Barbouze ?
LITTÉRATURE
Christophe Rainetau est connu dans les milieux des services secrets. Il a passé 25 ans en Afrique. Expert en géopolitique et en sécurité, il a côtoyé les entreprises françaises du CAC 40 implantées sur ce continent et les coulisses du pouvoir de nombreux pays. Jusqu’à être accusé d’être derrière l’attentat de Bangui (Centrafrique) qui a tué une vingtaine de fidèles le 1er mai 2018. C’est le président lui-même, Faustin-Archange Touadéra, qui le visait en donnant son nom à la télévision : « J’ai compris que j’avais la mort en face de moi. Pourtant, je n’ai jamais cherché à déstabiliser le président. On a voulu me prêter différentes intentions aussi invraisemblables que déraisonnables… »
Christophe Raineteau est-il la cible de Vladimir Poutine ? Dans l'émission de Cyril Hanouna sur la chaîne C8, il a indiqué figurer sur la liste des cinq premiers noms à abattre du Président russe. Il est vrai que Christophe Raineteau, par ses actions en Afrique, a tenté de mettre des grains de sable dans le rouleau compresseur russe. Un journal de Moscou a même publié sa photo en une, en l’accusant d’être à l’origine de l’assassinat de trois journalistes russes. Ces trois reporters avaient été mitraillés le 31 juillet 2018 en Centrafrique, alors qu’ils enquêtaient sur les activités du groupe Wagner, cette organisation de sécurité privée russe connue pour avoir envoyé des mercenaires combattre en Ukraine et en Syrie pour le compte du Kremlin. Lors d’un déplacement à Madagascar, Christophe Raineteau a été placé en garde à vue pendant une semaine par la police aux frontières, alors que les agents russes l’attendaient à la sortie. Il a pu revenir en France grâce à l’intervention du ministère des Affaires étrangères et de Brigitte Macron.
Tout cela parce qu’il s’est opposé à l’influence des Russes qui sont arrivées en Centrafrique avec des modules de formation : « Il y a eu une terrible manipulation et on est arrivé très rapidement entre Staline et Goebbels dans la tentative de déstabilisation. Ils ont fait croire aux Africains qu’ils sont venus pour les protéger. On s’est vite rendu compte que l’ours s’est transformé en ogre. Il a gardé le premier et le deuxième cercle. Ils sont abreuvés financièrement de façon incroyable et le président de Centrafrique touche 2 millions d’euros chaque mois pour faire voter des lois en faveur de la Russie. Un jour, les Russes en ont eu marre d’une loi indiquant qu’il fallait passer devant l’Assemblée nationale de Centrafrique pour avoir l’autorisation de mettre la main sur des terres minières au-dessus de 40 000 hectares. Les Russes ont voulu faire changer cette loi au Parlement et l'on a vu apparaître une technique très particulière, puisque l’on a demandé à chaque député de prendre en photo son bulletin de vote en faveur de cette modification législative. Et, après, si le bulletin était en faveur des Russes, le député recevait une prime de 2500 € à l’ambassade de Russie. On était dans la corruption totale. Aujourd’hui, les opposants passent par les armes... Ce n’est pas une symbolique. Aujourd’hui, j’ai des amis qui se cachent en Centrafrique, au Tchad ou dans la bande subsaharienne. Aujourd’hui, les Russes deviennent les maîtres de l’Afrique francophone. »
L’auteur revient sur ces affaires : « J’ai été blanchi sur l’église de Fatima, mais je suis toujours en instruction sur le meurtre des trois journalistes russes en Centrafrique. J’ai rencontré les familles des journalistes que j’avais prétendument tués. J’ai eu trois heures d’entretien. Elles étaient certaines que je n’avais pas tué leur fils ou leur mari et que c’était Wagner qui avait fait cela, parce que c’étaient des opposants au régime de Vladimir Poutine. Il peut faire ce qu’il veut chez lui, mais il y a beaucoup à redire sur sa politique étrangère. Je n’ai jamais été contre un rapprochement entre l’Europe et la Russie, mais je ne fais que dépeindre ce qui se passe en Afrique et c’est inadmissible. J’ai passé sept jours en garde à vue à Madagascar. Les Russes avaient demandé aux Centrafricains de venir me chercher pour m’entendre à Bangui, mais la France a décidé de me sauver au bout de sept jours. Les Russes étaient déjà dans l’aéroport pour attendre ma sortie, comme une proie, mais j’ai pu repartir grâce à l’intervention de quelques journalistes, de quelques diplomates et, surtout, de Brigitte Macron, car la France du président Macron n’avait pas beaucoup bougé sur ce dossier avant son intervention. On n’était pas prêt à sacrifier l’image du pays pour sauver un individu. Je vais vous poser une question : est-ce que la même chose se serait passée avec un ressortissant américain ou russe ? »
