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Le bilan de cinq ans de mandat d’un député généticien...
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✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN
Philippe Berta, député MoDem du Gard : « Je suis exaspéré par les gens qui font de la politique un métier. »
Philippe Berta est généticien et député MoDem du Gard. Il est le codécouvreur d’un gène, porté sur le chromosome Y, qui permet la formation des caractères sexuels masculins chez les mammifères. Il est le créateur de l’association l’École de l’ADN4, qui promeut la culture scientifique dans le domaine de la biologie principalement. Il est également le directeur du master régional en Languedoc-Roussillon, management de projet et innovation en biotechnologie, ou BIOTIN6, et il dirige la filière biologie-environnement de l’université de Nîmes 7.
Le journaliste Jacques Prévost vient de lui consacrer un livre, intitulé « Philippe Berta, de la double hélice à l’hémicycle, ou le parcours d’un scientifique à l’Assemblée nationale ». L'auteur met en lumière les phénomènes sociologiques suscités par l’apparition de la Covid et les conséquences sur la recherche scientifique, prise en étau entre la nécessité de tester ses hypothèses et l’urgence de trouver un remède. À travers le parcours de Philippe Berta, chercheur et député, il décortique ce temps du « virus » pour que le monde d’après soit aussi celui de nos avenirs, bousculant les habitudes, les générations futures et, plus globalement, le vivant. Philippe Berta répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.
L’Hebdo-Bourseplus : Vous êtes généticien et professeur d’université : quel bilan tirez-vous de votre premier mandat ?
Philippe Berta : Je pensais faire un mandat unique, mais j’ai été rattrapé par plusieurs éléments, notamment François Bayrou qui a beaucoup insisté pour que je me représente. Il n’a pas tort, parce que je suis dans une région où les extrêmes sont très puissants. Le risque extrémiste est très puissant, que ce soit le Rassemblement national ou la France Insoumise. J’ai beaucoup œuvré à Paris, avec beaucoup de missions, en raison de mon profil, mais François Bayrou m’a expliqué que j’étais le mieux à même de maintenir dans la démocratie la circonscription que je représentais. Donc, cela m’a inquiété, mais aussi responsabilisé, puisque perdre en combattant c’est une chose, mais perdre en restant au fond de son lit, c’est un peu plus compliqué intellectuellement. Dans mon parcours professionnel, j’ai embrassé une cause noble, celle des maladies rares. Cela concerne 3 millions de Français, dont 80 % d’enfants. Alors, j’ai créé un groupe d’études à l’Assemblée. J’ai travaillé sur l’amélioration du diagnostic, sur l’accès aux thérapeutiques, et j’ai aussi contribué à porter cette thématique à l’échelon européen pour que ce thème soit une priorité afin que soit élaboré un grand plan européen sur les maladies rares. Les acteurs des maladies rares m’ont aussi dit que j’avais bien travaillé, mais qu’il ne fallait pas lâcher, parce qu’il y a des décisions importantes à prendre et un combat à mener.
C’est un peu pour tout cela que je repars. J’ai perçu une Assemblée nationale qui est vraiment déshabillée sur le plan scientifique : il n’y a pratiquement pas de scientifiques ! Pourtant, cette cause est essentielle, parce que de la science découle notre économie, notre niveau de vie de demain, et aussi notre capacité de survie. Il ne faut pas se tromper. Ce qui m’a un peu traumatisé, au cours de ces cinq années à l’Assemblée nationale, c’est de voir des décisions qui touchent le monde scientifique prises par des gens qui n’ont aucune base scientifique. Certains sont même manipulés dans leur capacité de décision. J’ai vu cela lors des lois de bioéthique. J’ai vu des acteurs qui se disent pro-vie ou anti-avortement avoir de tels comportements qu’ils ne se rendaient même pas compte que, par leur vote, ils étaient susceptibles d’envoyer 3 millions d’enfants à la mort. Ces gens ne cherchent pas à avoir la moindre connaissance et ils se laissent instrumentaliser.