Renault vivra beaucoup moins bien sans le marché russe.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 13 mai 2022 (numéro 1.138) : “ Or et argent : les amis de l’inflation ”. Bonne lecture !!!

Renault a-t-il un avenir possible sans la Russie ? Chez Renault, on se réjouit que le T1 n’ait pas été si catastrophique que cela. En théorie, après avoir été, une nouvelle fois en à peine plus de dix ans, sauvé par des financements publics, Renault avait annoncé vouloir rembourser, au plus tard avant la fin de l’année 2023, les 5 milliards d’euros de PGE obtenus en 2020. Sans ces financements, Renault aurait pu faire défaut, puisque l’entreprise n’était pas véritablement au mieux de sa forme lorsque la fermeture obligatoire des usines pour cause de Covid est intervenue, immédiatement suivie, après la reprise, par la crise des semi-conducteurs qui a impacté la production.

Renault a été un géant mondial, presque immédiatement après sa création. On l’oublie peut-être un peu vite, mais dans les caves du Titanic, il y avait plusieurs modèles très haut de gamme de Renault qui étaient destinés à la clientèle nord-américaine, friande de ses berlines luxueusement fabriquées et totalement fiables, à l’inverse des voitures « made in USA » de l’époque. Renault, cela a été des petites voitures comme « taxis de la Marne » et, en même temps des voitures très bien carrossées, magnifiquement finies, qui rivalisaient avec les meilleures productions britanniques de Daimler ou de Rolls-Royce.


VUL et “ global access ” sont les deux points de rentabilité du losange.


En 2021, Renault a vendu environ 2,7 millions de véhicules particuliers et utilitaires légers dans le monde, dont 1,7 million sous la marque Renault, un peu plus d’un demi-million sous la marque Dacia et un peu moins d’un demi-million sous la marque Lada, si l’on ajoute les voitures vendues sous la marque Renault en Russie, la Russie a été en 2021 le deuxième plus grand débouché de Renault, et qui plus est un débouché ultra-rentable dégageant presque les deux tiers de la marge opérationnelle automobile du groupe. Dans les années 1980, Renault a tenté une aventure nord-américaine à travers American Motors Corporation (AMC), qui comprenait la marque Jeep.

La nécessité de développer des gammes totalement différenciées entre l’Amérique du Nord, friande de grosses voitures et l’Europe a amené Renault à sortir à la fin des années 1980, ne gardant pas Jeep, tout a été vendu à Chrysler, qui s’est empressé de mettre fin à l’ancienne AMC, les usines servant à fabriquer des Dodge ou des Chrysler. La marque Jeep avait pourtant été relancée et bien relancée par Renault, qui l’avait complètement reconfigurée, inventant les SUV, avec les Cherokee et le Grand Cherokee. Renault a failli se marier dans les années 1990 avec Volvo. Ce mariage n’a pas pu avoir lieu puisque Renault est une entreprise d’Etat, et que Volvo n’a pas voulu se diluer, poids lourds comme automobiles légères, avec l’entreprise de culture étatiste. La prise de contrôle de Dacia a été plutôt une réussite, elle faisait suite à l’échec pour reprendre Skoda, qui est tombée dans le giron du groupe Volkswagen.

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