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Intelligence économique. Les risques auxquels sont confrontées les entreprises françaises.
LA RENCONTRE DE LA SEMAINE
✍️ Par Propos recueillis de Yannick URRIEN
Augustin de Colnet : « Les rapports de force sont violents et la compétition mondiale devient terrible. »
Dans la compétition internationale, les entreprises françaises doivent affronter des risques que l’on peut classer en sept grandes familles : la dépendance, la réglementation étrangère, la manipulation de l’information, la perte d’informations confidentielles, la dégradation de la réputation, les facteurs humains, et les actions hostiles criminelles. Avec son dernier livre, Augustin de Colnet sensibilise les différents acteurs, les dirigeants, mais aussi les responsables politiques, à la situation complexe à laquelle sont confrontées nos entreprises. Diplômé d’un master en stratégie d’intelligence économique de l’École de guerre économique (EGE), Augustin de Colnet s’est spécialisé dans l’analyse et l’anticipation des risques en intelligence économique.
« Compétition mondiale et intelligence économique - Grille d’analyse des risques » d’Augustin de Colnet, est publié chez VA Éditions.
L’Hebdo-Bourseplus : Traditionnellement, lorsque l'on parle d’intelligence économique, on évoque toujours les risques d’espionnage sur les brevets. Toutefois, vous classez parmi les nouvelles menaces, pas simplement le piratage, mais aussi la dépendance à l’égard d’un fournisseur ou d’une technologie. Or, la plupart des entreprises françaises sont dépendantes des GAFAM…
Augustin de Colnet : Il faut rappeler le contexte dans lequel nous vivons en citant Alain Juillet, ancien responsable de la DGSE, qui a une parfaite connaissance des questions liées à l’intelligence économique et qui dresse ce constat très important. Depuis les années 2000, nous avons des concurrents internationaux qui maîtrisent les mêmes produits que nous et cela commence à devenir problématique. Dans le domaine de l’aviation, par exemple, Dassault sait fabriquer un Rafale, les Américains savent fabriquer le F 35, les Russes le Soukhoï et un consortium de pays européens fabrique l’Eurofighter Typhoon. Ce sont des avions qui sont pour la plupart très bons et, dans ce contexte, la question est de pouvoir se démarquer de ses concurrents. Ce n’est plus parce que vous avez le meilleur produit au meilleur prix que vous allez remporter plus facilement des marchés. On commence à rentrer dans un monde très concurrentiel, les rapports de force sont violents et la compétition mondiale devient terrible.
Aujourd’hui, plus personne ne fait de cadeau à l’autre : je pense à l’affaire des sous-marins australiens. Ce qui m’a intéressé, c’est de définir un panorama des risques et des menaces, et de publier des recommandations. Dans cette première grande famille de risques, il y a la dépendance. C’est un sujet majeur en ce moment. Des usines Renault ont été à l’arrêt en raison de la pénurie de composants, car on a considéré que l’industrie était quelque chose de sale il y a quelques années et qu’il fallait déléguer à la Chine notre production industrielle. Depuis la crise sanitaire, nous sommes devenus complètement dépendants des Chinois. Je vais prendre un autre exemple, avec le porte-avions Charles-de-Gaulle. Lorsque le président Chirac a décidé de ne pas participer à la deuxième guerre du Golfe, le président Bush a décrété un embargo sur toutes les pièces détachées à destination de l’armée française.
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