Le Metaverse peut-il révolutionner nos pratiques digitales ?
LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW
Stéphane Boukris, président d’Excelsior : « Il y a déjà des marques qui gagnent beaucoup d’argent à travers le Metaverse. »
Vous avez certainement déjà entendu parler du Metaverse : un univers parallèle dans le monde digital qui se développe avec sa propre économie, comme dans le monde réel. En l’espace de quelques mois, une partie du CAC 40 s’est tournée vers Excelsior pour répondre aux questions soulevées par le Metaverse et plus généralement sur le Web3 (crypto ou NFTs). Début février, AXA a annoncé qu’Excelsior accompagnait le groupe sur l’ensemble des sujets liés au Metaverse, du conseil sur l’achat d’une terre, à la création d’un projet dans le monde virtuel The Sandbox. Pour plus de 30 groupes (BNP Paribas, Crédit Agricole…), les équipes d’Excelsior et de Metaverse Studio (société sœur) permettent de tirer le meilleur de ce que le Web3 a à offrir. Notons qu’Excelsior réalise 10 millions d’euros de chiffre d’affaires pour son troisième exercice et compte 95 collaborateurs.
L’Hebdo-Bourseplus : On nous parle tout le temps du Metaverse, on sait ce que cela signifie, toutefois peu de gens ont vraiment fréquenté cet univers. Quel est l’état des lieux ?
Stéphane Boukris : Si l'on avait fait notre entretien via Google Meet ou Face Time, nous aurions été dans le Metaverse. Deux personnes qui se parlent virtuellement et qui peuvent échanger, jouer, ou échanger des documents, sont dans le Metaverse. Donc, quand des gens me disent qu’ils ne seront jamais dans le Metaverse, je leur réponds qu’ils passent déjà plusieurs heures par jour sur Zoom ou Google Meet. Il y a beaucoup d’idées reçues qu’il faut corriger, parce que l’inconscient collectif n’est pas toujours juste quand on parle du Metaverse. Il faut savoir que tous les Metaverse sont des entreprises qui ont plus d’une dizaine d’années. Ce sont souvent des entreprises de jeux vidéo qui s’ouvrent au Metaverse. Donc, on peut exporter nos actifs numériques ou acheter une part d’espace. Dans un jeu vidéo comme Roblox, le plus populaire sur terre, puisque 300 millions de personnes sont agrégées sur ce jeu, vous pouvez construire une expérience, comme Nike a su récemment le faire, mais cela reste un jeu vidéo. Cependant, derrière, vous avez un actionnaire qui peut faire à peu près ce qu’il veut. C’est en cela que je dis que ce n’est pas un vrai Metaverse. Dans un vrai Metaverse, si vous êtes propriétaire d’un bout de terrain, on ne peut pas vous déloger.
Donc, cela n’a rien à voir avec Facebook ou Twitter, car on a bien vu que même le président des États-Unis s’est vu supprimer son compte. Donc, le propriétaire de Twitter est devenu plus puissant que le président des États-Unis. A l’inverse, dans cette évolution de l’Internet que l’on appelle le Web3, l’utilisateur reprend la main et la propriété. Donc, vous faites ce que vous voulez de votre bout de terre dans un vrai Metaverse, ce qui n’a rien à voir avec les plates-formes de jeux vidéo qui laissent la possibilité à des créateurs ou à des agences de créer des mondes, mais cela n’intègre pas la dimension blockchain. Il y a déjà des marques qui gagnent beaucoup d’argent à travers le Metaverse puisqu’un sac Gucci coûte 4 000 dollars dans le Metaverse, contre 3 000 dollars dans la vraie vie. Donc, Gucci gagne déjà beaucoup plus d’argent sur un sac virtuel que sur un sac physique ! Nike a généré 17 millions de visiteurs uniques dans l’espace de Roblox, donc ce sont aussi des clients supplémentaires. Sur les Metaverse libres, de nombreux acteurs ont déjà acheté leur terre, ils ont commencé à construire, mais il s’avère que ces mondes ne sont pas complètement ouverts. On s’occupe d’AXA, le terrain est prêt, l’expérience est prête, tout cela va démarrer dans quelques mois. En résumé, vous pouvez construire dans un jeu vidéo très populaire, l’expérience est immédiate, mais ce n’est pas vraiment une expérience blockchain. Sinon, vous décidez d’aller sur un vrai Metaverse, vous pouvez commencer à construire, faire des essais en local, mais il faut quand même attendre quelques mois.
Ainsi, nous avons été un peu trompés par Facebook qui a tenté de faire croire qu’il était à l’origine de cet univers. Est-ce comme si TF1 s’appelait la télévision ?
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