Comment se fait-il que la France ait perdu autant d’influence en si peu de temps ? Christophe Rainetau explique : « Je ne suis pas sûr que les générations politiques actuelles aient la même culture que vous et moi. Il faudrait une politique visant à travailler main dans la main avec les Africains, en construisant avec eux des écoles, des universités et des projets économiques communs. Il faudrait avoir de véritables projets communs en ayant la possibilité d’avoir la main sur des terres rares. Quand on parle de faire du business gagnant-gagnant avec l’Afrique, vous êtes presque insultant dans vos propos. Si l'on veut faire du business avec l’Afrique, on devient des gens insultants et on laisse la part belle à des gens qui sont beaucoup plus radicaux que nous. Nos politiques manquent de courage dans ce domaine. Au Bénin, il y a la porte du non-retour, Wagner a repris le flambeau des sociétés militaires privées. Mais si ces sociétés militaires privées faisaient simplement de la sécurité, ce serait propre. J'ai fait de la sécurité pour des entreprises du CAC 40 en Afrique. Nous étions là pour employer des gens du cru, les former à la sécurité et les former à quelque chose d’extrêmement clean. La sécurité commence toujours par le renseignement, pour éviter d’aller au contact. On a pu arriver à sécuriser de très grands groupes en prenant de l’avance grâce au renseignement, du chauffeur de taxi à la prostituée. Il faut être à l’écoute du pays. »
Les responsables de cette situation ne sont-ils pas aussi les Américains, qui ont tout fait pour chasser la France au cours de ces dernières décennies ? Christophe Rainetau reconnaît cette responsabilité : « Ils ont effectivement pratiqué la politique de la terre brûlée envers la France, en ayant la ferme envie de mettre la main sur l’autoroute du pétrole, notamment à Brazzaville et Kinshasa. Ils sont venus en Afrique planter un arbre qui a donné les fruits de la discorde. Il y a une communion avec les Africains sur les idées occidentales. Les Russes sont venus au Bénin dans les années 70, mais les Américains, avec leur politique à la McDonald's, ont voulu montrer que tout leur appartenait quand ils étaient en Afrique. Le continent africain n’a pas nécessairement les ressources du Proche-Orient. Nous avons toujours été vilipendés parce que nous sommes là depuis des siècles et il est toujours plus facile de tirer sur celui qui était là avant, tout en sachant que l’on ne fera pas aussi bien que ce qui a été fait. Comme nous sommes un pays où la culture de la culpabilisation est omniprésente, ils savent très bien, à Washington ou à Moscou, que c’est une corde sensible. Il est très facile de mettre des Français dans la rue au nom de bonnes œuvres humanitaires pour lutter contre l’ingérence en Afrique. » Il y a des O.N.G. financées par George Soros qui, au nom de l’écologie ou des droits de l’homme, font descendre des milliers de crétins dans les rues de Paris pour manifester contre les intérêts de la France et des entreprises françaises… Dans le même temps, lorsque Vincent Bolloré se renforce dans la communication en Afrique, on essaye de le déstabiliser : « On joue toujours contre notre propre camp ! Bolloré a eu des réussites exceptionnelles en Afrique. Il a fait beaucoup en matière sociale et il n’a pas organisé des armées pour aller tuer des milliers de gens pour prendre leurs terres. C’est du business. Il y a des Français aujourd’hui, comme Bolloré ou Bouygues, qui ont certainement mis la main dans le pot de confiture, mais qui ont construit efficacement en faisant des choses qui resteront, sans tuer personne, contrairement à des puissances qui avancent à coups de canon pour prendre les terres. »
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