D’Apollo à Artemis : Dans les coulisses de la conquête spatiale.
LITTÉRATURE
Pilote de ligne et commandant de bord long-courrier pour la compagnie aérienne Swiss, Lukas Viglietti met à profit ses nombreuses escales aux États-Unis pour tisser un lien étroit avec tous les acteurs du programme Apollo. En 2009, il crée SwissApollo, avec son épouse Bettina, afin de faire témoigner les marcheurs lunaires aux quatre coins du monde et inspirer ainsi la prochaine génération. Dans son nouvel ouvrage, il ouvre un chapitre sur le Programme Artemis de conquête de l’espace. Lukas Viglietti nous fait partager depuis des années sa passion pour l’espace : « Les êtres humains ne sont pas conscients de leur état. Nous sommes 8 milliards d’astronautes, sur le plus magnifique des vaisseaux, le vaisseau Terre qui fait sa ronde infernale autour du Soleil. Donc, l’espace nous concerne tous. Mais c’est vrai, dans les airs, voir cette courbure légère de la Terre à l’horizon, c’est quelque chose de passionnant que l’on admire à chaque fois. » D’abord, Lukas Viglietti rappelle que toutes les technologies dépendent de la conquête spatiale : « On vit dans un monde où l’on ne peut plus se passer du spatial, que ce soient les téléphones portables ou les appareils de navigation, même la surveillance des champs, tout cela vient du spatial pour notre bien-être sur Terre. » Dans son livre, le pilote parle de l’espace, mais jamais des extraterrestres : « On rencontre assez régulièrement des OVNI, on arrive à trouver une réponse adéquate pour expliquer cela, mais parfois on est quand même surpris quand on ne trouve pas de réponse. J’ai beaucoup d’amis pilotes qui ont rencontré des OVNI dans les airs. Cependant, dans mon livre, je m’intéresse à la biographie des 12 hommes qui ont marché sur la Lune. » Lukas Viglietti a noué des relations avec la plupart des cosmonautes et ce constat est partagé par tous : « C’est le vol d’une vie pour un pilote; C’est quelque chose d’extraordinaire. Tous ces vols spatiaux nous ont permis d’avoir de merveilleuses images de la Terre. C’est une prise de conscience extraordinaire. Sur le plan scientifique, il y a eu des retombées géologiques; On comprend mieux le mécanisme de formation de la Lune, on a pu mesurer le vent solaire qui crée des perturbations dans notre atmosphère, on a appris beaucoup de choses. Sur le plan technologique, on a aussi pu faire d’énormes progrès dans le domaine de la médecine ou de l’aviation.
Cependant, il ne faudrait pas occulter le drame personnel subi par ces cosmonautes et certains évoquent même une malédiction : « Ces hommes sont traumatisés, comme des soldats qui reviennent d’un terrain d’opérations. C’est un exercice de survie, ils ont la peur au ventre en permanence. Donc, ces hommes sont revenus changés. J’observe que toutes leurs passions se sont exacerbées à leur retour. Par exemple, celui qui aimait lire la Bible deviendra prédicateur, celui qui aimait être seul décide de s’isoler dans une maison... Donc, tous ces gens ont été traumatisés… La maman de Buzz Aldrin s’est suicidée deux ans avant son départ sur la Lune. Malheureusement, il a sombré dans la dépression et dans l’alcoolisme, c’est quelque chose qu’il avait dans ses gènes. Sa dépression l’a emmené en clinique psychiatrique. » Contrairement aux idées reçues, Lukas Viglietti explique que la Lune reste encore un objectif : « La Lune restera toujours un endroit intéressant pour nous. Il est assez difficile de construire une station spatiale, mais on peut construire une base lunaire qui va rester plus de 100 ans. Ce sera plus efficace. Il y a beaucoup d’avantages à créer une base habitée sur la Lune. Mais, maintenant, il faut aller vers Mars et comprendre pourquoi la vie a disparu sur toutes ces planètes. L’objectif, c’est quand même de trouver la vie ailleurs. Si nous existons, il n’y a aucune raison pour que d’autres espèces n’existent pas, d’autant qu’il y a des milliards d’exoplanètes répertoriées dans des zones habitables. »
Sur le plan géopolitique, toutes les grandes nations veulent aller dans l’espace : « On assiste à un retour dans la course à la Lune, non pas entre les États-Unis et la Russie, mais entre les États-Unis et la Chine. La presse occidentale ne parle pas beaucoup de tout cela, mais la Chine fait des progrès extraordinaires dans l’espace et je pense qu’ils pourront poser un homme ou une femme avant 2030. » D’ailleurs, Lukas Viglietti relate le témoignage d’un professeur de géologie lunaire à l’université de Boston : « Il est choqué de voir, depuis des dizaines d’années, des centaines et des centaines de jeunes étudiants chinois qui viennent apprendre la géologie lunaire. Il est allé en Chine pour visiter les installations et il a été sidéré de voir cette puissance humaine et technologique ». Cependant, l’auteur souligne aussi : « Jeff Bezos et Elon Musk pèsent très lourd dans la balance en faveur des États-Unis et je pense que les États-Unis pourront battre les Chinois, s’ils s’en donnent les moyens. J’aime beaucoup la personnalité d’Elon Musk. C’est un visionnaire, un rêveur, mais aussi quelqu’un qui fait des choses. »
La priorité est maintenant de faire baisser le poids de tout ce que l’on envoie dans l’espace : « L’objectif, c’est d’envoyer une charge utile, c’est-à-dire un vaisseau spatial avec suffisamment de carburant et de vivres pour que son équipage puisse survivre en orbite terrestre et vers la Lune ou Mars. Il faut beaucoup d’énergie pour lutter contre cette gravitation. Elon Musk a trouvé un moyen extraordinaire pour pouvoir mettre en orbite beaucoup de matériel à moindre coût, notamment avec sa fusée qui retombe sur Terre. D’ici à 2040, il y aura de grandes percées dans l’exploration de la Lune et de Mars. En ce qui concerne l’exploration de planètes habitables, il faudra l’avènement de nouvelles technologies. On sait comment faire sur le plan théorique, mais il faut mettre tout cela en pratique. Il faut avoir une quantité d’énergie suffisante pour annuler la gravité et permettre à des engins de se déplacer très rapidement. »
Lukas Viglietti défend la conquête spatiale, mais il se montre très réticent à l’idée des vols touristiques : « Pour moi, le but de la conquête spatiale, c’est de pérenniser notre population et notre civilisation, mais aussi de trouver des solutions pour sauver notre planète qui est petite et fragile. Si l'on pouvait envoyer dans l’espace des gens qui influencent véritablement la population, oui c’est une bonne chose. Mais si c’est simplement pour faire du tourisme grand public, cela me plaît un peu moins, parce que cela ne servira à rien. »
« D’Apollo à Artemis : Dans les coulisses de la conquête spatiale. 50 ans de témoignages exclusifs. » de Lukas Viglietti est publié aux Éditions De Boeck.
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