation courante. Pour Anne-Catherine Loisier, co-rapporteure de la loi Egalim et rapporteure de la loi Egalim 2, « la réalité est plus complexe qu’on ne le pense : il y a effectivement des situations où la hausse du prix des intrants exige une renégociation du tarif de vente. Et, dans d’autres cas, ces demandes de hausse des tarifs peuvent être plus contestables. Nous nous attacherons à y voir plus clair, car il en va de la transparence des prix, du pouvoir d’achat des ménages, et de la loyauté des relations commerciales ».


L’Hebdo-Bourseplus : Pendant plusieurs années, il a fallu expliquer aux consommateurs la nécessité d’acheter des produits au juste prix, ce qui a donné lieu à la loi Egalim, avec un barème de hausse de prix afin que cette augmentation de la rémunération des agriculteurs se fasse proportionnellement. Maintenant, on nous affirme qu’il faut baisser les prix parce que l’inflation est trop forte… Comment justifier ces différences auprès du grand public ?

Anne-Catherine Loisier : On est dans un monde complexe, on sort de la crise sanitaire, il y a une guerre... Nous avons étudié le projet de loi du gouvernement qui a été mis en place après de longs mois de débats et la première loi Egalim visait à mieux identifier les coûts de production par des indicateurs, afin que tout cela soit pris en compte par les différents acheteurs et que le producteur soit justement rémunéré. Il y a eu ensuite une deuxième partie de la loi Egalim, qui portait notamment sur l’alimentation, les circuits courts, tout cela pour privilégier une certaine souveraineté alimentaire et pour que le bilan carbone de l’alimentation soit aussi plus favorable. On s’est rendu compte que ce fameux ruissellement qui était attendu, grâce à une meilleure rémunération de la part des acheteurs, n’était pas automatique et la loi Egalim 2 a permis de davantage encadrer les coûts des matières premières agricoles, en les sanctuarisant dans des contrats. La loi a mis en place des contrats, avec des indicateurs de production, tout cela pour mieux rémunérer les producteurs, et pour que nous puissions toujours avoir une filière agricole en France.

Il y a eu la crise des matières premières à l’automne dernier, avec déjà une évolution des coûts de l’énergie, ceci bien avant la guerre, puisque tout le monde s’est remis à consommer sur la planète après la crise sanitaire. Il y a eu des tensions sur un certain nombre de matières premières, notamment l’énergie ou le transport. Après cette première tension sur les prix, il y a eu la guerre en Ukraine, avec les effets collatéraux que cela a entraîné sur le prix des énergies. À la décharge du gouvernement, qui porte ce projet depuis cinq ans, il tablait sur une certaine inflation, mais il ne pouvait pas prévoir un effet Covid et un effet guerre. La loi Egalim n’a pas été pensée dans un contexte d’inflation tel qu’on le connaît aujourd’hui et il est un peu compliqué de conjuguer les effets vertueux que l’on attendait d’Egalim sur la rémunération des agriculteurs et un excès d’inflation qui devient de plus en plus difficilement tenable pour le consommateur.


Les producteurs devaient remonter progressivement leurs prix pour qu’ils puissent vivre correctement avec leur famille. Or, maintenant, ils doivent les augmenter, non pas pour survivre, mais pour payer le surcoût lié à l’inflation…

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