Survivre à l’effondrement économique.
LITTÉRATURE
Entre la crise économique, les conséquences de l’inflation galopante, les violences quotidiennes dans les grandes villes, les risques sanitaires et maintenant la guerre, force est de constater que les discours de mise en garde des survivalistes n’étaient peut-être pas aussi farfelus qu'ils ne semblaient… Piero San Giorgio est souvent présenté comme « le pape du survivalisme ». Il a été le premier à travailler sur les effets de l'effondrement des sociétés occidentales. Il y a quelques années, il écrivait que les conflits entre les grandes puissances pour capter les ressources encore disponibles allaient s’accentuer et que face à l’effondrement économique, tout cela conduirait certainement les personnes au sein d’une même société à se piller les unes les autres. Or, il existe une solution pour se protéger et protéger sa famille contre les pénuries à venir : créer sa BAD (Base Autonome Durable) et stocker en quantité les produits de première nécessité. Les livres de Piero San Giorgio ont été traduits dans le monde entier. Souvent réédités et réactualisés, ils constituent des références dans les milieux survivalistes.
Pourtant, il est plus discret sur Internet depuis quelques mois : « C’est vrai, depuis l’année dernière, à force de subir la censure de YouTube et autres, j’ai décidé de me retirer sur des plates-formes payantes. Ainsi, les gens qui veulent vraiment apprendre de ma modeste expérience et de mon savoir peuvent obtenir mes informations via Patreon. Les livres que j’ai écrits, sur l’origine des crises que nous traversons, continuent de très bien marcher, mais nous avons contre nous tous ceux qui sont dans le déni et qui veulent que les peuples restent endormis. Donc, il est compréhensible que la censure se soit déchaînée contre moi et contre d’autres personnes aussi. Je crois que ces sociétés privées ont un agenda, pourquoi pas, je suis pour la libre entreprise, mais cela va toujours dans le même sens. Lorsque les habitants reçoivent une information biaisée, comme on a pu le voir ces deux dernières années avec la crise que nous avons traversée, et aujourd’hui avec la crise en Ukraine, on se demande s’il n’y a pas non-assistance à personnes en danger à cause de cette censure. Bon, si on m’ennuie, je laisse faire, je ne vais pas faire d’efforts pour combattre ces entreprises privées à travers des procès, et ceux qui veulent se préparer à ces crises, qui n’en sont qu’à leurs débuts, savent où me trouver. Mais tout cela est contre-productif parce que, si l’Occident a développé une richesse phénoménale, avec des technologies incroyables, c’est aussi parce que l’on a laissé une très grande liberté d’expression à la population, mais également la liberté d’entreprendre et la libre concurrence. Ces censures explosent depuis les années 2000 et elles ont pour effet de limiter la croissance, la richesse et le développement intellectuel. Ce n’est pas par hasard si un Elon Musk, qui vit sur le développement technologique depuis longtemps, se bat pour cette liberté d’expression en rachetant Twitter. De nouvelles idées permettent souvent de trouver les solutions aux problèmes que l’on a. Ce n’est pas par la réglementation que l’on va sauver le climat ou la planète, ou que l’on va lutter contre les guerres. Les solutions se trouvent toujours à travers le débat et il ne faut pas oublier que la liberté d’expression a fait la force de l’Occident. »
Alors, quelle est son analyse sur l’état du monde ? Piero San Giorgio explique : « En 2005, j’ai commencé à me préparer, en l’écrivant aussi, à ce qui allait se passer à partir de 2020, c’est-à-dire des périodes de contraction de plus en plus dures qui s’accélèreront. On observe en même temps une raréfaction des ressources en raison de la très forte consommation de 8 milliards d’habitants qui veulent tous consommer et vivre dans l’opulence et le confort. Cette consommation en très forte hausse, avec la pollution qui en découle, avec les invasions militaires pour contrôler ces ressources, fait que j’avais clairement évoqué la date de 2020. Je n’avais pas prévu la pandémie, bien que j’aie écrit un livre en 2016 sur la gestion des risques nucléaires et biologiques. Ceux qui ont lu le livre ont su quoi faire au début de la pandémie. Heureusement, on a combattu le risque sanitaire, mais on n’avait pas vu la tendance totalitaire des États en prétextant cette crise sanitaire pour tenir sous contrôle les populations qui vont être de plus en plus turbulentes en raison des crises sociales. Le phénomène Trump, le Brexit et les Gilets jaunes, tout cela était prévisible, y compris la guerre stratégique entre la Chine et les États-Unis, mais aussi entre les États-Unis et la Russie, qui se déclenche à travers cette crise en Ukraine. Il est toujours triste de voir des populations qui meurent sous les bombes, mais il fallait s’y attendre. Je l’avais écrit dans mon premier livre. Il faut bien comprendre que l’on arrive à un moment où toutes ces crises vont devenir ingérables, parce que les États sont devenus trop lourds et incompétents. Je ne jette même pas la pierre aux États, parce qu’il est d’une logique inévitable d’avoir des castes dirigeantes qui ne sont pas capables d’avoir la capacité de comprendre ou de décider correctement, pour peu