Le président du Cercle Nation et République et de l’Académie du Gaullisme analyse les conséquences de la guerre en Ukraine.

LA RENCONTRE DE LA SEMAINE

✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN

Jacques Myard : « La France doit tenir ses distances avec cette politique aventureuse des Américains. »

Jacques Myard est ancien député, maire de Maisons-Laffitte, président du Cercle Nation et République et président de l’Académie du Gaullisme. Il estime que la guerre en Ukraine évolue visiblement vers un affrontement direct entre la Russie et les États-Unis. Moscou est certes l’agresseur, mais aujourd’hui, en raison de l’engagement pris auprès de l’Ukraine par les Américains, la Russie a clairement le sentiment d’être opposée aux États-Unis. D’où un changement radical de la guerre et surtout des incertitudes fortes sur les conséquences géostratégiques pour les deux premières puissances nucléaires mondiales.


L’Hebdo-Bourseplus : Vous semblez de plus en plus convaincu que les États-Unis veulent affronter la Russie via l’OTAN. Quelle est votre analyse ?

Jacques Myard : On a vu une grande évolution dans cette guerre. La Russie a agressé l’Ukraine, l’Ukraine se défend, cela entraîne une politique émotionnelle dans toute l’Europe pour venir en aide à l’Ukraine. Cette mobilisation vient des gens qui connaissent bien les Soviétiques - j’utilise toujours ce mot - à savoir la Pologne et les États baltes, qui craignent que Poutine aille de l’avant. Cela étant, on constate que ce conflit n’est plus un conflit entre l’Ukraine et la Russie, mais que, derrière, il y a la volonté des États-Unis de mettre en échec la Russie, selon les propos du secrétaire d’État à la défense des États-Unis. La Russie a raté l’opération visant à mettre par terre le régime de Kiev mais, depuis le début, on a constaté que les Américains avaient de bons renseignements sur l’opération de Poutine. On a pu constater, sur ce point précis, que le patron du renseignement militaire a été limogé en France. Les Allemands ont été au même niveau, car ils ne pensaient pas que Poutine allait entrer en guerre.


Est-ce aussi pour cette raison que vous affirmiez, une semaine auparavant, que Vladimir Poutine n’irait pas en Ukraine et qu’il n’y aurait pas de guerre ?

Absolument. Les experts pensaient qu’il s’en tiendrait à la reconnaissance des deux républiques du Donbass et que cela n’irait pas plus loin. Certains experts pensaient même que l’Ukraine profiterait de cette occasion pour passer à l’offensive. En réalité, Poutine a devancé toutes ces conjectures en attaquant l’Ukraine. On a très vite constaté que son armée était encore dans une organisation soviétique, c’est-à-dire le rouleau compresseur, et il est tenu en échec. Il est tenu en échec parce que les Américains ont fourni de multiples renseignements aux Ukrainiens et ils ont aussi formé l’armée ukrainienne bien avant le début des hostilités. Sur le terrain, Poutine a connu un échec frappant.

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