Le gouvernement doit renouer avec une vraie politique en faveur du logement.

LA VIE DE L’IMMOBILIER

✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Norbert Fanchon, président du directoire du Groupe Gambetta : « L’indice des loyers pourrait ne pas augmenter à la fin de l’année et ce n’est pas un bon signal qui est envoyé à toutes les personnes qui louent leur logement. »

Norbert Fanchon, président du directoire du Groupe Gambetta, déplore que le logement ne soit pas une priorité du gouvernement, alors que ce sujet arrive en tête des préoccupations des Français. Il convient de noter que c’est la ministre de la transition écologique qui a la responsabilité du logement : « Il faut analyser ce choix fort d’intégrer le logement aux attributions élargies de la ministre de la transition écologique. Si tout allait bien en matière de logement en France, on comprendrait qu’on ne crée pas de portefeuille ministériel dédié. Pour le dire à l’envers, puisque les têtes de l’exécutif, Emmanuel Macron et Élisabeth Borne, n’ont pas nommé de ministre en charge du logement, c’est qu’ils sont persuadés que le logement va bien, ou plutôt bien, ou encore plutôt pas mal. Or, le fait de voir Bercy aller jusqu’à étudier ces derniers jours, même sans l’envisager de manière « sèche », la piste d’un gel des loyers face au dérapage de l’IRL du fait de l’inflation, n’est qu’un signe de plus de la situation de tension presque inédite dans laquelle se trouve le marché de l’immobilier. » Norbert Fanchon souligne par ailleurs que « le niveau de construction de logements neufs est au plus bas, proche sans doute à la fin de l’année de 350 000 unités, pour des besoins annuels estimés à 500 000, tout cela après une baisse ininterrompue sur le quinquennat et la législature. »


L’Hebdo-Bourseplus : vous regrettez que le logement, particulièrement le neuf, ne soit pas une priorité chez les politiques. Quelle est votre analyse ?

Norbert Fanchon : Ce n’est pas une priorité depuis pas mal de temps et la campagne présidentielle a permis de le constater. On a parlé de pouvoir d’achat ou d’immigration et, aujourd’hui, le logement se retrouve dilué derrière de nombreuses priorités, ce qui montre que la mise en œuvre sera compliquée. Donc, le logement pourrait être laissé de côté au cours des mois à venir.


Quelle est votre situation en tant que promoteur ?

La situation n’est pas difficile pour le moment, mais elle pourrait le devenir très rapidement, car cela devient compliqué. Aujourd’hui, nous avons un problème de permis de construire, avec les élus locaux qui ont du mal à délivrer des autorisations. Nous avons des nuages qui arrivent à l’horizon et qui pourraient très rapidement tourner à l’orage en raison de la hausse des taux de crédit, qui pourraient atteindre 3 ou 4 % d’ici à la fin de l’année. Et à cela s’ajoutent la nouvelle réglementation thermique et la mise en place d’un nouveau dispositif fiscal. Entre la nouvelle réglementation technique et le nouveau Pinel, on observe quelques contradictions, puisque le nouveau Pinel nous demande de faire des surfaces extérieures, alors que la réglementation thermique nous demande d’en faire de moins en moins... Il faut savoir que tout cela entrera en vigueur le 1er janvier 2023. L’indice des loyers pourrait ne pas augmenter à la fin de l’année et ce n’est pas un bon signal qui est envoyé à toutes les personnes qui louent leur logement. Si l'on commence à leur dire que l’augmentation des loyers n’est plus en corrélation avec l’inflation, cela va soulever beaucoup de questions et beaucoup d’incertitudes, et l'on sait que ce n’est pas bon pour les affaires. On a des Français qui veulent acheter de l’immobilier parce qu’ils aiment ça, parce qu’ils en ont besoin. De l’autre côté, on a un marché qui n’accueille pas cette demande parce qu’il n’y a plus d’offres, parce que les Français vont avoir du mal à se financer et parce que l’on n’inspire pas la confiance en changeant tout le temps les dispositifs.

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