
Point sur les marchés en mai 2022 : Pourquoi ces turbulences ? Comment réagir ?
ANALYSE
Alexis Naacke, directeur de la Gestion chez Yomoni, rappelle que « nous traversons actuellement une phase compliquée sur les marchés financiers. Les actions internationales ont en effet baissé de 14,1% depuis le début de l’année, tandis que les obligations européennes, dont le prix évolue en général en sens inverse de celui des actions, n’ont cette fois-ci pas bien joué leur rôle de diversification des actions puisqu’elles ont baissé de près de 10% sur la période. Le prix des obligations évolue en effet en sens inverse des mouvements de taux, dont les niveaux n'ont cessé d’augmenter depuis quelques mois, sous l’effet des anticipations d’une inflation plus forte que prévu. Le taux de rendement des bons du Trésor français, par exemple, a progressé de 0,2% à plus de 1,5% depuis le début de l’année. Une baisse simultanée et prolongée des actions et des obligations est un phénomène inhabituel qui peut surprendre les investisseurs, mais qui peut se produire temporairement dans certaines phases du cycle économique. »
Ainsi, « la situation la plus similaire remonte aux années 80, où le taux de rendement des bons du Trésor américains étaient remontés de 4% (de 10,4% à 14,4%) en un an (de mai 1983 à mai 1984), entraînant une baisse de 8% des actions américaines sur la même période (S&P 500). Ces performances négatives sur les principales classes d’actifs résultent d’un environnement économique international particulièrement troublé. La remontée de l’inflation, à partir de niveaux extrêmement faibles à la sortie de la pandémie mondiale de Covid, s’est encore amplifiée au cours des derniers mois. D’abord alimentée par des pénuries et des ruptures des chaînes d’approvisionnement mondiales, la hausse des prix a ensuite été amplifiée par le déclenchement du conflit ukrainien et par ses conséquences sur les cours d’un grand nombre de matières premières. Plus récemment, les difficultés de la Chine à enrayer l’apparition du variant omicron et le choix d’une stratégie de durcissement extrême des restrictions sanitaires (confinement de grandes zones ayant un poids économique important) sont venues ajouter un peu plus de difficultés et repousser dans le temps le processus de retour à la normale des circuits économiques mondiaux. Ce sont ces regains de tensions inflationnistes et l’ajustement des anticipations des marchés concernant les politiques monétaires qui expliquent la forte baisse des marchés obligataires depuis le début de l’année. Quant aux marchés d’actions, ils ont été en plus pénalisés par les effets récessifs de la hausse de l’inflation, ainsi que par les risques associés à la crise ukrainienne dont aucune issue favorable ne semble se dessiner pour le moment ».
Alexis Naacke ajoute que « l’inflation devrait, à terme, se normaliser. En Europe en particulier, nous n’observons pas de hausse significative des salaires. L’inflation pèsera donc sur le pouvoir d’achat des ménages, et donc sur la demande globale. Ce qui, in fine, pèsera à la baisse sur les prix des biens de consommation. Enfin, l’inflation va bénéficier d'un “effet de base” plus favorable. Une partie de la hausse de l’inflation s’explique par le fait que nous mesurons des variations de prix d’une année sur l’autre, et donc par rapport à une année où les prix étaient encore bas, notamment ceux des matières premières. Ce phénomène va donc structurellement s’estomper puisque plus on avance dans le temps, plus on compare les prix actuels à un niveau de prix élevé. »
En conclusion, « les baisses des cours, y compris les fortes baisses, font partie du parcours : elles sont nécessaires à la prime de risque. La prime de risque, c’est ce qui fait que les marchés montent à long terme. C’est la rémunération de l’incertitude. Elle explique le surcroît de rentabilité, à long terme, des actions sur les autres classes d’actifs. Un poste qui nécessite des déplacements fréquents, ou en horaires décalés, ou une formation spécifique, rémunère davantage qu’un poste sans ces contraintes. En effet, si la rémunération était identique, l’employeur ne trouverait personne et devrait remonter le salaire proposé en vertu de la loi de l’offre et de la demande. Pour les mêmes raisons, les actions, malgré (et grâce) à leur volatilité, rémunèrent davantage que des placements à faible risque. Cette rémunération n’est certes pas garantie et peut varier dans le temps, mais elle reste fondée sur une logique économique reconnue par la recherche académique et par les praticiens des marchés. En investissant en actions, l'épargnant cherche à récolter cette prime de risque, en acceptant sa contrepartie qui est la volatilité. »
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