qu’il y ait quoi que ce soit à faire, mais je pense qu’il n’y a pas grand-chose à faire. En plus, le peu de choses qui seraient faites peuvent entraîner l’effondrement avec beaucoup plus de rapidité. On voit bien que la démocratie ne permet pas de changer les choses durablement, cela n’apporte pas un levier direct sur les politiques. Donc, la seule chose à faire est de tenir le coup et cela se prépare. Par exemple, imaginez que le virus de la pandémie ait eu une mortalité de 30 %, au lieu de 0,04 %, le confinement aurait été très sévère et il n’y aurait pas eu le moindre supermarché ouvert. Notez bien que nous sommes peut-être en train de vivre une hyper inflation et certaines personnes n’auront plus les moyens d’acheter des choses dans les supermarchés, ou ceux-ci seront pillés en raison des émeutes ou des crises sociales. Pour toutes ces raisons, avoir de l’autonomie et des réserves chez soi, ce n’est pas simplement accumuler des boîtes de conserve, c’est aussi travailler son potager et quitter la ville pour habiter à la campagne. Tout cela permet d’avoir une autonomie qui nous permettra de moins souffrir. Cela ne veut pas dire que ce sera facile, mais nous allons moins souffrir que les gens qui ne sont pas préparés à cela. Ce n’est pas une approche qui est dans l’air du temps, parce que les gens considèrent que c’est égoïste, mais c’est quand même à vous de protéger votre famille et vos enfants. »
Aujourd’hui, Piero San Giorgio applique ses méthodes de survivaliste : « Cela fait plus de quinze ans que je me prépare. J’habite à la montagne, j’ai mon potager, c’est moins stressant. Je suis entouré d’amis, nous travaillons tous ensemble et nous sommes intégrés dans la vie de la commune. J’ai un voisin qui a des ânes et des moutons, moi j’ai des poulets, on se passe des œufs ou du lait... Tout fonctionne sans que ce soit un travail nécessairement énorme. Mais cela fait longtemps que je me prépare. » Depuis les crises qui se succèdent, particulièrement en France, on observe que les Français réclament davantage d’État. Plus l’État va mal, plus l’État répond que c’est parce qu’il n’est pas suffisamment fort, plus les citoyens lui font confiance et font même confiance à sa parole : « Avec du recul, cela me paraît évident. Mais il est vrai que nous avons été plusieurs à surestimer l’instinct de conservation et l’intelligence de la population... Mais on ne peut pas blâmer la population. Lorsqu’une population est à 60 % dépendante de l’État, de manière directe ou indirecte, par des subventions ou des allocations, c’est un peu comme un drogué qui est dépendant de son dealer. L’État peut se permettre n’importe quelle dérive, de la plus totalitaire à la plus absurde, il y a une grosse partie de la population, on va dire 60 %, qui va suivre aveuglément et avec obéissance. C’est arrivé de très nombreuses fois dans l’histoire. Ce n’est pas étonnant. Mais cela ne veut pas dire que des mesures confiscatoires vont pouvoir se mettre en place sans que cela amène son propre effondrement. Il y a quand même une grande partie de la population, disons 40 %, qui est en train de se réveiller et qui est défiante face à tout cela. Quand on voit la démographie de ces 40 %, c’est en général une population plus jeune et plus physiquement active. J’habite en Suisse, on a dû entériner les lois privatives de liberté qui ont été mises en place avec la crise sanitaire, 60 % de la population a accepté cela, mais 40 % a dit non. Il faut voir cela avec un aspect positif, tout en se rendant compte que le système démocratique va nous amener une dictature de plus en plus totalitaire. Dans une économie de plus en plus faible, l’État peut peut-être représenter une part croissante, y compris avec des impôts hallucinants, mais cela veut plutôt dire qu’il s’enfonce de plus en plus dans une logique qui l’amène à sa propre disparition. Un État qui disparaît, cela ne me réjouit pas. Ce sont des infrastructures qui ne sont plus entretenues, des systèmes de transport que l’on ne sait plus gérer, une administration qui disparaît… On rentre dans une période d’inflation, imaginez un État qui paierait ses fonctionnaires avec un euro qui perdrait la moitié de sa valeur entre le matin et le soir... Cela pourrait arriver. D’ailleurs, c’est déjà arrivé dans des sociétés bien plus solides que les nôtres. J’ai vécu en Afrique et j’ai vu des catastrophes lorsque l’État n’arrivait plus à payer ses militaires : les militaires sont allés se servir dans les magasins... »
Enfin, il y a eu la crise sanitaire pour faire accepter tout cela à la population. La prochaine étape sera-t-elle celle de l’écologie pour remettre en cause la liberté de circulation ou la propriété privée ? Le survivaliste estime que « la tentative d’avoir des approches pseudo-scientifiques de la part des États en perdition va se mettre en place. Ils peuvent tout essayer, mais avec quels moyens ? Dans le système soviétique, les gens disaient : l’État fait semblant de nous payer et nous faisons semblant de travailler… Au bout d’un moment, les gens ne travaillent plus. En plus, il y aurait de nombreux sabotages, y compris à l’intérieur de l’État. »
« Survivre à l’effondrement économique » de Piero San Giorgio est publié aux Éditions Culture & Racines.
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