Chine : mer de Chine et Pacifique, mais pas seulement. La Sibérie l’intéresse.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 17 juin 2022 (numéro 1.143) : “ Le nouveau Faurecia cherche un statut boursier ”. Bonne lecture !!!
On le sait depuis longtemps, nous en avons déjà parlé, la Chine considère que la mer de Chine, entre les côtes du Vietnam, de Malaisie, de Bornéo et des Philippines, c’est une sorte de lac intérieur, qui lui appartient en exclusivité, et pour ce faire, la Chine a créé des îlots artificiels, mis en place des bases militaires, annexé les îles Paracels, naguère dépendant du Vietnam durant l’Indochine française pourtant, et considère que cette partie du monde lui appartient depuis toujours, comme du temps de l’Empire du Milieu, comme du temps de la Mare Nostrum des Romains pour la Méditerranée. Au-delà de l’Indonésie, il y a bien sûr le grand continent très peu peuplé de l’Australie, mais on oublie un peu trop vite que, juste au-dessus de la Chine, notamment de la Mongolie et du Xiangyang, il y a la vaste Sibérie, toute aussi peu peuplée, toute aussi intéressante pour ce qui concerne les matières premières qui sont indispensables à la Chine.
La Chine manque de nombreuses matières premières.
Même si on va nous rabâcher, cela a été récemment l’objet d’un rapport de la Banque mondiale, que la croissance ralentit, il ne faut pas oublier que le PIB de la Chine est actuellement très largement supérieur au triple de celui qu’il était il y a vingt ans et que 2,5 ou 3% de croissance aujourd’hui, en valeur absolue, c’est un besoin d’énergies ou de matières premières équivalent à 10% de croissance il y a une vingtaine d’années. L’objectif de la dictature communiste chinoise, ce n'est pas l'année prochaine, et encore moins la publication de comptes trimestriels. L'objectif, c'est la décennie prochaine quand on parle de court terme, les années 2050 et 2100 si l’on regarde le plus long terme. Pour le centième anniversaire de la dictature communiste chinoise, en 2049, la Chine doit s’assurer qu’elle soit la première puissance mondiale, à tous points de vue, et qu’elle n’ait aucune dépendance énergétique qui gêne ses ambitions. Pour ce faire, l’Australie comme la Sibérie sont dans le viseur. Il y a moins d’un an de cela, l’Australie a rompu le contrat avec la France portant sur l’acquisition de douze sous-marins pour une valeur de 56 milliards d’euros. La raison évoquée par le gouvernement australien (battu par les électeurs il y a quelques jours) c’est de reconstituer une alliance militaire historique avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis. La rupture du contrat a beau avoir été onéreuse, l’Australie considère qu’elle est en danger, et que même si la France est une puissance voisine, avec la Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna ou encore la Polynésie française et Clipperton, la puissance militaire française locale n’est pas importante.
L’Australie tremble.
Les Etats-Unis, grâce à Hawaï, la Corée du Sud ou encore la base d’Okinawa, sont beaucoup plus implantés aux yeux des Australiens, la Thaïlande, Taïwan et les Philippines étant leur premier barrage face à l’expansion chinoise. Ceux qui ont une certaine culture historique se souviennent que, juste après avoir annexé l’archipel d’Hawaï à la fin du XIXe siècle, les Etats-Unis, qui avaient également acheté l’Alaska à la Russie, se sont découvert d’autant plus facilement une vocation pacifique qu’ils ont récupéré l’ancienne colonie espagnole des Philippines à l’extrême fin du XIXe siècle. Après la victoire contre l’empire du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis se sont institués comme protecteur du Japon, de la Corée du Sud, de Taïwan, et, outre les Philippines, de la Thaïlande, comme de Singapour au bas de la péninsule malaise. Ancienne île porte-avions destinée à servir de base pour aller bombarder le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, l’île de Guam reste une île presque totalement militarisée, avec une très importante base aérienne et une formidable base navale, très proche des Philippines et de Taïwan, mais également du Japon, en cas de besoin, c’est toujours très utile. S’il est prévu de libérer progressivement les bases américaines d’Okinawa, une île située au sud de l’archipel du Japon, les troupes ne rentreront pas en Amérique du Nord, elles seront réinstallées à Guam. Au cours des dernières années, on n'oubliera jamais que les Etats-Unis ont abandonné successivement tout un tas de leurs alliés, l’Afghanistan étant le dernier en date, mais le sud Vietnam n’a pas tardé à tomber juste après le départ des troupes américaines. On n’a pas vraiment l’impression qu’il y a un désengagement en vue de l’Amérique du Nord de cette zone Pacifique, qui n’est pas véritablement un « lac américain », mais qui y ressemble tout de même.
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