L’analyse d’un député de terrain sur le résultat du premier tour des législatives.

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✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Philippe Gosselin, député LR de la Manche : « Nos concitoyens se retrouvent dans le RN ou dans la NUPES, parce qu’ils ont le sentiment que cela peut tout casser et que cela peut renverser la table. »

Philippe Gosselin, député LR de la Manche, a été le vice-président de la Commission des lois de l’Assemblée nationale lors de la dernière législature. Il fait partie de ces rares députés LR à être arrivés en tête du premier tour dans sa circonscription. Philippe Gosselin est connu, il est bien ancré sur son territoire, il assume son appartenance à la droite républicaine et il est aussi très présent dans l’hémicycle. C’est sans doute ce cocktail qui contribue à son succès électoral.


L’Hebdo-Bourseplus : On observe que des parlementaires très ancrés ont obtenu des mauvais résultats, mais d’autres non, et que des députés LR prêts à travailler avec Emmanuel Macron ont fait des mauvais scores, et d’autres non... Il est difficile de tirer des conclusions de ce premier tour…

Philippe Gosselin : Effectivement, les repères habituels sont complètement dépassés. Qui aurait imaginé, il y a seulement quelques semaines, que l’on puisse avoir autant de gens qui se prononcent pour un tel cartel de gauche ? Pas grand monde, je pense. On n’aurait pas nécessairement imaginé que le RN soit aussi fort, y compris aux élections législatives. En réalité, nous ne sommes plus dans le bipartisme en ce moment, mais dans le tripartisme. Cela veut dire que la droite parlementaire est en difficulté. Il me semble quand même que les députés sortants LR qui avaient un bon ancrage s’en sont bien sortis, c’est-à-dire ceux qui ont fait preuve d’une certaine détermination, dans une opposition que je qualifierai de constructive. J’ai voté un certain nombre de textes dans la dernière mandature, mais je me suis aussi opposé avec force à un certain nombre d’autres textes. Les gens ont bien compris que je portais la voix de mon département et de ses habitants, et que j’avais aussi un certain poids à Paris. Je dis cela avec humilité, mais je crois quand même que cela a compté pour les électeurs, au-delà des étiquettes ou des sensibilités. Celui qui incarnait son territoire avait davantage de chances que d’autres, même si ce que je dis n’est pas vrai à 100 %, j’en ai bien conscience. Je dis tout cela avec beaucoup de modestie et d’humilité.


Votre recette, est-ce votre parfait ancrage sur le territoire, beaucoup de travail parlementaire, une influence reconnue à Paris et des positions sans ambiguïté ?

Malgré le mouvement En Marche, qui est une sorte de shaker où l’on vous met des ingrédients très différents et l’on ne sait pas ce qui en sort, les gens ont besoin de savoir où l’on habite. Cela donne une direction. Évidemment, on n’est pas toujours d’accord avec cette direction mais, au moins, il y a un point de repère, contrairement à ceux qui disent qu’il faut se diluer parce que tout est pareil. C'est faux, tout ne se vaut pas. Cela ne veut pas dire que l’on ne respecte pas ses adversaires, cela ne veut pas dire que l’on va trouver tous les projets inintéressants, mais il faut être droit dans ses bottes. En même temps, il y a une reconnaissance du travail accompli et de l’investissement. Je passe mes jours et mes nuits à travailler, je dis aussi cela avec beaucoup de modestie, mais je crois que les gens ont compris que j’essayais de tout donner. Je ne suis pas le seul. D’ailleurs, je remarque que les députés de la majorité qui ont un peu plus marqué leur territoire que d’autres ont bénéficié de cet effet, malgré l’usure du pouvoir et une non-campagne savamment entretenue par le président de la République. Tout cela n’est pas correct, parce que les gens ne savent pas ce qui est sur la table. Personnellement, je mets sur la table un certain nombre d’éléments et je pense que c’est aussi cela qui a pu convaincre. Encore une fois, je le dis avec beaucoup de modestie, si la recette était aussi évidente, nous n’aurions pas nécessairement le résultat que nous avons eu collectivement dimanche dernier.

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