Thales : des armes, mais pas que.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 3 juin 2022 (numéro 1.141) : “ Walmart et Carrefour : deux groupes très différents ”. Bonne lecture !!!
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’action Thales a flambé, là où elle se situait entre 70 et 80 euros environ, elle s’est désormais installée entre 115 et 120. Depuis le 1er janvier 2022, le titre est en hausse de 54 % environ. Il faut savoir que ce qui intéresse le marché financier, c’est bien évidemment toute l’activité Défense de Thales, qui fut mise à mal en 2021 lors de l’annulation du gigantesque « contrat du siècle » concernant la vente de sous-marins à l’Australie (par sa filiale à 35% Naval Group). Le gouvernement australien responsable de l’annulation de ce contrat vient d’être renversé par les urnes, ce qui a entraîné quelques ricanements de la part de l’ancien ministre des Affaires étrangères, ancien ministre de la Défense à l’origine de la signature du contrat.
La défense, c’est une grosse moitié.
Il faut savoir que les systèmes de Défense et de Sécurité représentent un peu plus que la moitié de l’activité du groupe Thales. Il s’agit d’une sorte d’inventaire à la Prévert, avec notamment, c’est la spécialité historique, des systèmes d’information et de communication sécurisés tels que des systèmes de commandement et de contrôle, des systèmes de communications cryptées, de protection, de cybersécurité… Il s’agit aussi de systèmes de missions de Défense (guerre électronique, drones…), mais également des radars, pour les Rafale, des systèmes de Défense aérienne, de contrôle aérien, des systèmes et missiles de Défense terrestre, mais également de l’optronique. Un petit cinquième du CA de Thales est réalisé dans les solutions d’identification et de sécurité numérique (cartes d’accès dans des lieux sécurisés, documents comme les passeports ou autres cartes d’identité), et un petit tiers dans les systèmes aérospatiaux. Dans ce dernier secteur, Thales fabrique des équipements de cockpit, beaucoup de multimédias de cabine, mais également des simulateurs de vol. En outre, Thales, depuis Alcatel-Lucent, fabrique des satellites, des charges utiles… Si Thales était impliqué dans le contrat des sous-marins, c’est à travers sa participation de 35 % dans Naval Group (anciennement Direction de la construction navale, DCNS) où le groupe est souvent gros intervenant dans tout un tas de systèmes de Défense pour les navires militaires, depuis les sous-marins jusqu’aux navires de surface, sans oublier bien évidemment, pour certains clients, des équipements pour les avions de surveillance maritime, ou pour les stations au sol, qui permettent notamment de vérifier le trafic transmanche, la plus grosse autoroute maritime au monde.
Poids moyen à l’échelle mondiale.
A l’échelle mondiale, Thales n’est pas un géant, surtout lorsqu’on compare l’activité avec celle des grands du secteur qui sont essentiellement nord-américains ou américano-britanniques (BAE). Le CA de l’année 2021 a été de 16,2 milliards d’euros environ, il a permis d’extérioriser une marge opérationnelle un petit peu inférieure à 1,2 milliard d’euros, avec un résultat net de 1,088 milliard, part du groupe. Thales n’est pas une entreprise endettée, les tréflux dégagés par l’exploitation sont suffisamment abondants pour payer un dividende correct d’années en années, même s’il n’est pas exceptionnel (1,96 euro a été détaché le 17 mai dernier), tout en finançant les besoins d’investissement. L’Etat déteitn25,67 % du capital de cette entreprise stratégique mais il a laissé les manettes, pour ce qui concerne la gestion opérationnelle à Dassault Aviation, qui détient un tout petit peu moins soit 24,62 % du capital. Les salariés détiennent environ 3,25 % du capital de Thales, M. Patrice Caine, PDG, est à l’aise dans ses baskets, il ne risque pas d’avoir putsch à l’AG ou une OPA sauvage de la part d’un opérateur nord-américain qui voudrait convoiter le groupe Thales. Même si l’essentiel du flottant (46,25 % du capital) est entre les mains de fonds d’investissement nord-américains, leur rôle en AG est proche du zéro total et absolu, puisque le pacte d’actionnaires entre l’Etat et Dassault permet d’avoir une gestion sur le long terme de la société Thales. Même si les actionnaires individuels ne seront jamais invités, dans quelques semaines, se tiendra le salon Eurosatory 2022, dans une zone sécurisée (base militaire) proche de Versailles, où tous les acheteurs du monde entier viendront « faire leur marché » et se verront présenter les innovations technologiques du groupe Thales. Il faudra montrer patte blanche.
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