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Les taux montent : la fête est finie.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 27 mai 2022 (numéro 1.140) : “ Thales : des armes en tous genres ”. Bonne lecture !!!
Lorsque le groupe Bouygues a décidé de racheter Equans, il a eu l’intelligence de sécuriser ses futures émissions obligataires, obligatoirement émises aux taux du marché (2,25 % l’an pour une échéance de sept ans et 3,25 % pour une échéance de quinze ans), en achetant des produits dérivés sur les taux, dès la fin de l’année 2021, afin que la remontée des produits dérivés puisse permettre de compenser, sur les durées en question, les intérêts que la Direction financière du groupe Bouygues estimait, à juste titre, comme devant monter, du fait de la poussée inflationniste. Bien lui en a pris !
Le groupe Bouygues va payer un intérêt net des produits à 0,90 % par an sur sept ans et à 1,90 % par an sur quinze ans. Bravo les artistes ! Il est vraisemblable que pour les 4 milliards d’euros d’émissions obligataires à émettre, dans le cadre du refinancement de la ligne de crédit bancaire qui avait été négociée pour pouvoir payer l’acquisition à tout moment, le groupe Bouygues va profiter également, pour des ampleurs similaires, des dérivés qui ont été achetés simultanément. Aujourd’hui, les déconvenues sont nombreuses pour celles et ceux qui ont des échéances à refinancer et qui n’ont pas été aussi prévoyants que le groupe Bouygues.
L’argent facile n’est plus là.
C’est notamment le cas des start-up (jeunes pousses), des entreprises qui se valorisaient par milliards de dollars, voire par dizaines de milliards de dollars. Aujourd’hui, l’argent est moins facile, il est plus onéreux, et certaines entreprises qui pensaient financer à bon compte des jeunes pousses et récupérer une mise augmentée à l’occasion de l’introduction en Bourse sont dans une situation délicate. En 2021, la jeune entreprise de commerce électronique Thrasio était censée être bientôt à 10 milliards de dollars de valorisation, et visait une introduction en Bourse, moins de cinq ans après sa création. Thrasio est une entreprise qui regroupe des commerces qui vendent sur Amazon. L’entreprise a levé 3,4 milliards de dollars en capitaux propres ou en endettement. Chaque trimestre qui passe, la motte de beurre fond comme si le soleil de midi était rayonnant en plein désert du Sahara. Du coup, comme l’a indiqué récemment The Wall Street Journal, Thrasio a supprimé près de 20 % de ses effectifs, a changé son PDG, levé le pied sur les acquisitions et a réduit fortement les projets, car il n’est plus question d’introduction en Bourse, de nouvelles recapitalisations. Le robinet a été fermé. Le « quoi qu’il en coûte » à la française s’était généralisé, certains ne s’en souviennent pas, un peu partout dans le monde. Il y a eu plein de plans de relance, énormément d’argent jeté sans discernement sur les marchés.
Gueules de bois.