Entretien avec le rapporteur de la mission sénatoriale sur les déserts médicaux.

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✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Bruno Rojouan, sénateur LR de l’Allier : « Il est nécessaire de libérer le médecin de la partie administrative, afin qu’il puisse recevoir davantage de patients. »

Bruno Rojouan, sénateur LR de l’Allier, est le rapporteur de la mission sénatoriale sur les déserts médicaux. Ce document consacre un chapitre et plusieurs mesures aux collectivités territoriales, qui « n’ont pas ménagé leurs efforts », face aux « carences de l’État ». Les auteurs du rapport estiment nécessaire, autour de la notion de « responsabilité populationnelle de territoire », de renforcer les moyens juridiques et financiers, dans la continuité des « avancées de la loi 3DS », afin que l’échelon territorial « puisse contribuer à la vision stratégique et à l’élaboration des mesures ».

Par ailleurs, les élus doivent être mieux associés dans l’organisation de proximité des soins. Sur le plan des leviers mobilisables localement, la mission propose d’évaluer les incitations à l’installation pour ne conserver que celles qui sont efficaces. Le rapport ne met quand même pas de côté les incitations à exercer dans les zones sous-dotées. Il préconise en effet de créer une dotation de lutte contre la désertification médicale pour aider les collectivités territoriales dans leurs actions. Des incitations financières concernent aussi les médecins des zones sous-denses : majoration de l’aide au bénéfice, défiscalisation des permanences de soins, majoration des droits à la retraite… Les sénateurs n’hésitent pas cependant à recommander une forme de contrainte, le conventionnement sélectif temporaire, pour promouvoir et faciliter l’exercice médical dans les zones sous-denses.

Certaines des 32 mesures proposées recoupent en revanche des préconisations déjà formulées sur le développement de la télémédecine, l’augmentation du nombre d’étudiants en médecine, de leurs stages en régions sous-dotées et du temps médical disponible des médecins, ou encore la création d’une quatrième année de médecine générale professionnalisante en zone sous-dense. Plus globalement, la mission sénatoriale estime nécessaire d’augmenter le tarif de la consultation de médecine générale à 30€ et les avantages du cumul emploi-retraite pour améliorer l’attractivité des professions médicales libérales.


L’Hebdo-Bourseplus : Le sujet des déserts médicaux est évoqué depuis une vingtaine d’années, or comme c'étaient les plus petites communes qui se plaignaient, on a traité cela à la légère. Maintenant, comme cette problématique concerne de nombreuses villes, tout le monde se mobilise… Pourquoi avoir pris autant de retard ?

Bruno Rojouan : Il faut remonter très loin, quasiment aux années 70, car l’idée était de faire faire des économies à la Sécurité sociale en se disant que la solution passerait par la limitation des praticiens. C’est la base du système. Après, il y a un corporatisme très fort dans le monde médical, avec beaucoup de lobbying. C’est donc la conjugaison de ces phénomènes qui a fait que de nombreuses décisions n’ont pas été prises.

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